La quête de la liberté en Guinée est une sorte de parcours initiatique qui a été approximative et d’ailleurs ratée parce que la réussite est toujours attendue après un demi-siècle.
Il en découle que le Guinéen n’a plus la même appréciation des choses, en dépit des fois de leur évidence attestée. Qu’un propose, et voici l’autre cherchant à lui trouver une explication abusive et erronée. De la manière, la rencontre des consciences individuelles, qui forment la conscience collective en sociologie, n’a pas encore eu lieu.
Mieux encore, cela nous renvoie irrémédiablement à l’œuvre manquée conjointement par les politiques et les deux régimes défunts. La profondeur et l’enracinement du patriotisme qui auraient pu s’exprimer par le nationalisme (entendons, aimer sa nation) s’est envolée.
Comme les gouvernants successifs n’ont pas priorisé la construction de la nation guinéenne, il va s’en dire que la vacuité ainsi créée est remplie par une idéologie narcissique ethnique et/ou régionaliste.
Cet état d’esprit est devenu la clef de l’approche des faits de la société guinéenne. Or, la nation, tout comme la démocratie qui peut la nourrir, est fondée sur un pacte. Ce dernier, avant d’être constitutionnel, est naturellement consacré par notre enfermement sur la même parcelle de terre, réceptacle, en ses endroits, de notre cordon ombilical et des premiers cheveux qu’accompagne parfois le placenta. C’est là, l’essence même de notre attachement à la patrie.
Est-ce bien celle-là que nous voulons, de nouveau, abandonner à nos bourreaux ?
Mais en Guinée, le fait politique a abâtardi le sentiment nationaliste. Le pays n’est plus perçu comme un bien commun précieux à protéger, à respecter et à développer. Il est considéré comme la source d’enrichissement, bien qu’illicite, chez la plupart de mes compatriotes.
Ce qui compte ; c’est l’occupation d’un poste. Ils ne se posent pas la question de savoir si leur intelligence, leur instruction, leur expérience et leur capacité intrinsèque peuvent leur permettre d’assumer, avec efficience et compétence, la responsabilité liée à la fonction à exercer. Voilà le cachet made in guinée du pouvoir depuis maintenant cinquante ans.
Inconsciemment ou consciemment, le Guinéen ne se voit ou ne se croit utile que lorsqu’il entre dans les arcanes du pouvoir. Et encore pas à n’importe quel poste. D’où la différence, encore typiquement guinéenne, entre poste juteux et celui qui ne l’est pas.
L’appréciation d’un gouvernement est ainsi soumise au déchiffrage de qui occupe quoi et de quelle origine est-il ?
L’esprit des générations successives, depuis 1958, a été formaté avec cette perception de la contribution à la construction de la République. Puisque c’est l’intérêt privé et personnel qui supplante tout dans le conscient du citoyen, le pays ne pouvait que régresser tel que nous le constatons aujourd’hui.
Paradoxalement, ceux spolient l’Etat ne sont pas des plus heureux des Guinéens, car dès qu’ils tombent du perchoir, ils se clochardisent au bout de quelques temps.
En même temps, le pouvoir a été privatisé et s’est personnifié. Résultats logiques : la tyrannie et la dictature ont été l’outil de mise sous contrôle des populations. A partir de ce moment, les propriétaires autoproclamés du pays et de notre patrimoine nous ont plongés dans un brouillard occultiste meurtrier.
Les pires conséquences s’appellent des morts par pendaisons, assassinats, tueries au cours de manifestations légitimes, des incendies maquillés par l’empreinte de bandits jamais arrêtés, des accidents de circulation inimaginables ou simplement des disparitions aux enquêtes vite classées. Les auteurs de ces crimes, revêtus de la peau humaine, n’ont été que des fauves féroces en embuscades pour nous dévorer.
Et nous voulons les laisser encore en place en nous précipitant dans leurs bras au nom de la démocratie !
Avant la chute du système Conté, nous apprîmes que des flacons de graisse humaine ont été trouvés dans des bureaux au secrétariat général de la présidence. Ces pratiques ne sont que légions lorsque l’on décrypte les gestes et faits des gouvernants successifs.
Certes, il y a beaucoup d’autres facteurs dont la somme des conséquences a favorisé la décadence de la société guinéenne et le non développement que nous accusons.
Et bien, ce sont toutes ces cruautés inhumaines (en plus des crimes économiques et culturels) que les Guinéens auraient pu exiger l’éradication aux nouvelles autorités pour que les auteurs soient mis hors d’état de nuire. Hélas, nous allons encore rater une marche de notre évolution !
Sans vouloir me répéter, ma surprise est grande, quand j’entends mes compatriotes occulter la clarification de la tragédie et du drame qui nous frappent pour des élections qui ne feront que ramener les mêmes criminels au pouvoir.
Ce qui équivaudra à l’extinction de toute forme de justice qui peut apaiser l’esprit des victimes qui hantent inlassablement notre pays. Et Dieu sait qu’elles nous réclament la JUSTICE afin de favoriser leur repos éternel en paix ! Allons-nous demeurer sourds à leurs cris, non de vengeance, mais de rétablissement de la vérité et de leur honneur, ici et de l’au-delà ?
Une telle option découlerait-elle des déchirures sociétales, des blessures non encore cicatrisées et des deuils qui n’ont jamais eu lieu ?
Ou simplement, cela vient-il de la stratégie de captation du pouvoir par ceux qui ne veulent pas que le ciel de Guinée s’éclaire des rayons du soleil de la vérité ?
Notre conscience devrait être en conflit avec cette orientation de notre histoire !
Un peuple martyrisé n’équivaudrait-il pas à un peuple immunisé voire avertit pour savoir orienter la marche de son destin?
N’est-ce pas un grain de maïs semé en bonne terre et à temps donne toujours un épi qui contient mille fois ?
Pourquoi tombons-nous si vite aujourd’hui sous le charme de l’oracle démocratique qui ne guérira pas nos maux ?
Cette démocratie sera à l’image de l’indépendance, si elle n’est pas bien préparée !
La justice dont nous avons besoin ne sera juste qu’avec des Hommes nouveaux aux affaires et non avec ceux qui se hâtent au panthéon de la République pour devenir ses pseudo-serviteurs.
Le processus d’appropriation du pays et du pouvoir par la minorité protégée de la « baraka » a-t-il vraiment sapé la conscience du Guinéen pour qu’il cesse d’être un citoyen averti ?
Ces questionnements m’ont amené à réfléchir à l’alchimie guinéenne de la démocratie.
Elle est une démarche concrète préparatoire à l’avènement ; d’abord d’une société épurée de toutes déchirures, puis à la naissance de la Nation aux structures sociétales régulées par la pratique de la démocratie et, enfin, à l’instauration de l’Etat de droit.
L’alchimie guinéenne de la démocratie a pour but de mettre la conscience individuelle et collective aux prises avec les réalités sociale, politique et surtout historique afin qu’elles se délivrent et s’illuminent pour produire la Guinée nouvelle.
C’est la rencontre de mon compatriote avec notre histoire dans laquelle il trouvera sa part de responsabilité en espérant qu’une telle rencontre l’incite au dépassement de ses années de frustrations pour ne privilégier que sa Guinée dans toute la dimension en tant que nation à construire.
Et, j’ai pensé que les nouvelles autorités peuvent et doivent mettre en route le mécanisme dont le déroulement favorisera les réformes attendues et souhaitées majoritairement.
Ainsi dans le développement de l’alchimie guinéenne de la démocratie, l’on remontera aux premières heures de l’indépendance qui n’a été qu’une rêverie jusqu’à présent. Besoin est alors de concevoir qu’il n’y a rien dans notre évolution sans solution.
Je la veux un concept dynamique à la résolution de la misère et des souffrances infligées à nos populations. Elle prône la réparation des injustices sociales d’où sortira la Guinée redimensionnée par le respect des droits de l’Homme parce que devenue juste et offrant au citoyen les thèmes de son épanouissement global.
Dans la logique, je ne souscris pas aux élections qui ne permettront pas à mon pays de se dégager de l’influence nocive de ces Hommes qui oublient que nous sommes dans une cité dont personne ne sortira vivant et, pourtant, dans laquelle chacun doit y laisser des œuvres nobles pour les postérités et l’histoire.
Voilà pourquoi, j’exige la création des conditions nécessaires, dont la décantation de tous les domaines de la vie nationale avant toute démarche électorale. Il faut éradiquer le mal endémique qui nous suit tel un mauvais sort.
N’ayons pas peur de l’exprimer et l’exiger!
Avoir peur, dans ce contexte-là, est une simple couardise inutile.
Si les nouvelles autorités ne parviennent pas à exorciser le démon du mal qui hante le cœur et l’esprit de leurs compatriotes, la Guinée ne décollera pas avec le recyclage des meurtriers de ses enfants qui nous attendent encore à l’affût avec ces fameuses élections annoncées.
C’est une question de morale parce que la morale et le courage ont la vertu d’ignorer la frontière des ethnies et des religions. La politique est sujette aussi à la morale.
Que le CNDD et son gouvernement aient le courage de déminer le pays avant de répondre aux réclames du lobby international et leurs associés guinéens. Aux patriotes de le leur exiger !
Jacques Kourouma
pour www.guineeactu.com