|
Des échauffourées aux relents confessionnels ont opposé deux communautés ethniques à N’Zérékoré, capitale de la Guinée forestière faisant de nombreux blessés vendredi dernier. La tension est encore très vive dans cette ville située dans le sud de la Guinée où la cohabitation entre Guerzé (autochtones) et les allogènes (Konianké) devient de plus en plus difficile.
La journée du vendredi 5 février a été marquée par des incidents qui ont dégénéré en affrontements dans la ville de N’Zérékoré, située à 1000 km de Conakry, dans la région forestière. Le bilan de ces affrontements entre chrétiens et musulmans serait de 2 morts, 2 disparus et une quarantaine de blessés, de part et d’autre.
Un couvre-feu de 24 heures sur 24 a été instauré par les autorités de la ville, afin de calmer les humeurs belliqueuses des populations. Une forte délégation gouvernementale conduite par le Secrétaire général aux Affaires religieuses, Elhadj Koutoubou Sano est arrivée sur les lieux durant le week-end, sans pour autant parvenir à mener la médiation entre les deux parties. Les affrontements se sont poursuivis dans la journée du samedi ainsi que le dimanche, avec des jeunes musulmans déterminés coûte que coûte à empêcher la célébration de la messe dominicale, en détruisant des édifices religieux chrétiens. La Mission catholique de N’Zérékoré était la cible idéale de cet assaut qui, heureusement, a pu être contenu par le déploiement massif des forces de l’ordre dans la cité, selon nos sources.
Il conviendrait de rappeler que ces échauffourées ont été provoquées suite à une violente altercation qui a éclaté, une semaine avant, entre une femme de confession chrétienne et un groupe de fidèles musulmans qui l’accusaient d’avoir profané leur mosquée située à deux pâtés de maisons du marché central de la ville.
La femme avait été violemment molestée et ne dut son salut qu’à des riverains de la mosquée litigieuse, chez lesquels elle avait réussi à s’abriter. Cette agression n’avait pas été du goût des membres de la communauté Guerzé qui ont crié à la vengeance, accusant les Konianké, des allogènes de confession musulmane d’être les auteurs de cette violence.
Ils auraient donc promis d’opérer une descente le vendredi dernier, à l’heure de la grande prière au niveau de la mosquée où l’incident s’était produit, pour en découdre avec les fidèles musulmans.
Pour éviter que les choses ne dégénèrent, la mairie a déployé un dispositif sécuritaire pour former une ceinture autour de l’aire de prière. C’est cette sentinelle composée d’agents de la police communale, qui a été la cible d’un jet de pierres de la part des fidèles de la mosquée, qui croyaient que les agents étaient venus les empêcher l’accès au lieu de culte. Ces jets de projectiles feront des blessés dans les rangs des éléments de la gendarmerie et de la police, causant aussi des dégâts sur le matériel roulant des forces de l’ordre dont les véhicules ont eu les pare-brises cassés sous la violence des chocs. Puis, on assistera à un affrontement à coups de gourdins et de machettes entre des groupes de jeunes musulmans et des populations chrétiennes.
Un premier bilan fourni par le gouvernement faisait état de 1 mort, 2 disparus et 29 blessés. Mais, les heurts enregistrés durant les journées du samedi et du dimanche ont alourdi ce bilan qui est passé de 1 à 2 morts et d’une quarantaine de blessés.
La ville de N’Zérékoré, dont est originaire le chef de la junte Moussa Dadis Camara est une zone où la tension intercommunautaire a été exacerbée ces derniers temps, par le refus de l’opposition de cautionner toute candidature de Dadis Camara à la prochaine présidentielle. Certains proches du président se sont servis de cet argument pour manipuler les populations autochtones, afin qu’elles s’en prennent aux allogènes. Le pire avait été évité au lendemain des massacres du 28 septembre, grâce à la sortie musclée de l’ancien gouverneur de la province, le colonel Bouréma Condé, qui avait menacé de poursuites judiciaires tout individu qui serait pris en flagrant délit de diffusion de tracts appelant à la guerre contre les populations originaires de la Moyenne Guinée, surtout.
Ces propos du gouverneur avaient produit un effet dissuasif sur les velléités de ceux qui voulaient agresser les étrangers en Guinée forestière. N’empêche que chacune des communautés est restée sur ses gardes, surtout que dans cette partie sud de la Guinée, les gens ont du mal à digérer l’absence prolongée du chef de la junte, qui poursuit sa convalescence à Ouagadougou. C’est dans ce contexte que se sont produits les incidents de la semaine dernière entre Guerzé et Konianké.
Des affrontements qui ont pris une connotation religieuse.
Ces deux groupes ethniques s’étaient déjà affrontés en juin 1990, à la veille des élections communales et communautaires.
A l’époque c’est le président Lansana Conté qui avait mis le feu aux poudres, en appelant les autochtones à ne pas laisser un étranger briguer la mairie, alors qu’un ressortissant de la Haute Guinée était donné favori à la course pour la mairie.
Les échauffourées s’étaient répandues à toutes les localités environnantes de N’Zérékoré faisant des dizaines de victimes.
Ce fut un véritable carnage que les autorités guinéennes avaient préféré garder sous silence.
La présence dans cette ville d’anciens membres de factions rebelles libériennes, dont le LURD contribue à attiser la haine en cas de conflit intercommunautaire.
Dian Baldé Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
|