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Le samedi 6 février dernier, les militants de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), de Cellou Dalein Diallo ont été surpris de la visite inopinée du leader du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG), Alpha Condé à leur siège situé à Commandayah, dans la banlieue de Conakry. L’opposant qui venait à peine de rentrer au pays, après une longue absence, faisait là sa première apparition publique, qu’il mettra à profit pour se livrer à un foudroyant réquisitoire contre l’entourage du capitaine Moussa Dadis Camara.
Cette visite du professeur Alpha Condé aux militants de l’Union des forces démocratiques de Guinée s’est déroulée à l’absence de Cellou Dalein Diallo qui devait être à cheval entre l’Angola et la France.
Malgré cette absence de leur leader, les militants de Cellou Dalein Diallo ont réservé un accueil chaleureux à Alpha Condé qui a été fortement ovationné par la foule.
Il en a profité pour prendre la parole et remercier les nombreux militants et sympathisants réunis pour prendre part à ce meeting hebdomadaire. Ces premiers mots furent prononcés en Pular, la langue pratiquée par la majeure partie de cette foule rassemblée ce jour au siège de l’UFDG, et dont la région d’origine est le Foutah Djallon. Cette parenthèse fut de courte durée, tant l’exercice n’était pas facile. Alpha Condé s’est contenté de dire dans un Pular approximatif : « Bonjour, écoutez, je comprends bien le Pular, mais j’éprouve des difficultés à m’y exprimer ». Des propos qui vont provoquer un tonnerre d’applaudissements dans la foule. Le leader du Rassemblement du peuple de Guinée qui a quitté Conakry avant les massacres du 28 septembre, a jugé nécessaire de venir présenter les condoléances aux familles des victimes de cette sanglante répression qui avait fait 156 morts selon un rapport des Nations Unies.
Le choix du siège de l’Union des forces démocratiques de Guinée n’est pas fortuit, en effet, pour cette démarche de l’opposant, car c’est cette formation politique qui aurait perdu le plus de militants durant la folle journée du lundi 28 septembre 2009. L’opposant qui a présenté donc ses condoléances au nom de son parti aux familles éplorées de l’UFDG, a demandé pour la circonstance à la foule d’observer une minute de silence à l’honneur des martyrs des Forces vives.
« C’est au Foutah qu’on dit, quand on ne voit pas derrière la montagne, on ne peut pas savoir qu’est-ce qui se passe là-bas. Nous avons eu l’occasion ces temps-ci de nous rencontrer à l’extérieur. Je ne vous surprends pas en vous disant que Cellou Dalein et moi nous nous trouvons sur les mêmes positions, parce que nous, nous voulons des élections libres et transparentes en Guinée. Evidement ça fait beaucoup d’interprétation, telles que Cellou Dalein veut donner le pouvoir à Alpha Condé et vice-versa. Je suis venu vous dire qu’après toutes les épreuves que nous avons vécues, notre but est qu’on organise des élections libres et transparentes en Guinée », a déclaré Alpha Condé au cours de son intervention.
L’opposant consacrera ensuite le reste de son discours improvisé, à une sorte de bilan du Conseil national de la démocratie et le développement (CNDD).
Un foudroyant réquisitoire qui n’a épargné aucun élément de l’entourage du chef de la junte, notamment les plus zélés. « Ayons l’honnêteté de le dire, au départ Dadis était de bonne foi pour organiser des élections libres et transparentes en Guinée. Il faut rendre à César ce qui appartient à César. Mais malheureusement nous avons beaucoup de cadres opportunistes en Guinée, dont le seul intérêt est de piller les ressources du pays. Nous devons avoir le courage de designer les responsables », a reconnu le président du RPG. Ces responsables, à en croire Alpha Condé, sont entre autres le ministre Secrétaire permanent du CNDD, le colonel Moussa Kéita, qui selon lui serait passé du grade de lieutenant en mars à celui de colonel en décembre 2009. Une ascension fulgurante qu’on ne peut voir nulle part ailleurs si ce n’est en Guinée. Le ministre de l’Administration du territoire Frédéric Kolié et son homologue de la Justice garde des Sceaux, Siba Loholamou, ainsi que le ministre de la Communication à la présidence Idrissa Chérif, n’ont pas été épargnés par ce membre des Forces vives, apparemment très remonté contre l’entourage de Moussa Dadis Camara.
Alpha Condé a remercié le seigneur d’avoir évité à la Guinée de vivre les affres d’une guerre civile, malgré que toutes les prémisses fussent là. « Nous avons aujourd’hui un général qui est plus pressé que nous d’aller aux élections, afin de céder le pouvoir aux civils », s’est réjoui le leader politique.
Avant de se livrer cependant à une autocritique des partis politiques, surtout de leurs dirigeants.
« Ce qui est notre malheur, nous les dirigeants politiques aujourd’hui, je suis malheureux de constater que Sekouba est plus démocrate que nous et qu’il est plus pressé que nous d’aller aux élections », a-t-il enfoncé le clou. « Mais j’ai une conviction profonde, Cellou Dalein est pressé d’aller aux élections et se bat pour ça. Je suis venu vous dire que rien ne se donne, le pouvoir ne se donne pas, mais il s’arrache », a rassuré Alpha Condé.
Qui a insisté sur le fait qu’il est bien possible de tenir des élections dans 6 mois. Tout en révélant toutefois que certaines formations politiques ne voudraient que le scrutin ait lieu dans le délai imparti. Ce qui est une des conséquences de la pléthore de partis politiques, qui a vu le jour avec l’avènement du CNDD au pouvoir.
Pour Alpha Condé, l’opposition doit se battre pour que les élections se tiennent et que pour cela, les militants des Forces vives doivent restés mobilisés. Pour ne pas, dit-il, que les mêmes brebis galeuses qui ont détourné Dadis de son objectif dès au départ, ne viennent à bout du général Sékouba Konaté.
Il a rendu hommage au cours de ce meeting à deux opposants historiques qui ne sont plus de ce monde, il s’agit de Bâ Mamadou et Siradiou Diallo, qui s’étaient battus contre les régimes de Sékou Touré et Lansana Conté, afin qu’il y ait le changement en Guinée.
Ce passage d’Alpha Condé devant les militants de Cellou Dalein Diallo est perçu par bien des gens comme un probable rapprochement entre les deux leaders politiques, qui passent aujourd’hui pour des poids lourds de l’opposition guinéenne. Même si certains observateurs parlent déjà d’une alliance contre nature.
Abdoulaye Porédaka Diallo & Richad Tamoné Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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