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Elle tremblait de tout son corps et avait des larmes aux yeux en criant : « Ne faites pas rentrer dans la ville le cheval de bois ! ». Mais personne dans cette ville de Troie, assiégée par les Grecs, n’écoutait Cassandre, la fille du roi Priam et de Hécube. Ni le vieux Priam lui-même, ni son valeureux fils, Hector, encore moins Pâris, le beau prince, par qui la guerre était arrivée, après le rapt de la belle Hélène. Personne n’écoutait Cassandre qui hurlait de plus belle, en indexant l’énorme cheval de bois, que les Grecs finissaient de construire, sur les conseils de l’astucieux Ulysse.
Les portes de Troie furent grandement ouvertes, le cheval de bois fut introduit. La suite de l’histoire on la connaît : Troie fut détruite et livrée aux flammes, et tous les habitants de la ville, y compris la famille royale et les dignitaires, furent massacrés. Les rares survivants furent traînés comme esclaves dans des contrées lointaines.
Guinéennes et Guinéens !
Aujourd’hui, je joue, peut-être avec de nombreux Guinéens, le rôle de Cassandre. Pour moi, les élections hâtives et précipitées sont le cheval de Troie, que veulent introduire en Guinée, certains pays étrangers défendant des intérêts inavouables, et usurpant le titre de « Communauté internationale ».
En cela, ils se font aider par une classe politique irresponsable face au destin de la Guinée et assoiffée de pouvoir. La société civile guinéenne, peut-être de bonne foi, mais remarquable dans sa naïveté, vient donner sa caution à cette entreprise réfléchie de destruction de notre cher pays.
Mes chers compatriotes, vous savez bien que les conditions ne sont pas actuellement réunies pour des élections crédibles, pour plusieurs raisons, dont la plus fondamentale est le manque de programme politique, économique et social des partis politiques.
Comble d’irresponsabilité, les principaux leaders de ces partis remuent les fibres ethniques des populations, comme stratégie de conquête de pouvoir.
Dans une précédente lettre ouverte à messieurs Alpha Condé et Cellou Dalein Diallo, j’ai posé quelques questions qui me semblaient pertinentes en tant que citoyen. Aucun n’a daigné répondre, car ils n’ont aucune réponse aux réelles préoccupations du peuple de Guinée. Je n’ai aucun parti pris, ce que je dis de ces deux leaders, est également valable pour tous les autres, mais je ne peux pas rédiger une cinquantaine de lettres ouvertes à des personnes qui ne pensent qu’au pouvoir et non au bonheur des populations guinéennes.
Aujourd’hui, le destin de la Guinée se joue de façon cruciale : ensemble et tous ensemble, demandons à Dadis de garder le pouvoir jusqu’à décembre 2010 au moins, et exigeons de Alpha Condé, Cellou Dalein et consorts, de calmer leur appétit du pouvoir.
Oui, je demande à Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo et toute la meute qui, dans l’ombre ou au soleil, se lèchent déjà les babines en pensant aux élections de décembre 2009, de se calmer et de penser, pour une fois et exclusivement, à la Guinée et aux Guinéens.
Oui, messieurs : prenez le temps de vous doter de programmes conséquents et de les présenter aux Guinéens, bâtissez des alliances stratégiques sur la base de ces programmes, et nous irons voter en 2011 ou en 2012, en âme et conscience, pour ceux qui incarneront le plus, nos aspirations.
En attendant, comme Cassandre, je dis que si vous poussez maintenant Dadis vers la porte de sortie, vous ne réussirez qu’à créer le chaos et la désolation pour la Guinée, après des élections ratées, prévisibles dès maintenant.
La communauté dite internationale, pour ne pas nommer la France et les USA, va envoyer des bateaux pour évacuer les ressortissants des pays occidentaux et les Libanais, et vous assisterez au spectacle désolant du peuple de Guinée désemparé, livré aux affres de la guerre civile et de la famine.
Que Dieu sauve la Guinée, vive la patrie !
Sinkefara Bomba
Cotonou, Bénin
pour www.guineeactu.com
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