jeudi 11 février 2010
Alerte ! Faut-il changer le peuple ou l’opposition ?
Saïdou Nour Bokoum

En signant le décret de nomination de Jean-Marie Doré comme Premier ministre que l’Opposition lui avait proposé, le « Président par intérim » a créé un acte juridique sans précédent qui défie l’intelligence politique. On sait que l’opposition guinéenne, partis et particules ne sont pas moins de 72 prétendants, d’autres parlent de 92 ou même de 102. Une étrange prédilection pour le chiffre deux, symbole de la dualité et de la bipartition. Voici un Premier ministre désigné par une opposition de qui il tire une part de sa légitimité, tout en étant l’émanation de l’accord inter-CNDD signé à Ouagadougou, en l'absence de cette même opposition !

On nous annonce qu’il sera responsable devant le futur CNT. Il n’y a pas à en rougir puisque le Président élu après les prochaines « élections libres, transparentes et crédibles » sera lui-même responsable devant ce monstre qui sera tout sauf un nain juridique. Je laisse à la Doctrine et à la Jurisprudence le plaisir de se livrer aux délices de la déconstruction de cet avatar des Etats généraux de la France d'Ancien Régime. L’urgence qui a bon dos, qui légitime cette inventivité guinéenne, m’entraîne presque malgré moi vers un spectacle non moins cocasse. Je vois en effet dans un gigantesque stade nocturne, illuminé comme pour un match olympique 102, ou peut-être 92, certainement au moins 72 aveugles, errant autour d’un gigantesque gâteau. Plus près on voit que cette pâtisserie a été confectionnée avec une immonde pâte d’amertume, de déconvenues historiques, dont le levain est une invisible pellicule d’espoirs.

Que dis-je, c’est l’Espoir même tel un mât planté au sommet d’une montagne de ruines, flottant sur un océan pourpre de larmes et de sang. Cette cerise sur un gâteau servi sur un mât de cocagne brandi par Jean-Marie Doré, me rappelle un 14 juillet colonial et les gigotements d'élèves et de gosses qui cherchaient à obtenir qui un sachet de bonbons, qui une lampe tempête, etc., après avoir réussi à grimper l’impossible verticale faite de cette glu qui vous ramène à terre, irrémédiablement, à chaque petite montée. Mais enfin il y en a qui y arrivaient en s’enduisant le corps d’une anti-glu glanée en brousse. On trouve tout dans nos forêts, même de quoi tromper la vigilance de l’Homme blanc. La Guinée vient de trouver ce tour de passe-passe une nouvelle fois, après que le Grand Homme blanc fut éconduit il y 52 ans par l’Homme-peuple. Pour toute réponse, le grand Homme blanc avait menacé :

"J’ai dit. Vous choisirez !".

La Guinée, enfin son opposition, vient de choisir. J’oubliais. Après les évènements révolutionnaires de Janvier et Février 2007, la Guinée avait choisi pour la première fois son Premier ministre, "chef d'un gouvernement de large consensus", extorqué à son Président grabataire. Moins de deux ans après, ce Premier ministre fut renvoyé par un zombi manipulé par une camarilla qui n’avait pas dit son dernier mot. Depuis, la Guinée n’a pas eu de gouvernement, malgré l’éphémère passage d’un certain "gouvernement de large ouverture" où quelques opposants avaient obtenu des sucettes.

Le zombi parti, la camarilla est restée pour langer la jeune junte qui avait ramassé le cadavre pourrissant du Pouvoir. On sait que l’Etat PUP avait perdu la tête bien avant que son immense corps fît l’ultime et horizontal garde-à-vous à son Seigneur. Ce qui explique que son jeune héritier avait tout pour réussir, sauf une tête à l’endroit. Ce que se chargea de corriger La balle de Toumba. Qui après avoir dispersé le CNDD, vient d’être bottée en touche par M. Sékouba Konaté avec l’onction de l’auguste arbitre de touche actuellement "en convalescence" à Ouagadougou, celui-là même que le peuple sur les gradins du Stade, avait sifflé dans une horla de toutes les horreurs. Toumba n’avait pas tout à fait réussi son coup. Mais il ne l’avait pas tout à fait raté.

Mais où est donc passé le ballon ?

Dans le camp de l’opposition dont l’équipe était unie ou plutôt réunie à peu près, en cette flamboyante matinée du 28 Septembre. Elle ne l’est plus. Si tant est qu’il lui arrivât de l’être vraiment. C’est comme certaines équipes de football africaines où à chaque rencontre nationale, les "professionnels" qui évoluent dans les Clubs huppés d’Europe viennent rehausser leur équipe nationale de leurs talents payés cher par leurs employeurs d’outremers. Mais trop souvent, le mélange des "locaux" avec les "importés" se révèle décevant, parfois calamiteux.

On vient en effet d’entendre les coups de sifflets tonitruants de lancement de la campagne électorale. « Ils » ont dû s’entendre sur l’identité du « maître » des élections et sur celle du « maître » de celui qui doit les financer. MM Jean-Marie Doré et Sékouba Konaté peuvent créer 50 départements ministériels, ils s’en tapent. 

Je parlais de gâteau et de quelques dizaines d’aveugles prétendant à son partage. Armés de couteaux dans un stade illuminé. Parmi ces non voyants livrés à une étrange danse du ventre, il y a un pauvre arbitre qui n’a comme instrument de musique qu’un sifflet. On connaît l’adage. Quand on danse avec un aveugle il faut de temps en temps lui écraser le pied pour lui « montrer » qu’il n’est pas seul sur la piste de danse. Mais ici ils sont trop nombreux. Ce sont eux qui risqueraient d’écraser l’arbitre, comme cela semble se passer depuis deux semaines dans ce match qui menace de nous entraîner dans un nouveau demi-siècle de transition.

Cela suffit Général, sifflez la fin de cette interminable finale ! Ah ce n'était que la mi-temps ?

Voici donc la nouvelle équipe.

Mais où sont passés Siradiou (Diallo), Alpha (Sow), Mamadou (Bah) ? Ils ont oublié de nous montrer leurs héritiers. Comment des intellectuels, des lutteurs de la classe de Alpha Condé, Ahmed Tidiani Cissé, Jean-Marie Doré, Sidya Touré ont-ils pu nous mariner une structure gouvernementale aussi minable ? Ce n'est pas la pléthore qui me gène. C’est son côté génétiquement suit generis.

Ministère de la culture et des arts, les arts pour les tam-tams, la culture pour ceux qu'on a oubliés, enterrés comme Camara Laye, Sassine, Momo Wendel, Italo Zambo, Pivi (le grand musicien à ne pas confondre avec notre "Coplan"!) etc. Je sais, en Guinée, on a accolé la culture à tous les départements, Jeunesse, Sports, Tourisme, Information, etc. On a seulement oublié de l’apposer à l’agriculture où elle sonnerait mieux. 

Donc pour nos « polycards », sortis de l’Ecole de Kim Il Sung, « la Culture ? Rien à voir avec les Arts ! Les Arts, qui n’ont rien de commun avec les Belles lettres « sorbonnardes », ce sont nos Niamous, Kakilambè, Kondén Diarra et autres Baöudi Saya Didi avec djimbé et tambours à eau. ».

Ainsi parlent nos tailleurs de structures gouvernementales.

Ministère du Contrôle et des Audits : le premier contrôlant le second, réciproquement, pour que pérenne, reste la corruption.

Ministère du tourisme, de l'hôtellerie et de l'artisanat : le tourisme ce sont les hôtels (les réceptifs disent-ils avec quelque pédantisme) et l'hôtellerie beh voyons, pour le pognon. Mais le Voile de la mariée et d'autres sites et monuments que les touristes viennent voir, ne relèvent pas de la culture : cela relève de l'artisanat du Tout Puissant ou de Dame Nature quand elle se fait créatrice. Ailleurs sous d'autres latitudes, certains sites sont classés comme patrimoine de l'Humanité, donc relèvent de la Culture.

Non en Guinée c'est autre chose, la Culture est l'alpha et l'oméga des tomes du Guinde Suprême.

Ministère des diaspourris : moi qui croyais que chez les thuriféraires de l’universalité de la loi guinéenne égale pour tous, de Yomou à Djakarta, un tel ministère était une contradiction dans les termes, voire une entorse à cette même loi qui ne connaît pas de spécificité de la Diaspora, encore moins une prétendue cinquième région éparpillée aux quatre coins de la planète. Donc le ministère de l’administration du territoire et des... affaires électorales (ex ministère de l’Intérieur) ne couvre pas l’Extérieur ? Il faut savoir ! Le voici, l’objet de toutes les convoitises.

Ministère dit MATAP: administration du territoire et affaires politiques. Entendez affaires électorales. Ah oui, les élections ! Ministère d'Etat suppute-t-on, bien sûr ! On verra bientôt les grenouilles égayer cette structure organique. En avant toute, aux élections, conduites par qui l’on voudra ! Grenouilles ou crapauds, on s'en fout, pourvu qu'ils nous conduisent aux élections. Voyez le rang des diaspourris, derniers des 30, alors qu'ils sont la moitié du pays, juste bons à être bannis de la nation. Maintenant ce sont d'anciens diaspourris qui ne veulent les voir que battant le pavé et le verglas afin que nos "amis" depuis Paris-Washington-Rabat-Ouaga, parachèvent le travail de Toumba.

Voilà jetée aux orties une question nationale qui n'est pas une affaire de rang protocolaire, mais de reconnaissance de la Cinquième région de la nation. Bientôt, nous demanderons à nos familles, de serrer la ceinture, comme le disait un jour Jacques Kourouma. Nous allons fermer le robinet, enfin celui d'ici, car là-bas on sait ce qu'il en est. L’unique robinet étant perpétuellement béant dans le ciel de Kaloum ! Nous allons nous mettre en grève, non pas contre nos parents, mais contre ces amis qui nous prennent là-bas aussi, pour des techniciens de surface, des balayeurs, des propres à rien sauf à leur dégager le chemin des élections.

Nous ferons tout pour empêcher ces élections. Nous ne nous contenterons pas de les boycotter. Puisque de toute façon tout est fait pour nous en écarter. Nous allons faire ce que nous savons faire le mieux.

Aboyer.

Aboyer pour que le Tout Puissant nous ramène Siradiou, Alpha, Mamadou. Ils verront le monstre qu'ils nous ont légué qui fera la honte de la Guinée, si vraiment leurs "héritiers" le laissent naître, dans leur hâte à aller aux élections :

Un CNT désigné par une centaine de quidams, "légitimé" par une ordonnance signée par un organe d'exception, (un Président intérimaire, "Président de la transition", entend-on maintenant), fruit d'un coup d'Etat (contre un cadavre), donc un organe frappé d’illégitimité de façon rédhibitoire, ontologique, mais devant lequel sera responsable un Président démocratiquement élu par 10 millions de Guinéens !

Si j'étais ce Président élu, voici le premier décret que je signerais :

Acte du Pouvoir central : le CNT est dissous et ses membres sont priés de se rendre au Camp B. pour affaire les concernant. Signé Mandjou.

Eskey !

Le pragmatisme, l'efficacité n'ont jamais été source de droit.

Mais "considérant qu'à l'impossible nul n'est tenu", je demande à M. "le Président par intérim" de prendre l'ordonnance suivante :

Vu l'avènement du CNDD barre,

Vu le carnage du Stade, barre,

Vu la balle de Toumba barre,

Vu Paris, Washington, Rabat, Ouaga, barre,

Vu qu'on nous a trompés car en vérité on ne nous aime pas, barre, 

Vu l'Opposition et "son" Premier Ministre Jean-Marie Doré, barre,

Vu que la structure gouvernementale qu'ils m'ont proposée est une véritable salade russe, barre,

Mais vu nos accords avec la Chine et avec l'Ukraine, barre,

Ordonne :

- article 1 : Il est créé auprès de moi un gouvernement intérimaire inter-CNDD de 20 ministres, sans préjudice pour ceux qui sont sur le chemin du TPY

- article 2 : l'Opposition et son Premier ministre sont limogés pour faute lourde,

- article 3 : la Guinée du Peuple, en concertation avec le Peuple de Guinée, conduit la transition en lieu et place de l'Opposition condamnée à l'Exil, ce, jusqu'au retour de la Diaspora,

- article 4 : cette ordonnance prend effet dès le prochain soulèvement populaire. 

Wa Salam !


Saïdou Nour Bokoum


PS : En attendant ce "grand soir", certains peuvent toujours ricaner en lisant cette "littérature". Mais que mes compagnons qui ont mis en place une structure provisoire de fédération des Guinéens d'Europe et toutes les initiatives similaires se donnent la main, pour que lors d'une concertation ouverte, nous continuions cette structuration de la lumpen Guinée. Car il est maintenant avéré, que si nécessaire il fût, aucun forum ne nous considérera vraiment comme une entité nationale, en lieu et place de notre propre Forum qu'il faudra bien tenir dans les plus brefs délais.


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Ansoumane Doré, vendredi 12 février 2010
Je lis toujours Saïdou avec délectation. Le décret de la fin ici ,c`est la cerise sur le gâteau.
Cissé Oumar de Bma, vendredi 12 février 2010
Je me suis délecté! Mais je lis aussi entre les lignes et je téléphonerai à l`auteur. Tous ceux qui persistent à croire qu’on réussira quoi que ce soit en Guinée sans les audits, perdent leur temps et celui des ‘’honnêtes’’ gens qu’on induit consciemment en erreur ; Ce pays continuera inexorablement à reculer tant que le vrai tri ne sera pas fait, pour neutraliser définitivement quelques centaines de mafieux qui manipulent tout ( y compris les magouilleurs eux-mêmes, syndicaux ou politiques, très insuffisants et sans envergure) ; Nos malfaisants tirent les mêmes ficelles depuis un bon quart de siècle, et se fichent complètement du reste (vos états d’âme y compris). Voilà pourquoi j’avais dit, vers le mois d’août 2009, que je ne bêlerai pas avec les moutons ! Monsieur TANIKO, et le grand frère Bokoum, commenceraient-ils maintenant à comprendre les réalités ??? Il est dommage que les ‘’intellectuels’’ et autres leaders d’opinions, soient incapables d’admettre qu’ils ont constamment eu tout faux depuis fort longtemps, parce qu’ils conservent, hélas, le même esprit embué par un passé qu’ils n’arrivent ni à relativiser, ni à transcender pour le bien de tous. Je signale pour terminer, avoir prévenu oralement en janvier, quelques personnes, après la désignation d’un premier ministre des F.V., que les ‘’diapos’’ seront encore moins considérés (voire définitivement marginalisés et rejetés), que par le passé ! La seule option qui nous reste, est de solliciter les jeunes patriotes (intra et extra muros), à réunir nous-mêmes les preuves de pillages et de détournements, pour traduire nos prédateurs archi connus devant les tribunaux de la planète, afin de les punir où qu’ils se trouvent ! D’autres l’ont fait avant nous, depuis 1945 ! Taniko, vendredi 12 février 2010 Il n`y a ni peuple ni opposition en Guinée. C`est un troupeau sans berger que nous sommes.
Christelle, vendredi 12 février 2010
Bonjour M. Bocoum, c`est toujours avec impatience que j`attends vos articles. Encore une fois, j`ai eue du plaisir à vous lire. Le bien le plus précieux de la Guinée, de loin devant ses ressources naturelles, est sa diaspora nombreuse et éduquée. Hélas, le pays n’en profite pas, contrairement à beaucoup d’autres pays et institutions internationales... Espérons que votre cri du cœur sera entendu. Bien cordialement.
Taniko, vendredi 12 février 2010
Il n`y a ni peuple ni opposition en Guinée.C`est un troupeau sans berger que nous sommes.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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