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La suggestion du ministre Secrétaire général à la présidence de la République, M. Tibou Kamara en faveur de la tenue d’un référendum pour adopter la nouvelle constitution a provoqué une levée de boucliers chez les membres du Conseil national de transition (CNT). Rabiatou Sérah Diallo et son staff n’entendent pas de cette oreille, et se sont rangés du côté de ceux qui proposent qu’on fasse l’économie d’un tel scrutin, en tordant le bras aux normes prescrites en la matière.
Le ministre Secrétaire général à la présidence de la République, M. Tibou Kamara et Hadja Rabiatou Sérah Diallo, présidente du CNT ont fumé le calumet de la paix, la semaine dernière, lors d’une visite que le plus proche collaborateur du président de la Transition aurait rendu à la patronne de l’organe chargé de superviser la transition.
Après un clash qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive dans la cité. La divergence est née en effet autour du mode d’adoption de la nouvelle constitution, après des retouches effectuées par le CNT, qui s’est attelé dès sa mise en place à peaufiner un projet de constitution pour la Guinée.
Une constitution dont l’adoption se fera par une promulgation du président par intérim du pays, le général Sékouba Konaté, comme le soutiennent les partenaires au développement, dans le souci de respecter le chronogramme électoral prévu pour le 27 juin 2010.
Un procédé qui fait cependant jaser les spécialistes du droit constitutionnel dont M. le Premier ministre Jean-Marie Doré qui a déclaré n’avoir vu nulle part au monde une constitution adoptée par un simple décret présidentiel.
Si on en arrivait là, le cas guinéen serait donc une première dans le monde, a-t-il souligné. Le Premier ministre rejoint ainsi la position de Tibou Kamara, ministre Secrétaire général à la présidence de la République, qui dans une correspondance adressée à la présidente du CNT avait soulevé la question.
Mais Rabiatou Sérah Diallo n’ayant pas la même lecture de la chose, y a vu plutôt une manœuvre dilatoire. Elle est montée alors sur ses grands chevaux pour s’opposer à cette suggestion du ministre Secrétaire général à la présidence.
Mais Tibou a tenu à faire une mise au point en réitérant la volonté du président de la Transition à respecter la volonté du peuple, par l’application des accords de Ouagadougou signés le 15 janvier 2010 entre le capitaine Moussa Dadis Camara et le général Sékouba Konaté, après les malheureux événements du 28 septembre et du 3 décembre 2009.
En faisant une lecture sans passion de la vision des deux camps, à savoir les pro et anti référendum, on s’aperçoit qu’ils sont tous animés du même souci, à savoir mettre fin à la malgouvernance qui a plombé le développement de la Guinée depuis un demi-siècle.
A propos de ce tiraillement, Jean Baptiste Placca, grand éditorialiste s’est invité dans les débats. Ainsi dans sa chronique du samedi dernier sur RFI, notre confrère regrette que des pressions extérieures viennent contraindre les Guinéens à adopter une constitution par simple décret présidentiel signé de la main d’un putschiste, dans le simple souci d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Alors que ces puissances occidentales étaient restées indifférentes face à la corruption et l’incurie qui ont caractérisé le régime de Lansana Conté.
« On est en train de faire admettre au peuple guinéen qu’il n’est pas indispensable pour lui d’approuver ou de rejeter la constitution qui va lui servir de viatique sur le chemin de la démocratie qu’on lui promet. Au lieu d’un référendum, les Guinéens devraient se contenter d’un décret signé par le général Sékouba Konaté. Un putschiste mais bien intentionné », souligne Jean Baptiste Placca sur un ton qui frise l’ironie.
Pour lui, « les défenseurs de l’empressement à voter sans référendum proposent des argumentations fort diverses. Le Premier ministre de transition chercherait à s’éterniser et un référendum lui offrirait six mois de plus à la primature ».
Notre confrère n’a pas manqué de signaler que « le lourd silence d’hier des partenaires au développement décrédibilise leurs exigences d’aujourd’hui. Et que demain lorsqu’un Tandja guinéen voudra malmener la constitution, ses thuriféraires pour justifier leur forfaiture pourraient toujours prétexter qu’elle porte la signature d’un putschiste », prévient Placca. Pour qui « la constitution est à une démocratie crédible ce que le coran est à l’islam et la bible à la chrétienté, c’est dire que la signature qu’elle porte compte autant que son contenu ».
Au moment chaud du bras de fer entre le CNT et le Secrétariat général de la présidence, des rumeurs relayées par les détracteurs de Tibou Kamara ont prêté des propos malveillants à l’endroit de son ministre, craignant que la démarche de ce dernier ne fasse flancher le processus de transition.
Ce sont là bien sûr des ragots à prendre avec des pincettes. Car pour qui connaît la complicité qui semble exister entre le général et son secrétaire général, née d’une amitié scellée quelque part du côté de Boulbinet, il y a à douter que Tibou puisse agir sans avoir bénéficié d’une onction du président de la Transition.
En tout état de cause, Konaté ne trouve pas à redire quant à parapher sa signature sur le projet de constitution, comme le souhaitent le CNT et les partis politiques.
Il vient d’ailleurs de renouveler ses engagements devant une mission du Groupe international de contact (GCI) qui a séjourné la semaine dernière à Conakry.
Sékouba Konaté a mis les partenaires au développement à l’aise en leur disant que le 27 juin est bien la date retenue pour la tenue de la présidentielle.
Il ne sert à rien donc de s’arracher les cheveux dans des débats stériles, concernant ce processus de transition devenu irréversible.
M. D. Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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