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 | Rachid Ndiaye et Bernard Kouchner |
La navette part de la cour du Quai d’Orsay, le ministère français des Affaires étrangères. Pour un voyage consacré au premier bilan du partenariat Europe - Union africaine en matière de paix et sécurité. Depuis le dernier sommet Union européenne-Union Africaine de Lisbonne, en décembre 2007.
Direction l’aéroport militaire de Villacoublay. C’est de cette enceinte que décolle le Falcon 900 B, affrété par l’Etat français pour le chef de la diplomatie française, assurant la présidence de l’Union européenne.
Un voyage d’Etat est un voyage d’Etat. C’est le Quai d’Orsay qui s’est occupé des formalités de visas pour les pays inscrits sur notre programme de voyage : Ethiopie, Tchad, Mali.
A 22H 30, notre navette sort du Quai, direction Villacoublay. A bord, deux collaboratrices du ministre, Charlotte Montel, conseillère technique chargée de l’Afrique, Albane de la Tour, conseillère technique chargée de la presse. Et trois journalistes : Christophe Chatelot du « Monde », un confrère qui jusque là travaillait dans les Balkans où il a passé une décennie, et qui vient de shifter sur l’Afrique, comme il dit. Antoine Perruchot rédacteur en chef de « France-Inter » qui vient de boucler cinq années dans le Moyen Orient, et enfin l’auteur de ses lignes.
N’eut été la présence de militaires et de nombreuses effigies et décorations rappelant l’armée de l’air française, l’aéroport de Villacoublay passerait pour une aviation d’affaires. La voiture noire du ministre arrive quelques minutes après notre arrivée.
Parka, pantalon de sport et une écharpe au cou, Bernard Kouchner est un ministre plutôt décontracté, qui salue notre petite équipe, bavarde avec le personnel au sol. La réunion qui nous attend à Addis Abeba se fera sans Louis Michel, le commissaire européen chargé du développement et de l’aide humanitaire, souffrant. Javier Solana ( le Haut représentant pour la politique étrangère et la sécurité commune (PESC)) lui, est à New York. Bernard Kouchner aurait souhaité que pour continuer le travail de la Troika européenne (France, république Tchèque et Slovène) en direction de l’Union africaine, le quorum fut complet.
Dans l’avion, pendant la première partie du vol, avant de rejoindre sa cabine, le ministre, personnalité politique préférée des Français, se trouve à ma gauche. C’est un homme sympathique, et sur lequel, visiblement, ne pèse pas le poids des âges. Il aborde la gestion de nombreuses crises africaines sans langue de bois. Et assume son tropisme africain : « J’aime l’Afrique, je peux dire que je suis un Africain, vous savez », me dit -il. Comme Henry Kissinger, il est persuadé qu’à chaque crise politique, il faut trouver une solution en relation avec les problèmes de fond, quelque soit les sentiments que l’on éprouve pour l’un ou l’autre camp. Après tout, la diplomatie n’a-t-elle pas été inventée pour parler à des gens dont on déteste les positions et les valeurs, pour atteindre ses objectifs autres que par l’emploi de la force ?
En parlant de crise, le ministre français revient d’une tournée à Goma (à l’Est du Congo) avec son homologue anglais, David Milliband. Sur le terrain une Monuc (mission des nations unies au Congo) impuissante à empêcher la guerre et ses conséquences humanitaires. D’ailleurs un diplomate me fait remarquer que selon leur constitution, les soldats Uruguayens de la Monuc, n’ont pas le droit de tirer !
Pour Bernard Kouchner : « La crise congolaise doit être réglée dans un cadre régional. Les 17000 hommes de la Monuc constituent une des plus grandes opérations de l’Onu. Il faut régler le problème politiquement, pas uniquement sur le plan humanitaire. J’étais heureux avec le plan Amani, (celui conclu entre le gouvernement et la facilitation internationale), à Goma, dans la province du Nord-Kivu, le plan de désengagement qui comprend deux phases. La phase de consolidation du cessez-le-feu et le désengagement proprement dit. Il définit, notamment, les zones de désengagement, le retrait des forces et le rétablissement de l’autorité de l’Etat. Et la récente conférence de Nairobi ». « J’ai rencontré le président Paul Kagame à la demande du président Joseph Kabila. Paul Kagame m’a confirmé que 1100 FDLR sont rentrés. Sur le terrain, il y a une débandade de l’armée congolaise, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), les Mai Mai. Tout cela, au prix d’une violence méthodique commise contre les femmes, même pas contre l’armée. Mon devoir est de convaincre la France d’aider et participer ».
La crise ne risque-t-elle pas de remettre en cause le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la période coloniale ? Le chef de la diplomatie me répond : « Oui, personne n’a l’intention de changer de frontières. Mais parfois, je me pose la question : est ce qu’un découpage de frontières propice à la paix est pire qu’une unité territoriale qui n’engendre que la guerre ».
J’en profite pour lui demander son avis sur la présidence de Barack Obama : « Je me réjouis de son élection, mais ce sera une présidence dure. C’est un homme qui prendra des décisions difficiles. Il est mesuré, il fait tout avec précision. »
Notre avion se pose à Addis Abeba, la « Nouvelle fleur » en langue Amharique. Une ville en hauteur, dont on a du mal à définir le centre ville. Bernard Kouchner apprécie la culture locale. Frederic Cholé, le deuxième conseiller de l’ambassade de France à Addis est formel : « C’est une ville sans histoire, personne ne vous embête, c’est rare en Afrique ».
Accueillis par l’ambassadeur Stéphane Gompertz, nous retrouvons Jean de Gliniasty, responsable Afrique du Quai d’Orsay, promu ambassadeur de France à Moscou.
Dans la capitale éthiopienne, il vaut mieux être équipé et avoir un roaming sur son téléphone, comme quelques années plus tôt, je réalise que l’acquisition d’un numéro local relève encore du parcours du combattant. Quant au réseau Internet, c’est presque la naissance de l’outil, avec un débit extrêmement faible. Il n’y a pas d’ADSL pour un pays d’environ 80 millions d’habitants !
Menelik a fondé la ville sur une terre de 3000 m d’altitude, l’empire s’est trouvé bien à Addis, à cause de ses sources d’eau chaude, qui d’ailleurs alimentent encore l’hôtel Sheraton. Le pays enregistre 60% de taux d’inflation et a gardé les réflexes de l’ancien régime. Des agents de sécurité traînent dans le hall et à tous les étages de l’hôtel.
Le lendemain, Bernard Kouchner rencontre le Premier ministre Melès Zenawi, englué dans une guerre en Somalie contre les tribunaux islamiques : « Il est lucide et déterminé, mais les promesses de la communauté à son égard, n’ont pas été honorées depuis trois ans », déclare Kouchner. Dans le milieu diplomatique européen on soutient qu’au finish, Mélès risque de se retirer de Somalie, en se contentant d’un gouvernement islamiste modéré, qui prendrait ses distances avec la piraterie et le terrorisme. C’est pourquoi : « La réunion d’Addis est très importante pour faire le tour de toutes ces crises, l’armée française depuis longtemps œuvre contre la piraterie sur les cotes somaliennes. » Pour Kouchner, « Maintenant il faut descendre à terre, on connaît les pirates, leurs maisons et familles », déclare l’ambassadeur de France.
Je ne vois pas beaucoup d’Obamania, lorsque la Mercedes Bordeaux, avec les fanions de la France, prend la direction de la résidence de l’ambassadeur de France. Une dizaine de villas plantées dans un parc de 40 hectares, aussi grand que le Vatican. Les soldats en uniforme gris et casques coloniaux saluent militairement notre équipe.
Nous sommes tous collés à l’actualité française avant l’ouverture de la réunion à Africa Hall. Entre l’élection du premier secrétaire du PS et l’affaire Rose Kabuye, du nom de cette directrice du protocole d’Etat rwandais, arrêtée suite à un mandat international lancée contre elle par la justice française, pour son implication présumée dans l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana : « Le juge Jean Louis Bruguière, je ne l’ai rencontré que deux fois, le dossier lui parait solide, mais je constate qu’il y a des rétractations, je ne veux pas commenter les recherches de la justice. Rose Kabuye, c’est une femme courageuse qui a été arrêtée, enfermée, un juge l’a libéré, je souhaite qu’entre la France et le Rwanda, tous les malentendus étayés ou pas, puissent être jugées au grand jour », déclare Bernard Kouchner.
« On a tout fait pour rétablir les relations avec le Rwanda, c’est notre point de vue. Le juge a libéré Rose, maintenant elle peut avoir accès à ses dossiers, il faut que les relations avec le Rwanda se clarifient » dit-il. Bernard Kouchner est pour un dialogue responsable avec le Rwanda. Il affirme peut-être un point de divergence avec la thèse officielle du Rwanda, lorsqu’il soutient que : « L’armée française n’a pas participé au génocide au Rwanda, il y a eu des ambiguïtés dans notre politique officielle vers le Rwanda, mais pas celle là ».
Tandis que d’autres informations nous parviennent : Les Allemands se plaignent d’avoir été si vite désavoués, après avoir agi sur la base d’un mandat français, mais depuis lors, le principal témoin à charge, le lieutenant Abdul Joshua Rubiziza, auteur d’un livre de 400 pages (Rwanda l’histoire sécrète, paru aux éditions Panama) s’est rétracté…
C’est un homme impliqué dans la gestion des crises africaines qui arrive à l’Union africaine où il connaît presque tout le monde. En 30 ans d’Afrique, son éventail d’amitié va des ex- chefs rebelles aux politiques. Pour convaincre les Africains de la nécessité du partenariat Eurorecamp/Amani, qui donnera naissance à la « future force africaine », le navire amiral de l’architecture de la paix en Afrique, 25000 hommes, cinq brigades régionales.
L’ancien administrateur du Kosovo veut à présent mobiliser les partenaires autour de la gestion des crises africaines dont la dernière concerne la lutte contre la piraterie. A ce titre, un Centre de crise vient d’être installé au Quai. En attendant son directeur, c’est l’adjoint Patrick Lachaussey qui s’occupe de cette mission d’experts, réunis pour la régulation chaude.
Au siège de l’Union africaine, la réunion sur la paix et la sécurité s’articule autour de huit questions essentielles : paix et sécurité, gouvernance démocratie et droits de l’homme, commerce et intégration régionale, objectifs millénaire du développement, énergie, changement climatique, migration, mobilité et emploi, science, société d’information et l’espace.
La réunion ministérielle de la Troïka Afrique - UE comprend Bernard K. Membe, chef de la diplomatie tanzanienne et Bernard Kouchner. Avec la troïka de l’UE, Stefano Manservisi, représentant Louis Michel, Commissaire en charge du développement et aide humanitaire, Helena Bambasova, vice-ministre des affaires étrangères tchèque, Koen Vervaeke, ambassadeur de l’UE auprès de l’UA. Côté Afrique, John Aggrey, représentant le Ministre des affaires étrangères du Ghana, Akwasi Osei Adjei, Dr Maxwell Mkwezalamba, commisaire UA pour l’économie et l’ambassadeur Lamamra Ramtane, commissaire chargé de la paix et sécurité de l’UA.
Tandis que le volet militaire regroupe les ministres de la défense, Jean Marie Bockel, secrétaire d’Etat chargé de la défense et anciens combattants de France et le Dr Emmanuel Nchimbi vice-ministre de la défense de Tanzanie.
Au menu, examen du groupe des rapports d’experts conjoints sur les huit partenariats, dont le cycle de formation de la Force Amani Africa/Eurorecamp, pour la période 2008-2010, d’un montant de 300.000 euros. Le premier comité conjoint de sécurité a eu lieu en septembre 2008. Objectif, la mise en place d’un mécanisme interactif conjoint d’anticipation et de veille.
Dès 1997, les Etats Unis, la Grande Bretagne et la France avaient reconnu la nécessité de coordonner leurs programmes dans ce domaine. En 1998, le programme Recamp (Renforcement des capacités africaines au maintien de la paix) a été présenté au Sommet Afrique-France du Louvre. Tandis que l’Union africaine, à l’échelle du continent, adopte mais aussi « adapte » - sous le nom de Amani Africa, (Paix en Afrique, en langue swahili) - ce dispositif de formation des futurs Etats-majors des brigades et du siège. L’objectif est de mettre en ligne, à partir de 2010, des forces de paix africaines mieux entraînées et équipées, plus aguerries et motivées, et donc plus crédibles, que ne l’ont été jusqu’ici les contingents déployés - dans des conditions souvent périlleuses - au Darfour ou en Somalie.
« La relation avec l’Afrique est une relation stratégique pour l’Union européenne. L’Afrique a besoin de l’Europe et vice versa. Il faut des liens continus. Pour cela, il faut agir sur la base de la réciprocité, l’efficacité et la modestie. Ce partenariat équilibré doit s’articuler autour de projets concrets. Les Européens n’abandonnent pas l’Afrique. C’est pourquoi nous avons voulu associer l’Afrique du sud au sommet du G20, avoir une vue d’ensemble pour faire avancer les projets. Il faut que nous avançions ensemble sur la scène internationale », confirme le chef de la diplomatie française.
La rencontre d’Addis condamne la violence dans l’Est du Congo, et se range derrière les conclusions du sommet de Nairobi, du 7 novembre 2008 (cessez le feu et désarmement des groupes armés illégaux), et qui devrait conduire à une application qui met fin aux tueries.
« Le président Obasanjo a rencontré Nkunda, c’est le début dune résolution. Il faut avoir accès aux zones humanitaires, il faut que la région soit ensemble. Les soldats européens ? Il faut renforcer c’est sûr. Nous avons des difficultés à la frontière avec le Rwanda, il faut reprendre les relations, gérer l’aéroport de Bini. Pour coordonner, politiquement, il faut que l’UA se penche sur cette tragédie qui dure depuis quatorze ans ».
Quant à la Mauritanie, la condamnation du putsch du 6 août 2008 reste valable. Le patron du Quai complète : « Ce n’est pas la crise la plus urgente, c’est un coup d’Etat, sans effusion de sang. C’est au président en place de trouver la solution ». « Les sanctions vont intervenir, il faut qu’elles soient individuelles, affirme un ambassadeur.
La réunion constate la nécessité de soutenir les différents processus de paix en Somalie (l’accord du 26 octobre 2008 à Djibouti sur la cessation des hostilités), la reprise des relations diplomatiques Soudan-Tchad. Et au Zimbabwe, l’incapacité de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, après l’accord du 15 septembre 2008.
Au retour d’Addis Abeba, une petite panne nous maintient à l’aéroport, le chef de vol nous propose de nous installer au salon, c’est plus confortable, « effectivement, c’est préférable que la réparation ait lieu à terre et pas en plein vol » affirme Kouchner, pendant que l’équipage appelle sa direction à Bâle. Les diplomates cherchent des alternatives, le Transall de Ndjamena prendrait 10 heures, le vol de Ethiopian airlines est complet, le Pool pourrait faire venir un avion de Nairobi, il faut juste cinq heures de vol. Je profite pour connaître les passions de Bernard Kouchner, en dehors de la politique : courir et lire, dit-il, d’ailleurs il lit « Courir » de Jean Echenoz. La panne est vaincue, notre avion décolle pour Ndjamena que nous rallions en trois heures.
Nous sommes accueillis à la résidence de l’ambassadeur de France, distante de quelques mètres de la résidence du président Idriss Déby, une vaste demeure avec plusieurs maisons qui donnent sur la rue. Les mesures de sécurité sont draconiennes. A vingt mètres, on n’approche pas avec un objet métallique, un téléphone portable, un stylo ; tout est vérifié à l’entrée.
Le lendemain, à six heures, nous sommes à la base militaire de Ndjamena où patrouillent soldats français et ceux de l’Eufor. 3200 hommes dont la mission, selon la résolution 1778 de l’Onu du 25 septembre 2007, est de protéger les populations civiles, les populations déplacées et réfugiées, faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire, protéger le personnel de l’Onu. Le contingent est reparti sur quatre bases, Iriba, Farchana et Goz Beida, et Birao en Centrafrique…
Le Transall en direction de Goz Beida, comme dirait mon voisin, c’est à la fois l’autobus et le semi-remorque de l’armée de l’air. A l’intérieur une rangée de bancs métalliques, des cordes ! A ma droite un général argentin de l’Eufor lit un livre sur l’histoire de l’armée et se passionne pour Diego Maradona, nouvel entraîneur de l’équipe nationale. Des soldats puissamment armés, somnolent, des fusils M16 entre les jambes.
Nous sommes à Goz Beida, à quarante cinq minutes de vol d’Abéché (plus de 500 kilomètres de Ndjamena) et sa région rendue célèbre par les aventuriers français de l’Arche de Zoé. Nous sommes sur un site de déplacées fuyant les attaques des milices arabes nommées les Djandjawids.
A 50 kilomètres du Darfour, avec des patrouilles insolites, de soldats Irlandais et Polonais, et quelques jeunes gens des ONG dans leurs tee-shirts neufs. Les déplacées veulent revenir chez eux, pas les réfugiés venus du Soudan : ils ont tout autour du camp, l’abri, l’école, la santé les vivres.
La Minurcat (Mission des nations unies pour le Centrafrique et le Tchad) n’a pas les moyens militaires pour surveiller les frontières, elle attend mars 2009, une nouvelle résolution de l’Onu qui devrait mettre une nouvelle force à sa disposition.
Nous arrivons à Lobotike à quelques kilomètres de Goz Beida, qui attend les retours volontaires et la cohésion sociale. A cause des incursions soudanaises, la région s’est vidée. Cette localité est considérée par les Djandjawids comme la base arrière des Toroboro (Zagawas soudanais hostiles au président Omar El Béchir).
Le chef des villageois remercie le « président Kouchner », et déclenche des éclats de rires. Le sultan de Dar Silla est là, c’est un jeune prince intronisé par le gouvernement, en remplacement de son père, qui proclame son arabité et ses origines yéménites. L’homme est la plus grande notabilité du coin.
L’Europe va reconstruire 12 villages et 230 puits, les autres étant empoisonnés par les Djandjawids. Même si les attaques ont diminué depuis la présence de l’Eufor. Dont l’un des camps irlandais, Ciara, nous offre le déjeuner et explique au ministre, leur mission à 5000 kilomètres de Dublin. A mes côtés, un jeune soldat brésilien pleure les plages de Rio : « là bas, j’étais à 5 minutes de l’océan », dit-il à un officier ougandais.
Dans le camp de déplacées de Gourounkoum, les villageois témoignent : « depuis 2003 nous souffrons des Djandjawids et de leurs attaques. Ils prennent nos biens, nos bétails, tuent nos gens, violent nos femmes… Ils veulent nous repousser, nous avons marché pendant 160 kilomètres, femmes et enfants. Nous on veut la paix entre le Soudan et le Tchad ».
Dans la région, il y a entre 15 et 20.000 déplacées. Le gouverneur de Goz Beida, lui, se veut plus pratique : « Quand un un homme a faim, on lui donne à manger, on ne lui demande pas ce qu’il ressent ». Ses attaques sont dirigées vers les ONG, qui sont là avec leurs théories abstraites sur le développement. Le général tchadien Okki Dagache écoute, « Il faut créer des cantonnements dans des zones sûres, ces gens ne repartiront pas aussi tôt ».
Kouchner est très diplomate. Il écarte quelques protocoles, prend le temps de parler directement aux gens, s’inquiète de la lenteur du programme alimentaire. Et nous quittons les déplacés, dont le sort dépendra en matière de sécurité, de 850 éléments formés par 300 policiers et gendarmes internationaux.
Sur un immense territoire, l’avion nous dépose à Abéché, à plus de 500 kilomètres de Ndjamena. 4 heures de vol, plus tard, nous sommes à Bamako, pour une escale de trois heures. Le ministre Kouchner a tenu à s’entretenir avec le président Amadou Toumani Touré. Et cinq heures plus tard, nous revoilà à Villacoublay.
Avant la fin du voyage, le bilan : l’action de la France a conduit à l’adoption d’une résolution du Conseil de sécurité à L’ONU. Avec la résolution Kouchner, le Congo va avoir 3000 hommes de plus pour la Monuc !
Rachid N’Diaye
Source : Matalana, Le temps de l’Afrique, décembre 2008 Synthèse réalisée par Fodé Tass Sylla pour www.guineeactu.com
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