mercredi 22 octobre 2008
Admission onusienne de la Guinée : nous battrons-nous pour un rang ?
Ibrahima Kylé Diallo

Mon article de la semaine dernière sur la « Guinée ménagère », a suscité bien des commentaires !

Qu’il me soit permis de revenir pour ce 24 octobre, « jour des Nations Unies » (quel symbole !), sur un détail concernant l’admission de la Guinée à l’Onu, du point de vue uniquement chronologique. Dans mon texte, j’avais dit clairement (était-ce une prémonition ?) qu’il s’agissait d’un « détail de très moindre importance par rapport à nos préoccupations du moment ».

Alors, me diriez-vous, si ce n’est qu’un détail, pourquoi y revenir ? Ma réponse est toute simple : le débat sur le Net (du moins sur certains sites) est en train d’évoluer dans le bon sens. On glisse lentement mais sûrement, des attaques personnelles stériles vers la culture générale, profitable pour tous. C’est déjà un progrès, eu égard à notre point de départ !

L’avantage du droit, c’est que tout pourrait se défendre, même l’« indéfendable » !

J’invite les francophones peu à l’aise avec la langue d’Obama, à consulter sur le web, la rubrique « L’élargissement de l’ONU aux nouveaux Etats indépendants (1946-1989) ». Elle n’est pas actualisée, mais elle renferme la partie concernant la Guinée.

Examinez attentivement les dates : En 1957, avant l’indépendance de la Guinée, l’Onu comptait 82 Etats membres. En 1958, le document indique encore le nombre de 82, alors que la Guinée était déjà admise à l’Onu ! C’est un peu bizarre !

Certains documents, comme « Progression du nombre des Etats membres de l’ONU depuis 1945 », ne citent qu’une seule admission en 1958 (en maintenant curieusement le nombre 82, déjà mentionné en 1957) : la Guinée. La comptabilité a-t-elle été « fonctionnarisée » ?

La confusion vient du traitement fait de la « République Arabe Unie ».

C’est un point juridique important qui permet d’apprécier le « charme » du droit international. En fait, l’Assemblée générale des Nations Unies a pris acte (notion très importante) de la représentation de l’Egypte et de la Syrie (qui ont décidé de s’unir politiquement et, donc, diplomatiquement) par un siège unique mais n’a pas admis un nouvel Etat en son sein, à savoir la R.A.U. !

A supposer même qu’il s’est agi de l’admission de la R.A.U. comme un nouveau membre, les places de l’Egypte et de la Syrie sont restées en veilleuse, comme le monde s’en rendra compte moins de 4 ans plus tard !

En effet, le 13 octobre 1961, la Syrie, fatiguée de l’aventure nassérienne, divorce par consentement mutuel et recouvre son statut d’Etat indépendant en reprenant son siège à l’Onu. C’est une reprise et non une nouvelle admission au sein de l’organisation mondiale ! L’Egypte n’avait rien à reprendre comme siège (parce qu’elle n’avait rien abandonné !) mais a tout simplement changé son appellation officielle le 2 septembre 1971 : la R.A.U. est remplacée par la R.A.E (République Arabe d’Egypte). Ainsi, l’Egypte reste toujours l’Egypte et la Syrie « redevient » la Syrie. Toutefois, les 2 Etats se considèrent, ce qui est légitime, comme membres fondateurs de l’Onu.

Par ailleurs, dire que la Guinée est le 82ème membre de l’Onu n’est peut-être pas faux. Ce point de vue pourrait même se défendre, mais difficilement au-delà du 13 octobre 1961. A compter de cette date, elle a reculé involontairement d’un rang, ce qui n’est pas à l’origine de sa descente aux enfers ! Elle est le 83ème membre de l’Onu, rang figé par l’histoire diplomatique !

Cependant, cette histoire est crieuse par bien des aspects. Je rappelle que la Charte des Nations Unies a été signée le 26 juin 1945 par 50 Etats, mais en l’absence de la Pologne, considérée pourtant comme faisant partie des 51 membres originaires de l’organisation. Le premier « onusien » à la ratifier (c’est surprenant mais pourquoi pas ?) est le Nicaragua, suivi par les USA et la France. Quelques concessions furent accordées à Staline : la Biélorussie (aujourd’hui Belarus) et l’Ukraine qui faisaient partie de l’Union Soviétique de l’époque sont membres fondateurs de l’Onu. Imaginez si les USA en avaient fait autant avec le Texas ou le Delaware ! Allez savoir pourquoi l’Inde figure parmi les 51 fondateurs de 1945, alors qu’elle n’a obtenu son indépendance que le 15 août 1947 ! C’est un point qu’on pourrait développer.

L’ordre d’admission importe peu, je le souligne encore. On en a la preuve par Haïti, membre fondateur des Nations Unies, mais un des derniers du monde sur le plan économique ! La Guinée peut même se prévaloir comme membre fondateur de l’Onu, du fait qu’elle appartenait à l’« empire » de la France !

J’aurais souhaité pour la Guinée la 82ème place dans le monde. Mais pour l’indice de développement humain !

Recentrons-nous sur un vrai débat : le changement en Guinée !

Ibrahima Kylé Diallo

Directeur de www.guineenet.org 
pour www.guineeactu.com

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Vos commentaires
I.kylé diallo, mercredi 22 octobre 2008
Bonjour mon frère Damaro ! Vous avez parfaitement raison ! Juridiquement, ce qui fait foi, ce sont les documents signés même s`ils comportent des erreurs !Une rectification est toujours possible mais, vraiment, est-ce une priorité ? La Guinée a plus besoin de riz que de rang ! Je suis ravi de nos échanges car le débat s`élève dans le cadre d`un respect réciproque !
AMADOU DAMARO CAMARA, mercredi 22 octobre 2008
Bonour Kyle! Le rang d`admission de la Guinee est certainement un detail pas important jusqu`a ce que vous la consideriez comme une erreur historique.Il est vrai qu`a l`admission de la guinee il y avait une confusion qui ressemblait a une mise en veuilleuse de la RAU.Cependant historiquement la guinee a ete proclamee comme 82eme etat des nations unies du moins dans les documents signes par les autorites d`alors.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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