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Dans un texte intitulé « Et si c’étaient les Guinéens qui bloquaient leur pays ? », mon ami Jacques KOUROUMA, sur un mode définitif et péremptoire absout discrètement le pouvoir (celui de Dadis et son CNDD) et met en cause une partie de la population, sans dire laquelle.
Pour ce faire, il prend prétexte de l’algarade du chef de la junte avec l’ambassadeur d’Allemagne sur le dos duquel, il fait à bon compte un « anticolonialisme » de préau d’école.
Il n’est pas habituel que je réponde à un ami sur le Net. C’est la première fois me semble-t-il. Et si on me demandait pourquoi avoir décidé de répondre à ce texte et pas aux autres, par honnêteté, je répondrais que c’est le seul que j’ai vraiment compris. Mon ami paraît avoir fait quelques progrès au plan de l’expression écrite. La syntaxe est à peu près plus correcte que d’habitude. On lit moins péniblement l’ensemble de l’article. D’autres, plus intelligents que moi ont peut-être pu déchiffrer les autres innombrables textes. C’est tant mieux pour eux.
Cela dit, le progrès formel réalisé ne s’est pas prolongé dans la maîtrise des notions autour desquelles son texte est bâti. Il n’est d’ailleurs pas seul dans ce cas. Nos compatriotes excellent dans l’art d’employer des concepts et notions qu’ils ne maîtrisent guère.
Nous sommes précisément dans ce cas avec mon ami Jacques KOUROUMA. La mise en cause d’une « partie de la population » et de l’ambassadeur d’Allemagne est bâti autour des notions de « Souveraineté des nations, Démocratie, et Développement ».
La sortie vulgaire et grotesque de M. Dadis contre l’ambassadeur d’Allemagne.
La Souveraineté, c’est-à-dire un pouvoir au-dessus duquel il ne saurait exister d’autre pouvoir, appartient à la Nation toute entière, et à chaque membre pris individuellement. C’est cette entité qui décide, par une procédure pacifique(ELECTION), libre, loyale, pluraliste et transparente de désigner son ou ses représentants à qui elle délègue provisoirement son pouvoir suprême, c’est-à-dire, sa SOUVERAINETE. Celui qui s’en réclame, doit avoir reçu de la Nation, un mandat clair et explicite. Autrement dit, la souveraineté ne résulte pas de la possession par un groupe, d’armes achetées avec les ressources de populations que par ailleurs, on violente à longueur de journée. Elle est très précisément l’expression libre de la volonté de chaque citoyen de la Nation. Or ici, nous en sommes très loin. C’est plutôt l’ambassadeur d’Allemagne qui est du côté du respect de la Souveraineté des citoyens guinéens, puisqu’il s’inquiète du risque de captation de la souveraineté par la violence dont le CNDD et Dadis son capables.
Dadis et le CNDD sont-ils la Souveraineté Nationale ? Qui la leur a donnée ? De quelle manière ?
Il me semble donc que mon ami confond la détention de fait d’un pouvoir par la violence et la Souveraineté nationale. Mais, n’étant pas « leader d’opinion », je me trompe peut-être. Hypothèse hautement improbable.
Invoquer le « strict respect de la souveraineté » à l’encontre du représentant d’un des plus grands financeurs de notre pays, pourrait être recevable, si ceux qui l’invoquent ou ceux pour lesquels ils plaident étaient des Républicains irréprochables ou des militaires dont le comportement à l’égard de leurs propres compatriotes était d’une grande dignité. Hélas ! C’est exactement l’inverse. Par ailleurs, est-il nécessaire de signaler l’incohérence qu’il y a à solliciter de l’Union Européenne des aides et assistance financière en tout genre et faire dans le même temps un procès en immixtion dans les affaires intérieures au plus grand contributeur au budget de l’Union Européenne. L’Allemagne est le pays le plus engagé en matière de Droits de l’être humain en Afrique Noire et le plus grand contributeur au budget européen. Dans l’histoire d’après décolonisation, à aucun moment l’Allemagne n’a été mêlée de près ou de loin à une action susceptible de nuire à l’Afrique Noire. Ce serait difficile d’affirmer la même chose concernant certaines puissances occidentales.
Faux patriotisme, vrai racisme anti-Blanc occidental
Faisons de l’anticolonialisme, mais faisons-le à bon escient. Pour le cas qui nous concerne, M. Dadis et mon ami Jacques KOUROUMA se trompent d’adversaire « colonialiste ». C’est dommage.
Selon moi, il y a même une certaine ignominie implicite à faire un procès d’intention à l’ambassadeur d’Allemagne. Elle consiste à laisser entendre (sans l’écrire), qu’en exprimant son inquiétude de voir des militaires (incompétents et criminels selon moi), conserver un pouvoir contre la volonté des citoyens, l’ambassadeur ferait acte de « racisme ». Mon ami, par habileté, parle d’immixtion dans les affaires intérieures. Il sait bien qu’en procédant à des pareilles insinuations, il ferait naître dans les têtes cette équation ignoble : Allemand = hitlérisme = racisme = mépris de l’homme noir.
Résultat : lui Jacques KOUROUMA, apparaît en défenseur de l’Afrique Noire et son héros Dadis, champion de la « résistance » à l’homme Blanc, puisqu’il en a humilié un. Il me semble qu’on peut qualifier cela d’anticolonialisme de pacotille.
Deuxième résultat : puisque Dadis est promu « résistant » contre un colonialisme imaginaire, tout le monde n’a plus qu’à s’aligner derrière lui.Ne pas le faire, ce serait se soumettre au « diktat » du Blanc. Je le confesse tout de suite, je serai ce « soumis » hostile aux manœuvres déloyales et indignes de Dadis et du CNDD. Je vais plus loin. Nous avons plus à apprendre des Blancs occidentaux, y compris de l’ambassadeur d’Allemagne à Conakry, qu’eux de nous.
Je parle d’Occidentaux. En effet, il n’y a aucun risque que les Chinois ou Russes se mêlent de nos « affaires » intérieures. La Chine ne s’intéresse en aucune manière à l’Afrique Noire en tant qu’espace peuplé d’Êtres Humains. Par contre, l’Afrique en tant qu’espace d’où elle peut tirer certaines ressources à bon compte, pour ses besoins propres, l’intéresse à plus d’un titre. Pour cela, elle a une préférence pour les régimes autoritaires africains, presque esclavagistes comme au Soudan.
Les émirats pétroliers arabo-musulmans sont encore moins susceptibles « d’ingérence » au sens où l’entend mon ami Jacques KOUROUMA. Il n’y a pas d’élection chez eux. Leur système politique est souvent monarchique. Donc pas d’élection. Leur système social est généralement moyenâgeux, à forte connotation esclavagiste. Les NOIRS en sont les principales victimes. D’ailleurs, la racialisation de l’esclavage est un pur produit des systèmes arabo-musulmans. De ce côté là aussi, il n’y aura pas non plus d’ingérence, au sens où l’on considère que tous les êtres humains ont un doit naturel à désigner librement ceux par qui, ils veulent être dirigés. Il nous faut nous y faire. Des « immixtions » dans nos affaires intérieures comme celle qui est reprochée à l’ambassadeur d’Allemagne sont souhaitables et bienvenues. Certaines puissances devraient s’y référer.
Mon ami parle d’enfantement de la démocratie guinéenne, cloue au pilori « les politiciens » qui « ont préféré la course de vitesse… », invective les « non convives » à la table du nouveau pouvoir qui entreraient dans l’armée des faux résistants.
Il me semble que quand on parle de démocratie, on ne peut mettre sur un même plan les politiciens dont la fonction légitime est de conquérir le pouvoir afin d’appliquer le programme qu’ils estiment utile au plus grand nombre des concitoyens, et des militaires dont le seul atout est d’avoir à disposition les armes achetées avec les ressources publiques. Les politiciens et les partis politiques expliquent, persuadent et parfois obtiennent l’adhésion libre de leurs concitoyens. Ils sont alors élus. Les militaires, s’ils sont mal formés ou pas formés (ça a l’air d’être le cas chez nous) s’emparent du pouvoir parce que, ils sont armés, ils peuvent tuer leurs propres populations. En janvier et février 2007, l’armée guinéenne en a fait la démonstration. La plupart des membres du CNDD ont participé au massacre sur le pont du 8 novembre à Conakry.
1° Question : qui peut sérieusement penser que les tueurs deviennent par magie, des démocrates ?
2° Où a-t-on vu une démocratie, même qualifiée de guinéenne, s’instaurer contre la récusation d’élection ?
Mon ami aurait été plus convaincant, s’il avait cité une ligne, un mot ou un texte (de n’importe quel Guinéen) affirmant qu’il suffit d’une élection pour qu’il y ait démocratie. Pourquoi s’être limité à une affirmation qu’il vient ensuite réfuter, alors qu’il en est l’auteur ?
L’élection est une étape incontournable qu’il est vain de chercher à éviter. Aucune élection ne suffit à établir une démocratie. Mais sans élection, il n’y a point de démocratie, ni Etat de républicain de Droit.
Sans vouloir donner un cours d’Economie du développement, là aussi, mon ami emploie à l’emporte-pièce une notion qu’il serait en peine de faire comprendre.Le développement n’est pas un discours fumeux. C’est une série de profondes transformations économiques et sociales. Les socio-économistes emploieraient l’expression de transformations structurelles ou qualitatives. Ce phénomène positif durable ne peut en aucune manière se produire, sans la liberté et d’abord celle de désigner et révoquer pacifiquement l’équipe à laquelle les citoyens désirent confier leur destin pour une certaine durée.
Au fond, M. Dadis est en un certain sens excusable. Tous ceux qui viennent de France ne sont pas forcément compétents. Et les « leaders d’opinion » autoproclamés le sont encore moins.
Tous ceux qui, pour de mystérieuses raisons demandent de ne pas organiser d’élection avant la fin de cette année, induisent les militaires en erreur et bloquent toute évolution du pays. Et ceux des militaires qui croient, parce qu’ils ont des armes achetées avec l’argent de tous les Guinéens, pouvoir s’opposer à l’exercice d’un droit naturel sont également dans l’erreur. La possession d’armes n’est pas une garantie d’une victoire certaine. Et nos compatriotes ne sont plus décidés à accepter n’importe quoi.
Aux jeunes compatriotes ! les « leaders d’opinion» autoproclamés n’ont rien à vous à apprendre. Et il n’y a pas à le leur reprocher. On ne peut expliquer que ce que l’on comprend. Et le drame de notre pays, c’est que chacun s’autoproclame compétent, même si ses insuffisances apparaissent évidentes pour tout le monde.
Mamadou Billo SY SAVANE
www.guineeactu.com
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