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A l’heure où l’armée guinéenne montre le vrai visage d’une garde prétorienne de soudards au service de la barbare dictature sanguinaire du capitaine Moussa Dadis Camara, après les affreuses tueries de l’épouvantable lundi du 28 septembre 2009, le livre de Mamadou Aliou Barry, intitulé « L’armée guinéenne - Comment et pourquoi faire ? », qui paraît ce vendredi 2 octobre, aux Editions L’Harmattan, vient à point nommé tracer la voie du changement dans notre pays meurtri.
Le livre de Mamadou Aliou Barry, « L’armée guinéenne - Comment et pourquoi faire ? », qui paraît ce vendredi 2 octobre, aux Editions l’Harmattan, s’adresse à la conscience de tous les Guinéens. Il répond à la question fondamentale, la seule qui vaille d’être posée en ce moment : « Comment réformer l’armée guinéenne et la mettre au service d’une nation souveraine ? ».
L’auteur, ancien officier des armées françaises, docteur en droit et auteur de plusieurs ouvrages sur la sécurité en Afrique, apporte à cette question cruciale la réponse la plus originale que l’on ait jamais pu lire parmi toutes les réflexions qui ont été menées sur ce sujet : la Guinée ne peut s’en sortir que par une réorganisation totale et profonde de son armée, facteur clef de tout changement démocratique dans le pays.
Une telle réponse tombe aujourd’hui sous le sens car l’armée est devenue, à l’heure actuelle, le principal obstacle au changement que les Guinéens appellent de leurs vœux depuis tant d’années ? Sous la Ière République, dite révolutionnaire, l’armée n’était que « le souffre-douleur du peuple », vidée de tout son contenu. Elle était pourtant un véritable épouvantail pour le régime. C’est pourquoi elle fut décimée en 1970-1971 par le « Responsable suprême de la révolution », Ahmed Sékou Touré.
La nature ayant horreur du vide, ce sont les résidus de cette mémorable purge qui ont recueilli le pouvoir, le 3 avril 1984, à la mort du premier président guinéen.
Sous le régime du général Lansana Conté, qui a suivi, l’armée occupe une position centrale dans la vie politique guinéenne. Elle est érigée en « corps privilégié de l’Etat ». Mais le Général-Président veille à ce qu’elle soit très divisée, qu’elle soit minée par les tensions ethniques, ce qui permet au dictateur de durer au pouvoir.
En réalité, c’est une fraction de l’armée qui est privilégiée. La grande masse des militaires, laissés à l’abandon, se livrent, en revanche, à de véritables opérations de racket sur les populations, pour survivre. Au lieu d’assumer sa mission de défense nationale, l’armée devient le principal facteur d’insécurité dans le pays. Le chef de l’Etat, quant à lui, se dote d’une garde prétorienne, les Bérets rouges, pour se protéger.
A sa mort, c’est encore l’armée qui reprend le pouvoir, le 23 décembre 2008, pour instaurer un nouveau régime d’exception. Le divorce entre l’armée et le peuple est consommé. La réconciliation ne sera possible qu’au prix de sa réorganisation profonde. Sans cela, le processus démocratique restera bloqué. Il n’est guère aujourd’hui d’épiloguer sur cette nécessaire réorganisation, qui doit se traduire par une véritable mutation.
A ce stade de la réflexion, l’auteur apporte une réponse concrète sur le format de la future armée guinéenne. Selon lui, elle « devra être réorganisée et transformée en un grand service public de gendarmerie nationale », pour participer, comme force de l’ordre, à « la défense intérieure du pays ». La défense extérieure, quant à elle, s’organisera dans le cadre sous-régional. Ce grand service de gendarmerie nationale sera structuré selon les trois armes : terre, air, mer. Il participera au développement socio-économique du pays à travers le service de santé des armées et le génie militaire.
A côté de cette gendarmerie, il sera créé un module d’unités spéciales, bien formées et bien équipées, qui sera mis à la disposition de la Cedeao, de l’Union africaine et de l’ONU pour les opérations de maintien de la paix en Afrique et dans le monde. Car, aujourd’hui, la souveraineté nationale tend à se fondre dans celle de la communauté internationale.
L’auteur propose - ce qui est particulièrement remarquable -, la suppression de toutes les forces de sécurité : brigades présidentielle, d’intervention et de sécurité, anti-gang, anti-criminalité… Car elles contribuent à la montée de l’insécurité par leurs pratiques abusives. Ce qui entraînera la réforme globale du système sécuritaire (RSS), la mise en place d’un service civique obligatoire de six mois pour les jeunes de 16 à 25 ans et la création d’un service militaire adapté (SMA).
La dernière partie de l’ouvrage portant sur « L’Armée et l’Etat de droit » est tout aussi novatrice. La nouvelle politique de défense sera fondée essentiellement sur le rapprochement entre l’Armée et la Nation, sur la refonte du système judiciaire et sur la mise en place d’une Commission nationale des droits de l’homme. C’est la condition sine qua non du rétablissement de l’Etat de droit en Guinée.
La restructuration de l’armée est donc le prix à payer pour l’émergence d’un système politique démocratique dans notre pays, conclut l’auteur dans cet ouvrage particulièrement stimulant. Cette approche est, sans aucun doute, une contribution majeure au débat sur le changement en Guinée.
Entrepris depuis plusieurs années, ce travail est aujourd’hui d’une brûlante actualité. Il donne les prémices de la démarche qui fera sauter le goulot d’étranglement que constitue l’armée guinéenne actuelle sur la voie du changement en Guinée.
Alpha Sidoux Barry
Directeur de publication de www.guineeactu.com
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