jeudi 10 avril 2008
Adji Barry Baud, administratrice de guineeactu.com, à l'occasion d'un séjour en Guinée
Adji Barry Baud

Madame Adjidjatou Barry Baud, vous êtes en visite au pays. Qui êtes-vous ?

Je suis comme beaucoup de jeunes Guinéennes qui ont fui le régime de Sékou Toure dans le temps, pour sauver leur peau, et qui ont refait leur vie en « posant leurs valises » en Europe, moi en France puis en Suisse. Je suis mariée et mère d’un garçon de 20 ans.

Après avoir fui Conakry, ma cousine Hadiatou Sow et moi, nous avons été poursuivies jusqu’à Freetown, où ma cousine a été arrêtée et conduite au Camp Boiro. Moi j’ai eu un peu plus de chance grâce à une tante qui était l’épouse de l’ambassadeur malinké qui a eu de l’humanité et m’a prévenue et j’ai pu continuer ma route vers le Liberia. Et là encore j’ai rencontré un ancien responsable de la compagnie UTA. Il a négocié avec les autorités libériennes pour m’embarquer sans documents de voyage vers  la Côte d’Ivoire. Et de là c’est encore une autre histoire que je raconterai une autre fois, C’est encore avec beaucoup d’émotion que je dis ces mots.

Actuellement, je suis administratrice du site internet www.guineeactu.com.

Quelles sont les raisons de votre séjour en Guinée ?

J’ai saisi l’occasion du 4è anniversaire de la disparition de notre regretté frère Siradiou Diallo pour venir lui rendre hommage. 

Quel regard portez-vous sur notre pays ?

J’ai de la peine pour mon pays et pour son peuple. En effet, pour la première fois de son histoire, le peuple de Guinée s’est sorti d’une tradition de soumission et s’est levé d’une seule voix pour dire non à la pauvreté, à la mal gouvernance, à la corruption et à la gabegie gangrénant son pays. Et cela, sans considérations ethniques ou sociales. Et pourtant, après toute la lutte et tous ces jeunes tombés en Janvier 2007, la Guinée – à défaut d’embrasser un quelconque changement – voit sa situation politique et sociale empirer de jours en jours.

Au vu de la situation actuelle, la précarité et les mauvaises conditions de vie des populations guinéennes se sont considérablement accrues pendant que le premier ministre – soit disant de consensus – creuse un peu plus tous les jours le trou dans les caisses de l’Etat pour ses desseins personnels ou encore pour couvrir les soi-disant frais de ses voyages incessants et séjours luxueux à l’étranger.

Plus alarmant, les mauvaises habitudes se sont maintenues dans toutes les sphères de l’Etat, jusqu’au chef du gouvernement lui-même à travers les marchés de gré à gré douteux octroyés à des proches.

Aujourd’hui, les familles rencontrent d’énormes difficultés pour se nourrir, se vêtir et se déplacer. L’électricité et l’eau se font plus rares que par le passé et les prix de toutes les denrées alimentaires et produits de première nécessité se sont envolés. Le sac de riz se négocie aujourd’hui à 165,000 GNF dans les marchés alors que je crois qu’il se vendait à 125,000 GNF à la veille de la grève.

L’augmentation du prix de l’essence le 31 mars dernier, sans mesures d’accompagnements adéquates, plonge la population dans un désarroi profond. Les prix étant déjà prohibitifs au marché, on se demande comment les familles pourront se nourrir décemment quand la répercussion de cette augmentation sur tous les produits en vente sera effective.

Au regard de ces faits, face à l’immobilisme dans l’action et aux dérives du gouvernement actuel, mon avis est  qu’aucun changement n’est à espérer tant qu’ils seront aux rênes de ce pays

Quelles sont pour vous la perspective d’avenir ?

Après les constatations ci-dessus, il devient urgent de sortir le pays de cette situation. A défaut, les populations déjà acculées au mur n’auront d’autre choix que la revendication. On retombera dans les mêmes événements que durant la grève passée, en espérant une issue plus heureuse.

Cependant l’avenir politique du pays est difficilement prévisible si l’on considère les différentes variables à prendre en compte, à savoir, l’armée, l’intersyndicale, la société civile, le président Conte avec ses acolytes et enfin le gouvernement actuel, spécifiquement le premier ministre et ses fréquentations douteuses.

L’idéal serait bien sûr un gouvernement de transition en vue de l’organisation d’élections législatives puis présidentielles anticipées. Cependant, l’expérience nous montre que cela sera difficile dans un court terme bien que hautement souhaitable.

Par contre, il est très urgent de procéder à un changement de gouvernement en associant cette fois plus activement les autres composantes de la société, à savoir les partis politiques, la société civile, les syndicalistes mais aussi des juristes afin de corriger le tir, inclure les provisions des accords dans la loi guinéenne et choisir des hommes et femmes capables d’apporter un vrai changement dans ce pays.

Encore un mot au sujet de la crise alimentaire actuelle. Il me paraît indispensable que le gouvernement mette sur pied de toute urgence un grand plan de développement de l’agriculture en Guinée pour élever le niveau d’autosuffisance et limiter ainsi la hausse des prix. Cela sera également un facteur favorable au maintien des populations dans les zones rurales.

Que pensez-vous de l’expulsion de Chantal Cole ?

Je pense que Chantal Cole a dit tout haut ce que tout le  monde pense  tout bas. Et cela n’est que l’application de la liberté d’expression. Je condamne donc son expulsion qui ne s’appuyait sur aucune base légale et qui en plus touchait une Guinéenne en contradiction avec tous les principes régissant le traitement des citoyens. Et je trouve aussi lamentable que, à part la CNC, personne n’ait pris position contre cette initiative, en particulier les leaders politiques.

Cela dit, je n’approuve pas le comportement de cette dame vis-à-vis de son pays. Si elle aimait son pays, elle aurait eu tous les moyens possibles pour faire en sorte que le  pays se développe au lieu de seulement s’enrichir personnellement en détruisant beaucoup de jeunes entreprises tenues par des jeunes Guinéens.

Propos recueillis par Sampil Aboubacar Sidick
pour www.guineeactu.com  et L’Indépendant

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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