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Depuis ce mercredi 22 septembre, l’ancien ministre des mines Ahmed Kanté qui n’en a manifestement pas fini avec ses démêlés judiciaires, est devenu directeur national des impôts. Cet ancien ministre du gouvernement de large consensus de Lansana Kouyaté et celui de la large ouverture d’Ahmed Tidiane Souaré remplace de fait Ibrahima Bodhié Baldé qui devient quant à lui le nouveau conseiller du ministre chargé des missions. Malgré la grande audience dont il jouissait, Kanté a été accusé d’avoir détourné quelque 2 milliards 152 millions 216 mille GNF à partir du fonds minier. Moussa Dadis Camara avait fait de ce ministre à la fois un ange et un démon. Retour sur la vie tumultueuse d’un ancien ministre éclaboussé par la gestion peu orthodoxe du fameux dossier du fonds miniers.
Un chouchou qui faisait des jaloux
L’audition publique de l’ancien ministre des mines et de la géologie, Ahmed Kanté avait singulièrement appâté le chef de la junte Dadis Camara. Le show était tellement époustouflant que notre Dadis national a embrouillé son agent judiciaire de l’Etat, Me Matos, paraissant plus évasif dans ses déclarations ou autres jugements portés de Kanté. Ahmed Kanté, supposé être la victime collatérale du système Conté a tout de suite joui de l’admiration du chef de la junte dont voici, presque paraphrasée la déclaration à l’entame de l’audition de ce ministre d’alors. « Ah ! C’est vous le ministre Kanté. Celui-là qui a été démis à cause du bon travail dont il voulait faire profiter la Guinée ? Tous les journaux ont parlé de vous… », a dit dans un ton fort émouvant le capitaine Dadis Camara dans son sport favori : le dadishow.
Plus conforté que jamais, l’ancien ministre de Kouyaté et de Souaré saisissait la balle au rebond : « Excellence M. le Président, au lieu de se concentrer sur le fonds minier, je vous recommande vivement de centrer les efforts sur le cadastre minier. Ce qui pourrait faire sortir la Guinée de la misère actuelle… ». Avant d’éplucher un dossier de 23 milliards de dollars ficelé avec les Chinois. « A l’issue de cette négociation, il était question de faire gagner à la Guinée, eau, électricité, infrastructures modernes dans toutes les garnisons militaires du pays. Sans qu’un centime ne soit payé par l’Etat guinéen», avait soutenu Ahmed Kanté. Le chef de la junte visiblement désarmé, sirote, sirote encore un jus et fume une cigarette à moitié.
Comme pour chasser son émoi face aux révélations prometteuses de l’ancien ministre. Et d’interroger l’agent judicaire de l’Etat : quelle lecture faites-vous du caractère de cet homme, puisqu’on n’est plus avec les audits ? Me Matos renoue avec son argumentaire n’ayant ni tête ni queue : « M. Kanté n’était pas spécialiste. Au niveau du ministère, il a trouvé des réformes déjà engagées par Alpha Mady Soumah. Il les a approfondies. Mieux, pour un départ, cet ancien ministre a fermé la porte à ses collaborateurs… » Peu satisfait de cette mauvaise caricature à peine voilée, le capitaine lève le ton : « Laissez tous ces tralalas et dites-moi ce que vous pensez de cet homme », relançait le président autoproclamé. Avant de laisser la place aux sentiments, au vu des résultats étalés.
L’atmosphère était tellement fraternelle et forte en arguments que le présumé coupable s’est vu applaudir par toute la salle. Manifestement comme signe d’adhésion à la politique minière de M. Kanté. Cela semblait le dédouaner devant ce cynisme collectif, synonyme de folklore. Ce qui est évident, après décryptage de cet ‘’entretien’’, le retour aux affaires de ce ministre n’aurait pas étonné au vu des amabilités qui ont caractérisé son audition. Virtuellement, ce rigoureux ancien ministre jouissait de ‘’circonstances atténuantes’’ : « Les audits sont suspendus pour lui », proclame le chef de la junte, sans jamais se soucier de cette prise de position radicale. Coup de théâtre et tempête d’indignation à peine contenue. Mais le capitaine lui reste subjugué et médusé. Les autres, par jalousie ou traîtrise ne cessaient de l’applaudir et rêver de jouir des mêmes faveurs que Kanté. Même son redoutable adversaire Alhassane Onipogui avait semblé le soutenir.
De favori d’antan à grand tocard
Il aurait été victime du système avarié, alors en place. Du moins, c’est l’appât auquel Dadis a mordu, oubliant qu’en accordant des circonstances atténuantes à ce ministre, il aurait démontré à la face du monde qu’il cultive la politique des deux poids, deux mesures. Le chef de la junte a vite compris cela. Il a donc utilisé Kanté qui, à son tour a volé la vedette à tous ses pairs passés devant le comité d’audit.
Certains observateurs s’attendaient à un retour aux affaires, d’autres s’attaquaient vertement au capitaine Dadis, alors qu’un troisième groupe savait que Kanté n’allait nullement échapper à la Justice. Ses arguments placés devant la caméra de télévision n’étant que l’arbre qui cachait la forêt. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est le caractère imprévisible du chef de la junte d’alors. En effet, on comprendrait mal tout de même comment Ahmed Kanté présumé coupable d’un détournement tout comme ses anciens collègues (Ahmed Tidiane Souaré, qui aurait détourné 12 milliards 500 millions 837 mille 559 GNF, tandis qu’Ousmane Sylla s’est vu reprocher la malversation présumée de 11 milliards 109 millions 096 mille 700 GNF et Louncény Nabé 754 millions 542 mille GNF) pouvait échapper à la Justice par le simple fait d’une attention particulière. L’équation était toute simple : Ou Dadis était partial, ou Ahmed Kanté était en train d’être utilisé d’abord, avant de répondre de ses accusations. Les choses ont fini par se révéler. Ahmed Kanté rejoindra les autres présumés au PM3. Et le séjour aura été bien long.
Bataille juridique sans fin et coup de grâce
Le jugement se déroulait au TPI Kaloum où Onipogui, alors ministre du Contrôle d’Etat et trois anciens ministres des Mines boudent ... le procès renvoyé au 14 septembre ! Les témoins étaient presque au complet ce lundi 31 août. Pourtant, Alhassane Onipogui, Aboubacar Kaba, Kéita, Elhadj Alimou Diallo, Hadja Saran Kéita, Ahmed Tidiane Souaré, Ousmane Sylla et Louceny Nabé devraient comparaître à titre de témoins, comme l’avait demandé Ahmed Kanté. Vu donc l’absence de ces témoins, le Procureur avait fait recours aux articles y afférents : 594, 535 et 597. Ces articles indiquent la possibilité ou non d’un ministre en fonction de venir à la barre. Partant, le Procureur soutenait : « Je suis ce procureur qui poursuit à charge et à décharge. J'ai convoqué des personnes en fonction des postes occupés dans le temps où les faits ont été commis. M. Alhassane Onipogui que je respecte tant, est convoqué en tant qu'ancien inspecteur du fonds minier », dira-t-il à l’endroit des avocats de la partie civile. Lesquels avaient émis des réserves quant à la comparution d’un ministre en fonction. Pour les avocats de la défense, pour faire venir Alhassane Onipogui à la barre, il faut une autorisation du Conseil des ministres ou un décret du Président de la République.
Pourtant, dans la presse, de grosses révélations ont été faites sur la gestion peu saine de Alhassane Onipogui qui refuse par ailleurs le mot ‘’Gestion’’ : « J’étais un simple inspecteur des mines », se défend-il à qui veut l’entendre. Or, des sources bien informées font état de 30 millions GNF émis en faveur d’Alhassane Onipogui, le 16 juin 2004 pour l’évacuation sanitaire de Mme Marguerite Onipogui. « Ce qui est ridicule, il ne s’agit pas de ma femme, mais de ma fille qui est née avec un problème de santé très important (il nous montre la photo d’une fillette de moins de 10 ans qui avait visiblement des problèmes de vue). Tous les fonds ne m’ont même pas été accordés car elle est née avec des problèmes graves, il a fallu l’opérer deux fois dans un hôpital à Paris. Et ce n’est pas encore fini, je dois encore supporter des charges pour améliorer sa vue », justifie l’ancien Inspecteur des mines. Pendant ce temps, dans la presse, on a dénoncé des « Dépenses non justifiées de quelque 161 millions GNF : avance sur les dépenses sur la révision des conventions minières en date du 03/06/2004 ; 18 millions GNF au compte du fonds de promotion et de développement minier ; 85. 888.500 GNF au compte du même fonds, etc.). »
Cet inspecteur des mines a tout de même défié la Justice. Au nom de son rapprochement avec l’ex-chef de la junte. Un chef qui était obligé de sortir de ses gonds pour démentir toutes accointances avec Alhassane Onipogui : « Vous demandez si j’accepterai qu’un de mes ministres comparaisse à la justice ? Mais c’est m’insulter. Vous insultez le président de la République. Vous avez insulté le Président de la République. Mon amitié est un couteau à double tranchant. Je ne resterai pas derrière un individu pour que le peuple se lève après contre moi. Si un jour, il est interpellé, mais c’est son problème ». Ce qui était sûr, Ahmed Kanté avait juré ne point parler sans la présence des témoins à charges. Ce qui fut fait jusqu’au jour où le coup de grâce soit venu de Toumba, donnant ainsi une nouvelle configuration à la junte et au gouvernement. Aujourd’hui Kanté est réhabilité. Et ce, à quelques jours de la fin de la transition. Des voix s’élèvent pour autant pour se demander si réellement le nouveau patron des Impôts a été blanchi comme Tidiane Souaré et les autres, avant d’être promu.
Thierno Fodé SOW
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