mercredi 10 février 2010
Affrontement interconfessionnel à N’Zérékoré : la capitale forestière encore sous tension
Elhadj Koutoubou Sano

Des échauffourées aux relents confessionnels ont opposé deux communautés ethniques à N’Zérékoré, capitale de la Guinée forestière faisant de nombreux blessés vendredi dernier. La tension est encore très vive dans cette ville située dans le sud de la Guinée où la cohabitation entre Guerzé (autochtones) et les allogènes (Konianké) devient de plus en plus difficile.

La journée du vendredi 5 février a été marquée par des incidents qui ont dégénéré en affrontements dans la ville de N’Zérékoré, située à 1000 km de Conakry, dans la région forestière. Le bilan de ces affrontements entre chrétiens et musulmans serait de 2 morts, 2 disparus et une quarantaine de blessés, de part et d’autre.

 Un couvre-feu de 24 heures sur 24 a été instauré par les autorités de la ville, afin de calmer les humeurs belliqueuses des populations. Une forte délégation gouvernementale conduite par le Secrétaire général aux Affaires religieuses, Elhadj Koutoubou Sano est arrivée sur les lieux durant le week-end, sans pour autant parvenir à mener la médiation entre les deux parties. Les affrontements se sont poursuivis dans la journée du samedi ainsi que le dimanche, avec des jeunes musulmans déterminés coûte que coûte à empêcher la célébration de la messe dominicale, en détruisant des édifices religieux chrétiens. La Mission catholique de N’Zérékoré était la cible idéale de cet assaut qui, heureusement, a pu être contenu par le déploiement massif des forces de l’ordre dans la cité, selon nos sources.

Il conviendrait de rappeler que ces échauffourées ont été provoquées suite à une violente altercation qui a éclaté, une semaine avant, entre une femme de confession chrétienne et un groupe de fidèles musulmans qui l’accusaient d’avoir profané leur mosquée située à deux pâtés de maisons du marché central de la ville.

La femme avait été violemment molestée et ne dut son salut qu’à des riverains de la mosquée litigieuse, chez lesquels elle avait réussi à s’abriter. Cette agression n’avait pas été du goût des membres de la communauté Guerzé qui ont crié à la vengeance, accusant les Konianké, des allogènes de confession musulmane d’être les auteurs de cette violence.

Ils auraient donc promis d’opérer une descente le vendredi dernier, à l’heure de la grande prière au niveau de la mosquée où l’incident s’était produit, pour en découdre avec les fidèles musulmans.

Pour éviter que les choses ne dégénèrent, la mairie a déployé un dispositif sécuritaire pour former une ceinture autour de l’aire de prière. C’est cette sentinelle composée d’agents de la police communale, qui a été la cible d’un jet de pierres de la part des fidèles de la mosquée, qui croyaient que les agents étaient venus les empêcher l’accès au lieu de culte. Ces jets de projectiles feront des blessés dans les rangs des éléments de la gendarmerie et de la police, causant aussi des dégâts sur le matériel roulant des forces de l’ordre dont les véhicules ont eu les pare-brises cassés sous la violence des chocs. Puis, on assistera à un affrontement à coups de gourdins et de machettes entre des groupes de jeunes musulmans et des populations chrétiennes.

Un premier bilan fourni par le gouvernement faisait état de 1 mort, 2 disparus et 29 blessés. Mais, les heurts enregistrés durant les journées du samedi et du dimanche ont alourdi ce bilan qui est passé de 1 à 2 morts et d’une quarantaine de blessés.

La ville de N’Zérékoré, dont est originaire le chef de la junte Moussa Dadis Camara est une zone où la tension intercommunautaire a été exacerbée ces derniers temps, par le refus de l’opposition de cautionner toute candidature de Dadis Camara à la prochaine présidentielle. Certains proches du président se sont servis de cet argument pour manipuler les populations autochtones, afin qu’elles s’en prennent aux allogènes. Le pire avait été évité au lendemain des massacres du 28 septembre, grâce à la sortie musclée de l’ancien gouverneur de la province, le colonel Bouréma Condé, qui avait menacé de poursuites judiciaires tout individu qui serait pris en flagrant délit de diffusion de tracts appelant à la guerre contre les populations originaires de la Moyenne Guinée, surtout.

Ces propos du gouverneur avaient produit un effet dissuasif sur les velléités de ceux qui voulaient agresser les étrangers en Guinée forestière. N’empêche que chacune des communautés est restée sur ses gardes, surtout que dans cette partie sud de la Guinée, les gens ont du mal à digérer l’absence prolongée du chef de la junte, qui poursuit sa convalescence à Ouagadougou. C’est dans ce contexte que se sont produits les incidents de la semaine dernière entre Guerzé et Konianké.

Des affrontements qui ont pris une connotation religieuse.

Ces deux groupes ethniques s’étaient déjà affrontés en juin 1990, à la veille des élections communales et communautaires.

A l’époque c’est le président Lansana Conté qui avait mis le feu aux poudres, en appelant les autochtones à ne pas laisser un étranger briguer la mairie, alors qu’un ressortissant de la Haute Guinée était donné favori à la course pour la mairie.

Les échauffourées s’étaient répandues à toutes les localités environnantes de N’Zérékoré faisant des dizaines de victimes.

Ce fut un véritable carnage que les autorités guinéennes avaient préféré garder sous silence.

La présence dans cette ville d’anciens membres de factions rebelles libériennes, dont le LURD contribue à attiser la haine en cas de conflit intercommunautaire.


Dian Baldé
Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
diogo, lundi 15 février 2010
Je crois qu`on cherche à aggraver un incident mineur qui ne pourrait jamais pu se produire si les autorités à tous les niveaux reprensentant l`etat jouaient leur rôle efficacement.La guinée est un pays laique,ce n`est pas parcequ`on prie qu`on doit empecher à l`autre de vaquer à ses occupations et ce n`est pas non plus parcequ`on ne prie pas ce temps la ou sur ce lieu là à cette heure là qu`on doit empecher ceux qui y prient de le faire.Du point de vue juridique C`est pas normal qu`une route soit bloquée pour une priere.Mais avouons que certaines de nos lois ont été calquées et par consequent ne répondent pas à nos réalités sociales , culturelles et économiques.Heureusement que la tolérence a toujours prevalu dans les cohabitations.A conakry c`est trés frequent de voir ce genre de chose et dans plusieurs villes de la guinée sans qu`il n`yai eu d`incidents car les autres justement on fait preuve de tolerence et de comprehension.Souvent certaines rues de conakry sont bloquées non pas pour des prieres mais pour des ceremonies ou transformées en terrain de foot.Quant il y`a une ceremonie celebrée par n`importe quelle communauté guinéenne dans n`importe quelle ville de la guinée,sa toujours deranger les autres àtravers le bruit,le nombre de vehicules garés ça et là et obstruant les routes,la musique à fond.Il n`ya jamais eu d`incident.Ne nous laissons pas entrainer par des gens qui sont trop bornés dans leur façon de voir les choses.Si la guinée était un etat federal ou autrement bien gerée tous ces incidents ne se seraient jamais arrivés.Les lois et les moyens techniques , logistiques et infrastructurels nous faisant defaut,on a toujours reussi avec la tolerence et l`entraide à vivre ensemble et à utiliser les espaces communs dans la comprehension et la quiétude.N`analysons jamais un probléme avec une partie prise.Mais plutot remettons nous en cause et ecartons le côté coeur et essayons de voir de chaque côté.Ce qui me decourage c`est que ce sont des problémes qui ne devaient pas en etre un qui le deviennent parce que nous nous y mettons non pas avec notre raison notre sens de l`analyse.La quiétude et la convivialité qui a toujours existé en guinée est un acquis que nulle n`a le droit de remettre en question.Ceux qui veulent toujours diviser,utilisent le nerf religieux pour enflammer car ils n`ont pas reussi avec le nerf ethnique.Ne soyons pas dupes chers compatriotes .Soyons vigilants.merci et vive la guinée.
Foromo Charles, vendredi 12 février 2010
Certains de nos frères musulmans ont vraiment besoin d`apprendre l`islam car ils en ignorent la plupart du contenu du coran. L`islam proscrit la violence mais elle est la première arme de certains musulmans. Il est synonyme du respect de l`autre. Cessez de donner la plus mauvaise image en guinée.
joseph, jeudi 11 février 2010
Vous êtes de un ceux là qui cherchent sans avoir la vrai information à intoxiquer l`opinion internationale par des écris sans fondement. L`intégrisme est à combattre en guinée, comment veux tu que des gens occupent la chaussée pour la prièrre quand bien même l`heure n`est pas arrivée? En plus à N`zérékoré comment peux tu parler d`autochtone et allogène entre des peuples qui ont vécu ensemble dépuis des décénies sans heurt? Je pense Mr Baldé si vous voulez écrire des articles sur un évènement ayez le minimum de respect pour les gens en donnant certaines informations sur les sites. Le guerzé est un peuple très hospitaliers et respectueux de la réligion plus que vous qui le qualifiez d`impie ou de mécréant. Par les mariages, le guerzé peut donner sa fille à tout guinéen qu`elle que soit sa réligion, mais vous non; si la personne n`est pas musulman or l`amour n`a pas de réligion c`est un sentiment personnel que chacun devait être libre de jouir sans contrainte ni entrave. Donc un peu de respect pour ce peuple qui a tout donner à ceux qui sont venus ( sa terre, sa fille, son riz, sa maison) sans contrepartie. Malgré tout vous n`avez pas de considération pour lui. Il y à un adage qui dit que quellequ`en soit le sommeil de la vipère on ne piétine sa queue. Alors à votre reflexion.
GilBlack, jeudi 11 février 2010
Mr Doukoure Fassou,tu ne peux nier du fait qu`il ait autochtones et etrangers en region Frorestiere basee sur l`histoire et la Geographie??? Ta these de dent et lague est bien mais n`oublis pas aussi que la langue est plus ancienne que les dents bien qu`elles s`affrontent aussi. Le probleme est qu`il ya certains qui ne respectent pas les autres considerant qu`ils sont chez eux est normal mais pas se croire plus pures ou que sais-je encore plus que les autres. Il faut plutot denoncer vos integristent musulmans qui cherchent souvent a defier tout meme les autorités.On ne bloque pas une route faite pour circulation a cause de votre priere dans un pays comme la Guinee qui se dit laique.
Me LAMAH Dakar, jeudi 11 février 2010
Faites attention à la description de votre récit car il est truffé des faits invraisemblables.
fassou doukoure, jeudi 11 février 2010
Mr Balde , il faut savoir ecrire tes articles de presse ` il n`ya pas d`autochtones ou d`allogenes a N`zerekore, c`est des guineens vivants sur le territoire guineen, s`il eu l`affrontement c`est qu`il ya des malattendus entre la population et il faut savoir qu`il peu y avoir de l`histoire entre la langue et les dents cela ne veux pas dire que l`autre ou le second est etranger dans la bouche , donc laisser l`affaire de religion ou de races dans nos problemes secondaires,car la Guineeest une famille.Vive une Guinee unie et indivisible.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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