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On a beaucoup parlé dans la presse française et sur les sites Internet guinéens du sommet Afrique-France qui devait se tenir en Egypte et qui a eu lieu finalement, à la demande du président Nicolas Sarkozy, à Nice dans le sud de la France. J'ai lu les déclarations de ce dernier, louant les relations nouvelles avec les pays africains qui peuvent compter désormais sur lui et l'aide de la France en toute transparence, dans tous les domaines, afin que la pauvreté disparaisse, que la corruption soit éradiquée et que les richesses de ces pays profitent désormais aux populations : la mendicité, la corruption : c’est fini ! C’est promis et juré !
Des articles parus dans la presse française (le Canard Enchaîné » du 2 juin 2010 et le quotidien « Aujourd’hui » du 2 juin 2010) résument fort bien ce sommet Afrique-France à Nice. Il devait être le « sommet du renouveau » avec le continent Africain !
D’où vient subitement ce grand intérêt pour l’Afrique alors qu’en 2007, à son arrivée à l’Elysée, le président Français n’était pas tendre pour le continent : « trop de corruption, des flux migratoires peu contrôlés, des régimes instables et des enjeux économiques pas stables » : « La France n’a pas besoin de l’Afrique » et tout à coup 3 ans après, un revirement complet. En clôturant le sommet de Nice, il déclare : « L’échec de l’Afrique serait le désastre de l’Europe » et de vanter son « dynamisme démographique », ses « ressources considérables » et ses « réserves de croissance » qui en font, selon lui, le continent le plus attractif du XXIe siècle. D’où toutes ses déclarations d’amitié envers tous les représentants de l’Afrique présents à ce sommet et sa promesse de tout faire pour que le continent africain soit mieux représenté dans les instances internationales.
Mais beaucoup de gens ne sont pas dupes ! Ce « renouveau », c’est en réalité un « renouveau de business » avec l’Afrique et l’accent a été surtout mis sur « l’ouverture aux entreprises [150 sociétés africaines et 80 sociétés françaises (et parmi ces dernières citons Areva, Total, Bouygues, Bolloré, etc..) et aux partenaires sociaux (4 syndicalistes dont 3 français) qui étaient invités à ce sommet] »
En réalité, sous les coups de boutoir de la Chine, de l’Inde, du Brésil, des Etats-Unis et même du Japon et de la Corée (voire de l’Iran), la France a perdu de nombreux marchés en Afrique. Et le but poursuivi par le président Sarkozy au cours de ce sommet c'est que l’Union Européenne (mais surtout la France) reprennent pied en Afrique pour faire contrepoids aux pays d'Asie et aux Etats-Unis.
Le « Canard Enchaîné » du mercredi 9 juin dernier, en page 2, parle des propos du Président français après ce sommet auprès de journalistes : c’est assez inquiétant pour la suite ! L’article est intitulé « Attaque en piqué de Sarko sur l’Afrique ». Voici cet article (je le transcris en entier ci-dessous) :
« Le sommet Afrique-France de Nice des 31 mai et 1er juin n’aurait pas été complet sans un numéro de Sarko, en privé, devant un petit cercle de journalistes. Sans qu’on l’ait poussé, le Président s’est livré à un exercice de tir au pigeon sur ses distingués collègues (et invités) du continent noir. « Est-ce que je dois m’abstenir de me réconcilier et avoir des relations avec le Président Kagame (Rwanda) parce que la démocratie n’y est pas aboutie ? » Même question concernant Meles Zenawi, président de l’Ethiopie, où « il y a des problèmes démocratiques…. »
« Le chef de l’Etat commence à s’échauffer et poursuit sa revue d’effectifs sur le mode ironique : « L’Erythrée, haut lieu de calme… Le Soudan, haut lieu de stabilité… Idriss Déby (Tchad), là aussi grand démocrate… On peut aussi parler de quelques problèmes au Sénégal… Blaise Compaore (Burkina) OK... Sassou Nguesso (Congo) parfait… Dadis Camara (président guinéen renversé) est un despote sanguinaire, et son remplaçant, un militaire sur lequel il y aurait beaucoup de choses à dire mais qui s’est engagé à organiser les élections… »
« Suit un long dégagement sur le président Gbagbo (absent à Nice) et « l’absence d’élections en Côte d’Ivoire » : « on va à la catastrophe si on continue comme cela… S’il n’y a pas d’élections je ne veux pas qu’il y ait l’armée française la-dedans et qu’on risque un nouveau Rwanda ».
« Et pour finir, un couplet sur un sujet sensible : le fils du chef de l’Etat sénégalais Abdoulaye Wade, Karim, qui nourrit de grands desseins présidentiels : « quant à la succession dynastique, je ne veux pas me mêler des affaires internes au Sénégal, Karim Wade n’a pas le droit (moralement) de se présenter, mais il ne peut pas non plus être le seul Sénégalais qui n’a pas le droit de se représenter… »
« Tout rapprochement avec les ambitions d’un « fils de » habitant les Hauts de Seine serait extrêmement déplacé… »
Bizarre, bizarre, de telles réactions après les grandes déclarations amicales au sommet Afrique-France à Nice !
Alors avec toutes ces considérations, le paternalisme ou la main tendue, la corruption, c’est fini ? C’est promis et juré ?
Va-t-on enfin voir, pour ne citer que la Guinée, la fin de la corruption, l’éradication de la misère de la population, le respect des droits de l’homme, le respect de la démocratie dans tous les domaines ? Les richesses de la Guinée vont-elles enfin profiter à la population et non aux entreprises qui jusqu’à maintenant s’en mettent plein les poches avec l’assentiment des dirigeants et le silence de la communauté internationale, dont la France ?
Bernard Auger
www.guineeactu.com
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