mardi 24 novembre 2009
Alpha Conde / Dominique Bangoura : Opération coups de poing
Saïdou Nour Bokoum

Hier 23 novembre, il y avait foule au meeting-débat dont l’invité principal était Alpha Condé, Président du RPG.

Ceux qui sont venus étaient là pour en savoir plus sur ce qui s’est dit à Ouagadougou, et surtout, ils se demandaient ce qu’allaient faire les Forces vives avec le camouflet que le Facilitateur Blaise Compaoré a infligé à l’ensemble du peuple de Guinée. Les Guinéens savent déjà que les Forces vives ont rejeté en bloc la proposition de synthèse du Facilitateur. La question qui brûlait les lèvres était de savoir pourquoi les leaders ont reporté leur retour après avoir bouclé leurs valises à la suite d’une démarche de dernière minute de Blaise Compaoré. En effet, ce dernier, la main sur le cœur, avait exprimé son étonnement devant la vivacité et la brusquerie des réactions du camp qui estimait que l’autre camp qui jubilait déjà à Conakry, avait emporté toute la mise.

Compaoré aurait expliqué que sa synthèse n’était qu’une nouvelle proposition, base d’un prochain Ouga. Donc, les Forces vives ont, en deux phrases, renvoyé la balle :

- Dadis et le CNDD sont définitivement disqualifiés pour gouverner au sommet

- Dadis et aucun membre du CNDD et de leur gouvernement ne doivent se présenter aux prochaines élections.

Le reste peut toujours être remis sur la table.

C’est à ce point que d’aucuns, dont votre serviteur, qui n’étaient venus que pour cela, ont vu l’occasion de poser la question qui fâche, à savoir les absences du président Alpha Condé, quand tous ses pairs sont réunis ici où là. Le vieux renard des grandes heures de la FEANF n’a pas raté l’occasion d’administrer une leçon de matérialisme historique. Le Coordinateur de la section France des Forces vives, le docteur Diakité a eu droit à la première salve. On ne le reprendra plus en train de parler des « élucubrations de Compaoré ». Il n’y a pas là seulement une affaire de courtoisie à l’égard d’un « président », comme l’a fait remarquer Alpha Condé à Diakité et à tout l'auditoire. A la décharge du docteur Diakité, on ne peut pas oublier que l’ami de trente ans du président du RPG, le meurtrier de Sankara était et reste toujours un président autoproclamé comme Dadis. L’ « insuffisance » en marxisme-léninisme du docteur tiendrait plutôt dans le fait que si l’on en reste aux « élucubrations de Compaoré », on ne voit pas ce que les leaders chercheraient à Ouaga à l’heure où se tenait le meeting d’hier, d’autant plus qu’ils avaient solennellement réaffirmé leur confiance au Facilitateur. Alpha n’a peut-être fait que taquiner Diakité, « qui aurait dû étudier un peu mieux le matérialisme historique.. »

 

Quant au fond de la question, la réponse fut simple, presque brutale. « Où étaient les autres leaders présents », ici et là quand il le faut, « pendant que je luttais au risque de ma vie, de la première république jusqu’à la fin de la deuxième, alors que je suis le seul à n’avoir jamais participé à aucun gouvernement de cette dernière ? »

Le bras de fer viendra après. Ce fut saignant. Madame Dominique Bangoura après avoir rendu hommage à l’actuel doyen des Partis politiques pour « son courage, sa pugnacité », etc., a quand même essayé de réfuter l’idée prônée par Alpha Condé, d’une alliance des Forces vives avec « cette fraction républicaine » qui existerait au sein de l’armée guinéenne. A l’occasion, elle a convoqué tout un mécano du fonctionnement des institutions d’une république. Elle dira en substance que l’armée n’a pas pour vocation la gestion des affaires de la Cité. L’armée doit être aux ordres du pouvoir politique. Véritable cours de droit public.

A cela, l’autre professeur de droit public fera remarquer que le champ de la lutte politique est à distinguer soigneusement du champ juridique, ce dernier relèverait du droit public. Au demeurant, il fera remarquer que nous sommes aujourd’hui en Guinée dans un Etat d’exception et que par conséquent, plaquer des analyses de pur droit dans une situation où domine la force brutale est pur « sophisme..Vous vous êtes plantée madame, tous ceux qui ne sont pas avec Dadis, mêmes des militaires aux mains sales peuvent être à nos côtés... », pour « résoudre la contradiction principale à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. » Quitte plus tard, quand nous serons dans un Etat de droit tel qu'on en voit ici, de ce côté-ci de la mondialisation, qui offrirait un cadre pertinent à vos analyses, plus tard donc on avisera, mais en attendant, on doit faire feu de tout bout.

M. le Professeur martèle encore. Le problème n’est pas théorique, il est pratique. Il ne s’agit pas d’un point de droit, mais de choc entre deux forces. Il s’agit de savoir, étant donnée telle situation concrète, quelle solution concrète il faut trouver. Il n’est pas question de morale, de psychologie, ni même de droit. Puisque comme il l’avait mainte fois relevé, nous sommes dans un Etat de non droit.

Je soupçonne que la colère du Professeur à l’endroit de la Professeure a été aiguisée par l’hommage de la Dame du FUDEC. Elle aurait dû se souvenir de ce propos de Jean-Paul Sartre : « les hommages sont souvent une manière d’enterrer leur récipiendaire! » Il en est allé jusqu’à refuser le Prix Nobel, l’intrépide arbitre de la guerre entre « Le Diable et le bon Dieu ! » (1) Oui en effet, on dit plus souvent « Hommage funèbre » !

Le professeur Alpha Condé aurait pu conclure pour la professeure Bangoura avec cet exemple imparable de Moussa de Côte d’Ivoire :

« Quand deux camions se trouvent à un croisement, la priorité appartient au plus gros. »

Il y avait d’autres questions redoutables, répandues par la Rumeur d’Orléans (2), comme on dit dans l’Hexagone. Kouyaté, Bah Ousmane, le jeune leader du NFD, Mouctar Diallo, et d’autres débarqués du convoi des Forces vives qui de 20, a été, ramené à nos Douze Hommes en colère (3). Réponse facile de notre "Lutteur de classe" (4), redoutable débatteur. Le Facilitateur n’a invité que six personnalités des Forces vives, y compris syndicalistes et société civile.

« Qu’auriez-vous fait à notre place ? »

Il s’agissait de la mise à l’écart de Kouyaté, Bah Ousmane, et de « ceux qui se sont mis hors du camp des Forces vives ». Pourtant, le président du RPG rêve de ramener Bah Ousmane dans le bon camp, le camp du regretté Siradiou Diallo dont il est l’héritier institutionnel certes, mais qui a beaucoup à faire pour être digne d’être son héritier spirituel. Un chemin rendu plus long puisqu’il lui faudra assumer l’héritage de Ba Mamadou dont il fut le second, avant Bah Oury. Pour Kouyaté ? Comment s’appelle-il déjà, le Bloc-machin-chouette qu’il dirigeait encore quelques jours avant le carnage, à tombeau ouvert, droit sur les Forces vives ? Allusion à un retour trop opportun dans le bon camp.

Etrange, personne n’a évoqué le cas des autres débarqués, entre autres Mouctar Diallo et Abe Sylla, sauf leurs représentants dans la salle, qui ont réaffirmé leur « engagement ferme au sein des Forces vives qui doivent rester unies.. ».

Je ne m’amuserai pas à diviser le convoi d’une ambulance en lui tirant dessus, je remarque seulement que « La langue de bois est une maladie précoce » (Dominique Strauss-Kahn parlant du jeune Turc Olivier Besancenot.).

Je me demande si je n’aurais pas dû rétorquer au président du RPG, à votre place j’aurais répondu « Niet dans ce cas, M. le Facilitateur ».

Je l’avais écrit sur le Net, et j’avais même anticipé cette stratégie de l’araignée, que dis-je du caméléon, ce monstre hybride, le couple Blaise-Dadis. Et il n’est pas bon de se répéter, pour le bonheur délétère de ceux qui ne lisent pas.

Wa Salam !


Saïdou Nour Bokoum

Notes :

  1. Célèbre pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre.
  2. On pourrait dire les Rumeurs de Kaloum, pour le reste, voir Google.
  3. Pièce de théâtre et thriller de Reginald Rose, Chef-d’œuvre du cinéma, de Sidney Lumet, 1957, avec Henri Fonda
  4. Admirable petit classique d'une lecture poétique de la lutte des classes par l'écrivain marocain Abdel Khébir Katibi.


PS : lire plus, lire mieux avec 

www.manifeste-guinee2010.org


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Saïdou Nour Bokoum, mardi 1 décembre 2009
Encore un mot M. Junior. La culture ce n’est pas » comme de la confiture. » On dit plutôt « comme du beurre », facile à étaler, même sur notre délicieux « tappa lappa » national, ce qui n’est pas du tout le cas de la confiture, qui parfois fait des ampoules, des boursouflures, des bosses comme votre style ; exactement ce que vous me reprochez. Je le « conçois » -, votre mot fétiche grappillé au pauvre Boileau- oui, un siècle est aussi une expression « littérale » ; vous auriez pu ajouter surtout dans le jargon des portables que vous devez beaucoup fréquenter. « Mode numérique, mode littéral.. ». Le problème n’est pas là. Le problème, c’est de confondre littéralement l’ avant et l’après. Vous comprenez ? Se tromper de 100 ans et mettre cela sur le compte d’un mode littéral, c’est un peu fort de café, comme on dit au Café du commerce. Oui, je suis en guerre contre cette médiocrité, source de 50 ans de ruines en Guinée.
Junior, jeudi 26 novembre 2009
Monsieur Bokoum, je me réjouis de votre réaction sur la forme et non le fond de mes remarques. Je n`ai personnellement pas besoin de savoir si vous êtes toucouleur ou pas. Moi, je ne vous dirai pas que je suis malinké, peulh, soussou, guerzé, landouma, toma, mikifore, djakanke ou pas. A mon avis, cela n`a aucune espèce d`importance dans le contexte précis de ces échanges. Je suis guinéen et fier de l`être. Votre âge avancé devrait vous donner de la sagesse, pas forcément de la connaissance littéraire que vos vous vous plaisez à étaler dans tous vos écrits. Sachez simplement Mr Bokoum, que la connaissance, c`est comme de la confiture: moins on en a plus on l`étale. Vous flirtez à ciel ouvert avec de l`insolence lorsque vous lancez à la face de vos interlocuteurs des termes irrévérencieux que je n’ai pas besoin de répéter. Je ne m`attends pas à cette réaction colérique, surtout de quelqu`un de votre âge et de votre trempe "intellectuelle" (quelle qu`elle soit par ailleurs). Lorsque l`on a l`honnêteté de reconnaitre qu’on n’est pas "intellectuel" alors on évite de paraitre comme un intellectuel en ne publiant pas des textes surchargés, truffés de mots ronflants, pédants, inutilement littéraires et honnêtement incompréhensibles. Vous avez bien la chance d`avoir accumulé des prix et diplômes depuis 1954. Je souhaite simplement qu’ils vous servent et qu’ils vous servent bien. Avec toute la modestie, je voudrais vous faire savoir que vous n`êtes pas le seul à avoir collecté ce genre de distinctions. De grâce, ne faites pas parler les gens car certaines personnes n’aiment pas parler d’elles mêmes : je suis de cette catégorie de personnes. L`expression "siècle dernier" à laquelle vous vous accrochez avec tant de ruée d`adrénaline et de bile guerrière n`est pas un terme numérique et vous le savez bien. Si vous êtes en guerre et je ne le doute pas, alors ne vous trompez surtout pas d`ennemi. Mr Bokoum, l`on n`écrit pas seulement pour soi-même, mais aussi et surtout pour ceux qui consacrent leur temps de besogne et de loisir pour vous lire. Si ceux-là ne peuvent pas vous comprendre, alors vous leur avez fait perdre le temps et vous-même vous avez perdu votre temps dans le processus. Moi je n`ai plus de temps à perdre pour vous lire.
Saïdou Nour Bokoum, jeudi 26 novembre 2009
Monsieur Junior et Messieurs Barry et Diallo, je ne vous répondrai pas sur le fond de vos « pensées ». Mais sur la forme, je répète : Boileau est né trois siècles moins deux ans avant le siècle dernier. J’ai ajouté M. Diallo Diallo, un autre de vos congénères en culture lafidi, qui m’avait déjà reproché de convoquer Kant, trop loin de notre siècle selon lui, appuyant, sans rire, son propos très « intello » par cette pensée de Boileau, né près d’un siècle avant Kant ! Bref, je vous laisse énoncer clairement ce que vous avez bien conçu, vous êtes assurés de trouver aisément les mots pour le dire. Tant qu’il s’agit de vos élucubrations, puisque vous n’avez certainement pas lu Boileau, ni Kant. Quand on confond les siècles, on devrait apprendre d’abord à compter les jours de la semaine. Comme dans l’antique Syllabert ou plus tard avec Mamadou et Binéta. Avant, il faudra vous émanciper de votre indécrottable « pensée coco lala ». Cela dit je ne suis ni un intellectuel, ni un sage, ni un moraliste, encore moins un « leader d’opinion », comme ceux que vous vous plaisez à m’opposer. Mais quand je danse avec des aveugles, je leur marche sur les orteils pour leur rappeler qu’ils ne sont pas seuls sur la piste. Je suis toucouleur djgoramè (diawando) de Dinguiraye (Dingue City) et fier de l’être : j’ai horreur du « tancoun târo » : lambiner intellectuellement. Je crache fissa ma vérité. Malgré mon âge. Je suis en guerre, car je suis un lutteur de classes. Je me fiche pas mal de votre distribution de prix, j’en ai accumulés depuis 1954, jusqu’en 1989, en Côte d’Ivoire, quand je n’étais plus étudiant depuis près de vingt ans. Naturellement vous aurez hâte de mettre ma « colère » en rapport avec votre petit hit-parade. Je ne suis pas sûr de vous convaincre que je suis tranquille et à l’aise de ne pas figurer en cette étrange compagnie.
Thierno Saliou Barry, mercredi 25 novembre 2009
Qu`est-ce que le frere Saidou Nour Bokoum veut dire en substance? Il est le soit disant "intello" le plus confus qui ecrit sur le net. Pourquoi ne pas ecrire comme les freres Ansoumane Dore, Ibrahima Kyle Diallo, Ollaid, Cisse de Bma, Ben Pepito, Lamarana Petty Diallo, et tant d`autres? Amicalement a mon frere Bokoum!
Junior, mercredi 25 novembre 2009
Je rejoins Mr Ibrahim quand il soutient la recherche de la simplicite dans les analyses. Beaucoup de nos soit disant "intellos" versent dans le pedantisme, la phraseologie inutile, les essais litteraires inappropries, le verbiage excessif, toutes choses tendant a denaturer leurs propos et surtout a noyer le message. Un grand ecrivain du siecle dernier disait que dans l`art d`ecrire, "Tout ce qui se concoit bien s`enonce clairement et les mots pour le decrire viennent aisement". De grace aidez-nous a vous comprendre nous qui n` avons pas le niveau d`analyse et de comprehension de nos "intellos". Cela dit, je dois faire remarquer que les "forces vives" refusent de voir la realite en face et par consequent manquent de pragmatisme. Il faut etre de mauvaise foi pour faire endosser a Blaise Compaore seul la paternite du document-synthese qu`il a remis aux protagonistes. Pourquoi le President Blaise a tenu a voir le President Umaru du Nigeria juste quelques heures avant la remise du dit document? La verite c`est que l`UA, la CEDEAO. et par extension l`Union Europeenne ont commence a prendre une bonne dose de la veritable version des evenements du 28 Septembre 2009. Il est temps que les "forces vives" demandent pardon au peuple de Guinee (qu`elles ne representent d`ailleurs pas de surcoit, malgre les efforts intenses d`une telle revendication) au lieu de s`accrocher a des positions intransigeantes qui relevent beaucoup plus de la contestation estudiantine que de la revendication politique. Elles grandiraient en stature car le peuple de Guinee accepte tous ses enfants, meme les plus ignomnieux et les plus irreductibles. La verite est parfois comme une bombe a retardement: elle explose lorsqu`il est temps, en depit des efforts pour la contenir.
Saïdou Nour Bokoum, mercredi 25 novembre 2009
M. Ibrahima, mi Sali, mi têê, ntêê, ntondi ! Niet, non ! Dans les moments cruciaux, c’est avec des mots simples que les dictateurs ont assassiné leurs peuples, après des discours fleuves. Comme Néron, Hitler, Sékou Touré et maintenant Dadis. Voici cinquante ans que je fais des efforts pour dire des choses simples dans la langue de l’Autre. A votre tour de faire un petit effort. Sinon passez au commentaire suivant. C’est plus simple. Wa Salam !
Ibrahim, mardi 24 novembre 2009
En ces moments cruciaux, nous avons besoin d`analyses simples, avec des mots simples.Chacun a son style. OK! Mais rendons les choses simples pour le commun des guinéens. Faisons un effort pour l`intérêt des guinéens et de la Guinée et des internautes
diawara, mardi 24 novembre 2009
Mer saidou cet avec vos pensée pareil que la Guinée ne trouve pas le chemin du changement qui est forces vives qui ne l`est pas donc Mer la Guinée appartient à nous tous et le combat nous allons le mené ensemble et pour le cas Kouyaté vous devez vous taire car il est mieux placé en situation de négociation que qui conque en Guinée donc son talent et sa détermination et sans équivoque. Prof Alpha a raison de dire qu`il faut la synergie de tous pour vaincre Dadis pour moi Alpha à tirer les meilleurs leçons que les autres je l`encourage sur ce chemin. Pour faire partir Dadis et sa bande il faut une action bien concertée et tous les guinéens sont interpelé pour ça et Kouyaté a un grand parti et un monde derrière lui si vous voyer que les autres ont vous lui mettre à coter coté ils pensaient que la négociation allait être facile pour qu`ils tire leurs venins sur le grand leader.Détrompezvous Mer Nour la Guinée à besoin aujourd`hui plus qu`hier tous ses fils..............................

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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