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Monsieur le Président,
Cher frère et compatriote !
Depuis le 23 décembre 2008, vous et vos compagnons d’arme, avez décidé d’orienter autrement l’évolution de notre pays qui, comme frappé par une malédiction, n’a jamais rencontré le chemin du progrès et du bonheur. Ceci n’était pas, pour autant, une fatalité, mais la juste réponse de l’histoire à l’action malheureuse de certains Guinéens, qui ont placé leurs égoïstes intérêts au-dessus de ceux de la majorité de leurs compatriotes. Ce faisant, ils avaient plombé la Guinée en instituant le mensonge, le vol, l’intimidation, l’ethnicisme, la prévarication et le bradage de nos richesses, comme les instruments de gestion de notre patrie. Leur Etat était simplement criminogène.
La Guinée était ainsi devenue la foire meublée par des narcotrafiquants, des prédateurs et des traîtres, tous incrustés dans les arcanes du pouvoir, d’où ils s’opposaient à tous les patriotes qui avaient à cœur de donner au pays, les moyens de son décollage social, économique et culturel. Ils avaient construit une étouffante machine autour des premiers magistrats successifs. Et nous sommes tombés, tous, dans un paysage où la rupture s’était installée entre les gouvernants et les gouvernés. Ce fut la misère généralisée pour les seconds, quand prospéraient honteusement et sans scrupules, les premiers.
Le 23 décembre 2008, vous avez osé braver la mafiaguinée, et dieu merci, vous suscitez aujourd’hui un immense espoir qui se transforme lentement, mais sûrement, en une réalité. C’est pourquoi, la majorité des Guinéens, également de l’intérieur et l’extérieur, vous apporte le soutien.
En tant que leader d’opinion, je peux sans exagérer, me faire l’écho de ce soutien, qui est très critique parfois, mais expressif de toute la confiance qu’un grand nombre de nos concitoyens accorde au CNDD que vous présidez.
Le chemin parcouru est pour moi, annonciateur de la naissance de cette Guinée pour laquelle des milliers de nos frères et sœurs ont sacrifié, justement ou injustement, leur vie. Pour leur rendre hommage, l’assainissement que le CNDD a entrepris, doit se poursuivre. Il est la seule voie qui balisera désormais la marche de notre pays vers la lumière de la vérité qui doit éclairer, demain, le choix de la démocratie guinéenne.
Ce combat, vous n’êtes pas seuls à le mener, soyez-en rassurés. Bien sûr que vous avez l’avantage d’être sur le terrain et devant les projecteurs à la fois des critiques, mais aussi des encouragements.
Voilà qui traduit, l’adhésion de tous ceux qui veulent voir la Guinée se relever de sa honteuse histoire. Cette triste histoire faite de crimes inqualifiables, non pas que par les premiers responsables seulement, mais par certains de ceux qui, à un moment donné, ont bénéficié de la confiance des pouvoirs successifs. Ils ont ainsi trahi les idéaux qui ont poussé les populations guinéennes à voter « Non » en 1958, et à acclamer, le 3 avril 1984, sans vigilance particulière.
Donc, nous sommes nombreux dans les rangs qui constituent ceux des combattants pour le renouveau de la Guinée.
C’est pourquoi, toujours, en me faisant l’écho de la majorité des Guinéens, vous ne pouvez pas marquer un temps mort dans l’accomplissement de l’œuvre commencée. Elle doit s’achever avant toute autre nouvelle orientation.
En terme clair et précis, il est dit ou réclamé, ici et là, des élections.
Comme beaucoup de Guinéens, je voudrais personnellement inviter le CNDD à respecter le calendrier qu’il a exposé au peuple, le 23 décembre 2008, dès les premières heures de sa prise du pouvoir. Il est tôt, très tôt d’appeler les Guinéens aux urnes, parce que le passé reste encore flou et le présent non pas élucidé, pour prétendre engager notre pays dans l’aventure électorale.
La gestion, qui a produit et enfanté des voleurs dans la haute hiérarchie de l’Administration guinéenne, doit être expliquée, pour que demain, le citoyen guinéen sache choisir, en toute conscience, son représentant.
Les Guinéens, si tous ne le disent pas, n’en pensent pas moins. Ils ont besoin de savoir comment leur pays a pu être ce qu’il est, par qui cela est-il venu et comment ? Le CNDD a commencé à esquisser un début de réponse. Il faut poursuivre, cette voie, monsieur le Président !
Si vous écoutez les sirènes qui soufflent, à l’heure actuelle, la chanson de la démocratie, à nos oreilles, l’histoire ne vous jugera pas autrement que de la manière de vos prédécesseurs. Or, jamais un groupe d’hommes n’a mis dans le cœur du Guinéen tant d’espérance, tant de confiance en un pouvoir que le vôtre. Vous devez entendre la Guinée profonde qui respire mieux depuis le 23 décembre 2008. Vous devez écouter vos compatriotes, éparpillés aux quatre coins du monde, qui comptent énormément sur votre équipe.
Ils sont nombreux ceux qui veulent que vous les associer à la gestion de notre chère mère, la Guinée. Parmi eux, vous trouverez des compétences, prêtes à enrichir, avec vous et tous les Guinéens, l’histoire de notre pays, de bonnes œuvres.
J’ai dit qu’il est prématuré d’organiser des élections en l’état actuel de notre pays. Par contre, il faudrait que nous mettions nos réflexions, ensemble, pour créer les conditions qui doivent fertiliser l’expression épanouissante de la démocratie guinéenne.
Parmi lesquelles :
· La révision (réécriture ?) de notre Constitution
· La durée et la limite du mandat présidentiel
· L’assainissement de l’Administration, dont l’effectif pléthorique ne reflète pas la réalité
· La restauration de la République, en mettant en place les instruments juridiques nécessaires aux droits et devoirs des citoyens et la garantie de l’Etat
· La réévaluation du cadre électoral, parce que nos compatriotes expatriés ne sont pas encore touchés par le travail de la CENI. Pourtant, des estimations en dénombrent plus de trois millions d’âmes humaines. La Guinée doit se faire avec l’ensemble de tous ses enfants !
Permettez que je ne liste pas toutes les conditions !
N’ayons pas peur, ni de prendre le temps nécessaire à la construction de l’espace démocratique, ni des sanctions qui pourraient nous frapper.
Le 24 mars 2008, j’ai rencontré la Francophonie, notamment ses représentants dans le groupe de contact international.
Monsieur le Président,
Chers compatriotes du CNDD,
Guinéennes et Guinéens,
Aucune puissance économique de ce monde ne nous imposera une ou des dates des élections, ni un type de gouvernement. La décision appartient aux Guinéens. C’est aussi la manifestation de la démocratie, dont il n’existe de modèle nulle part. Chaque société crée son mode de fonctionnement démocratique.
Par contre, lorsque les Guinéens seront prêts pour des élections transparentes, démocratiques et crédibles (mots très chers à nos politiques), la communauté internationale sera présente à nos côtés, pour nous aider. Ne nous précipitons pas pour des élections dont les résultats ne nous sortiront pas de la chaotique marche que nous effectuons depuis 1958. Mais hâtons-nous, plus tôt, à guérir notre pays, de la mal gouvernance.
Vous avez déjà initié les opérations. Il faut y associer un grand nombre de patriotes, afin que la traçabilité et la lisibilité de l’action publique soient évidentes, parce qu’elle sera, à partir de là, le fruit de l’effort de participation de tous.
Monsieur le Président, la Guinée démocratique ne se fera que par les Guinéens ! Pour cela, rassemblez les acteurs qui le veulent, autour du chantier que vous avez lancé dont la réussite doit impérativement et nécessairement aboutir à la naissance de la démocratie guinéenne. Cela est possible, mais toujours dans la concertation avec le plus grand nombre de nos compatriotes.
Capitaine Dadis, j’ose vous dire ma fierté pour votre équipe, mais il faudrait l’élargir afin que la construction nationale ne soit pas étrangère à la majorité de nos compatriotes.
Je salue fraternellement tous les membres du CNDD. Je vous dis bravo et davantage du courage !
Aux Guinéens, je demande de soutenir le CNDD et de s’opposer à l’idée d’élections précoces, telles que prévues par une partie des acteurs publics guinéens.
Merci !
Jacques KOUROUMA
pour www.guineeactu.com
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