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Ainsi va la Guinée, au gré du vent et des incertitudes, au rythme des révolutions inachevées, entre les mains des prévaricateurs et des concussionnaires, loin de la civilisation et de ses bienfaits, avec un siècle de retard sur les sociétés de ce monde.
Ainsi va la Guinée, pays sous développé, où il est difficile d’aller à l’école, de manger à sa faim, d’étancher sa soif, de se soigner, de s’informer, de se loger décemment.
Ainsi va la Guinée, pays d’Exodus, où les campagnes sont désertées, les champs abandonnés, les villes bondées ; où des légions de chômeurs errent sans but dans les rues des grandes villes en quête d’une pitance journalière pour nourrir leur famille ; où des enfants, innocents, meurent de faim au milieu des terres fertiles.
Ainsi va la Guinée, et sa capitale Conakry, symbole d’un pays en perdition, où il est pénible de se déplacer d’un quartier à un autre ; de téléphoner faute de réseaux ; d’allumer une ampoule, le soir pour s’éclairer, faute d’électricité ; de prendre une douche, le matin, faute d’eau dans les robinets.
Ainsi va la Guinée, pays de frustration, où malgré sa fortune, l’on ne peut pas acheter ce qu’on veut.
Le Guinéen est-il né pour souffrir toute sa vie ? De génération en génération ? La misère en Guinée est-elle une histoire de fatalité ? Les Guinéens peuvent-ils en sortir un jour ? La pauvreté en Guinée est-elle une volonté de Dieu ou la volonté des Guinéens ?
Ainsi va la Guinée, pays de dictature, tétanisé par 50 ans de pouvoir inique ; où les élections sont toutes truquées pour maintenir au pouvoir le Président ; où des hommes en uniforme, gorgés de pouvoir, tuent des enfants sans défense pour quelques milliers de francs.
Ainsi va la Guinée, pays de corruption, où le pillage de l’Etat est depuis toujours le sport préféré des fonctionnaires ; où le vol ne déshonore plus les familles mais au contraire les embellit ; où les policiers, sans gêne, rançonnent les automobilistes pour arrondir les fins du mois.
Ainsi va la Guinée, pays de non droit, où la justice donne raison au plus fort et condamne les plus faibles ; où les gouvernements ne protègent ni les citoyens, ni leurs biens ; où des hordes de bandits, en toute impunité, rançonnent chaque soir des familles sans défense.
Ainsi va la Guinée, pays de pauvreté, avec son peuple en déshérence, où une honnête et dure vie de labeur n’épargne pas le salarié d’une retraite de misère ; où la mendicité frappe au seuil des foyers ; où la prostitution est glorifiée par les filles ; où le travail n’est plus sacré ; où l’alcool coule à flot ; où la drogue sème la désolation parmi les jeunes.
Ainsi va la Guinée, pays instable, parcouru par des réactions et opinions extrêmes avec des risques de divisions profondes ; où le repli communautaire est parfois la seule alternative du citoyen frustré ; où les hommes du pouvoir et autres responsables imposent leur volonté aux plus petits, par la force, en les maltraitant, leur faisant peur ou en les affamant.
Ainsi va la Guinée, pays de mauvaise gouvernance, où tout le monde peut prétendre au poste de ministre ; où des gouvernements se succèdent sans résultat ; où la culture de la médiocrité a depuis longtemps supplanté celle de l’excellence.
Ainsi va la Guinée, pays où il est interdit d’espérer, où les lendemains déchantent, où hier est meilleur qu’aujourd’hui et, demain pire qu’avant-hier.
Ainsi va donc la Guinée, cinquante ans après son indépendance, sur le chemin de l’errance, entre décrépitude et déliquescence, rejoindre sa sœur Haïti et sombrer dans le chaos ….
A moins que le Conseil National de Démocratie et du Développement (CNDD), prenant le pouvoir par la Force le 23 Décembre 2008, ne nettoie pour toujours les « écuries d’Augias », et favorise l’émergence à la tête de l’Etat d’une équipe capable de redresser le pays.
Mais comme la Guinée ne produit pas encore les mutations que l’on pronostique ou que l'on attend d’elle. RDV est pris en 2010: Puisse ‘Moise’ dire ce qu’il prévoit de faire et faire ce qu’il dit. AMEN !
Abdoulaye Yacine Sow, Créteil, France pour www.guineeactu.com
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