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Accusé par Alpha Ibrahima Keïra, ex homme fort sous l’ère Conté et actuel président du parti républicain (PR), d’avoir piégé le président Dadis, le ministre des affaires Etrangères ne mâche pas ses mots. Alexandre Cécé Loua estime que pour beaucoup de raisons, M. Keïra aurait dû passer ses appréciations sous silence et les garder pour lui-même. Lisez.
L’Indépendant : Certains hommes politiques pensent aujourd’hui que le ministre des Affaires Etrangères a piégé le président Dadis. De quoi vous reproche-t-on exactement ?
Alexandre Cécé Loua: J’ai choisi d’exercer un droit de réponse par rapport aux propos de M. Alpha Ibrahima Keïra, rapportés par votre journal du 24 novembre dernier. Quant à son appréciation sur les sanctions et par rapport à l’administration diplomatique, j’aurai dû me taire. Mais, c’est parce que je connais la personne, qui a une certaine connaissance du travail diplomatique, et tenant compte qu’il a exercé de hautes fonctions gouvernementales, que j’ai jugé nécessaire d’exercer mon droit de réponse, en tant que citoyen et aussi en tant que chef de la diplomatie guinéenne pour le moment. Alpha Ibrahima Keïra que je connais bien, que je respecte et je pense aussi qu’il me respecte, puisque quelque part nous nous sommes retrouvés dans l’exercice de nos fonctions a été Secrétaire général du ministère des Affaires Etrangères, quand moi j’étais déjà ambassadeur. Alpha Ibrahima Keïra dit que par rapport aux sanctions et par rapport au rappel des ambassadeurs, que j’ai piégé le président Dadis. C’est regrettable de la part d’une personnalité que je considère beaucoup. Et cela parce que peut-être, lui aussi, il a trompé le président Lansana Conté (Paix à son âme !). Il a exercé de hautes fonctions : ministre du Transport, ministre de la Fonction publique et ministre Secrétaire général à la Présidence. Je pense que par éducation et par morale, Keïra aurait dû se taire. A l’entendre, on a l’impression que le ministère de l’Administration du Territoire et celui des Affaires Etrangères ne font pas leur travail. Il n’a pas fait allusion au ministère de la Jeunesse, puisque là-bas le travail est bien fait. Parce que la Guinée est qualifiée à la Coupe d’Afrique des Nations et à la Coupe du monde. Ça, c’est juste une parenthèse. Donc, lorsque M. Keïra dit que le ministre des Affaires Etrangères a piégé le président Dadis, c’est regrettable de sa part. C’est lamentable et c’est même léger pour quelqu’un qui a assumé des hautes fonctions. Mais, quel est l’intérêt pour un ministre de piéger son président ? Je pense que comme j’ai dit au départ, par morale, il aurait dû se taire. Parce que les Guinéens n’ont pas la mémoire courte. Il a exercé des hautes fonctions et tout le monde sait ce qui s’est passé dans ce pays. J’ai dit et répété que les Guinéens n’ont pas la mémoire courte. Donc, ma porte est ouverte à toutes les personnes qui veulent faire des contributions. Et surtout pour quelqu’un qui a exercé des fonctions de Secrétaire général dans ce ministère, je pense que ce n’est pas la bonne méthode. M. Keïra aurait dû se taire, s’occuper de son parti et continuer à arpenter les allées du pouvoir pour se faire une place au soleil. Je sais et il sait qu’il a cherché à être ministre des Affaires Etrangères, c’est son droit. Il a même cherché aussi à être Secrétaire général de ce département, c’est aussi son droit. Mais, la méthode qu’on a utilisée par le passé, je pense que cette méthode n’a plus droit de cité par les temps qui courent. A propos des sanctions, quand il dit que quelque part la diplomatie n’a pas fait son travail, et lui-même affirme au départ que ces sanctions sont précipitées, mais allez voir où est la vérité, où est la logique dans le raisonnement. Nous sommes dans une période d’exception, chacun sait comment ces sanctions tombent. Tout le monde le sait, peut-être que, lui, il ne le sait pas. Puisque pour moi, il sait c’est quoi les relations internationales. On sait aujourd’hui comment le monde est constitué. A propos des ambassadeurs, c’est regrettable de l’entendre dire que les ambassadeurs ont été rappelés, et qu’ils ne savent pas à quelle sauce ils vont être mâchés quand ils vont rentrer. Ajoutant qu’ils ne peuvent plus faire leur travail. Je crois qu’il ne sait pas comment fonctionne une ambassade, il ne sait pas qu’est-ce qu’un ambassadeur. On ne peut pas contester au chef de l’Etat son droit de nommer ses ambassadeurs. Mais, ce n’est pas la 1ère fois que ça se passe dans notre pays. En 1984, à l’avènement de la 2e République, n’a-t-on pas rappelé tous les ambassadeurs ? Mais, c’est un droit souverain pour un chef d’Etat, aussi de fait soit-il, de nommer et de rappeler des ambassadeurs. Lequel parmi ces ambassadeurs qui ont été rappelés depuis le mois de mai dernier n’a pas encore été reçu dans un bureau d’un ministère des Affaires Etrangères dans les pays d’accréditation sous prétexte qu’il a été rappelé. Non, il n’y en a pas. Ceux qui veulent être des ambassadeurs de la République, ils continuent à rendre de loyaux services. Mais pour ceux qui sont des adhérents à des partis politiques, c’est autre chose. Donc, c’est l’occasion pour moi de dire que malgré leur rappel, il y a des ambassadeurs qui continuent de rendre de loyaux services à la République et au président. Ils sont rappelés, mais ils sont encore là, ils sont payés et aucun d’eux n’a présenté une démission pour dire que j’ai été rappelé donc je ne fais plus rien. Dans tous les cas, la bataille est essentiellement à l’intérieur, nous savons ce que nous faisons. Donc, le rappel d’un ambassadeur est un acte normal pour un président tout comme la nomination des ambassadeurs. D’ailleurs, pourquoi il veut qu’on hérite des ambassadeurs ? Le président est libre de nommer qui il veut, de rappeler qui il veut, c’est son droit souverain, on ne peut pas le lui contester, même s’il est président pour quelques jours.
Voulez-vous dire que le rappel des ambassadeurs n’enfreint nullement au rôle que doit jouer un ambassadeur s’il le désirait ?
Je dis et répète qu’aucun de ces ambassadeurs ne peut dire qu’il n’a pas été reçu dans une chancellerie, parce qu’il a été rappelé. Ce n’est pas vrai. Je dis il y en a qui continue de fonctionner normalement. Même si vous êtes rappelé, il y a ce qu’on appelle ‘’les adieux de l’ambassadeur». Il est reçu par le chef de l’Etat auprès de qui il était accrédité, à qui il fait ses adieux pour dire que sa fonction est terminée. Mais, tant que cela n’est pas fait, il est là, il jouit de tous les droits en tant que chef de mission. Et ils sont là, aucun d’eux ne m’a envoyé un rapport pour dire qu’on m’a refusé telle porte. Donc, ce n’est pas parce que ces gens sont rappelés qu’ils ne peuvent pas faire correctement leur travail. Pour quelqu’un qui a géré partiellement une partie de ce ministère en tant que 1er fonctionnaire, parce que le poste de ministre est politique, c’est une appréciation légère. Malgré leur rappel, ils sont reçus dans les chancelleries, dans les bureaux, où ils parlent au nom et pour le compte de l’Etat jusqu’à ce qu’il y ait de nouveaux ambassadeurs. C’est ça la règle dans la diplomatie. Même si vous êtes rappelé, ce n’est pas le même jour que vous rentrez. Même si le décret dit sur le plan du droit, ‘’prend effet à compter de sa date de signature» au plan interne, au plan externe, il y a des formalités à remplir. Si ces formalités ne sont pas accomplies, le chef de mission est ambassadeur jusqu’à ce qu’il quitte le territoire. Le jour où ils vont quitter avant que les nouveaux ambassadeurs n’arrivent, une structure est là pour expédier les affaires courantes. Mais jusqu’à ce qu’ils quittent le territoire, ils sont ambassadeurs plénipotentiaires et extraordinaires de la Guinée. C’est ça la règle et c’est élémentaire pour tous ceux qui ont fait de bonnes écoles et pratiques de diplomatie.
Depuis leur rappel, il y a 5 à 6 mois, les ambassadeurs ne sont toujours pas rentrés. Quelles sont les raisons qui expliquent le retard de leur remplacement ?
Peut-être que cette fois-ci, cela a pris du temps. Mais c’est toujours comme ça, même en temps normal. Vu que c’est un groupe, il y a des formalités à remplir au plan interne : il y a les finances qu’il faut mettre en mouvement. Donc, cela prend du temps. Ils ont des enfants à l’école, il y a beaucoup de facteurs qui rentrent en ligne de compte. Je crois que mon frère Keïra doit dire merci au président Dadis, il doit dire merci à la générosité du président Dadis. Sinon, sous d’autres cieux, en d’autres circonstances, il ne pourrait pas dire ça. Tout ça c’est évident. Je l’ai dit et répété, les Guinéens n’ont pas la mémoire courte dans ce pays. On a donné la liberté à chacun de s’exprimer mais il faut y mettre de la morale, c’est très important.
Propos recueillis par Samory Keita L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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