mercredi 16 avril 2008
Ah misère quand tu nous tiens!

La cherté de vie en Guinée est une réalité que les populations ont bien du mal à vivre. Et cette   augmentation excessive des prix des produits pétroliers ne fait malheureusement qu’en rajouter à cette situation de misère ambiante.

La hausse des prix de l’essence à la pompe a forcément des répercussions sur la vie quotidienne puisqu’on sait que cette augmentation va de pair avec l’augmentation des tarifs de transport, des prix des denrées alimentaires, des vêtements et de tous les produits de première nécessité. Depuis  l’avènement de cette mesure impopulaire, la vie s’est quasiment arrêtée dans la cité. C’est le moins qu’on puisse affirmer avec l’inquiétude qui gagne le monde des travailleurs des différents secteurs, tenus pour la plupart de revoir leur mode de vie. C’est ainsi qu’on voit des gens calculette en main en train de refaire des additions et des soustractions, histoire de bien vérifier s’ils pourront tenir le coup, à court, moyen et long terme.

Mohamed qui est fonctionnaire dans un ministère de la place raconte: « Je gagne 400.000 fg par mois et j’habite à Lambanyi. Avec cette hausse je dois payer seulement pour mon transport mensuel 270.400 FG soit plus de la moitié de mon salaire. Avant ce réajustement des prix du carburant à la pompe, je pouvais prendre un sandwich et un jus par jour, à partir d’aujourd’hui je suis obligé de jeûner sans le vouloir, donc je ne vois aucun avenir pour moi dans ce pays où les riches s’enrichiront davantage tandis que les pauvres s’appauvriront. Je resterai toujours un travailleur pauvre. »

Fatoumata, lycéenne à  Ratoma d’en rajouter : « Je ne sais plus comment m’en sortir, je dois payer maintenant 5200 FG aller - retour, donc je ne peux plus manger à l’école, c’est la famine, je ne pourrai donc  plus me concentrer en classe avec la faim qui me tiraille le ventre ».

Binta qui est étudiante raconte: « Ce qui me désole dans tout ça, c’est le cas des jeunes filles qui sont la plupart sans emploi, et qui vivent avec des parents qui ne peuvent plus subvenir à leurs petits besoins. Elles doivent alors sortir pour chercher des sous, je me demande comment les dirigeants de ce pays arrivent à dormir et à se regarder dans le miroir sans voir le démon de la prostitution qu’ils côtoient. »

Mahwa, vendeuse dans un marché s’exprime : « A partir de maintenant je serai obligée d’arrêter mon commerce et de m’en remettre à Dieu, car je ne pourrai plus payer le transport pour aller au petit port de Kaporo pour prendre les poissons frais que mes clientes réclament. Avec le transport à 800 FG déjà je marchais à l’aller, donc avec 1300FG je vais travailler sans bénéfice. »

Ahmadou qui est commerçant est totalement pessimiste : « Je n’ai rien à dire à part que mon chiffre d’affaires va baisser avec des clients qui ne pourront plus acheter mes chaussures à 50.000FG la paire. Je vais immigrer dans un autre pays pour m’en sortir, à part ça je ne vois pas d’avenir pour moi dans ce pays. »

Quant à Sékou, diplômé sans emploi, sa situation est des plus critiques : « Avant je comptais sur mes voisins pour m’amener au centre ville, pour faire mon stage, car je n’ai pas les moyens de payer le transport, mais à partir de ce mardi, ils m’ont averti que ce service ne sera plus gratuit, ce qui veut dire que je suis obligé d’abandonner mon stage, donc je n’aurai pas d’emploi. C’est un dédale dans lequel je ne m’en sortirai donc pas. La solution pour moi, c’est l’immigration et ça dans les plus  brefs délais et par tous les moyens ».

Ces témoignages sont le récapitulatif des maux dont souffre cette population totalement fatiguée de ce système d’appauvrissement accéléré : mondialisation imposée, famine, misère, prostitution,  immigration clandestine, système éducatif en panne, déplacement pénible, etc.…

Hadji Koulibaly
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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