jeudi 24 décembre 2009
Accusés par la Commission de l’ONU : Dadis et Toumba ont-ils eu raison de s’affronter ?

Le rapport de la Commission internationale d’enquête sur les massacres du 28 septembre a été en partie éventé par la presse étrangère moins de 48 heures après sa remise au Conseil de sécurité de l’ONU (Organisation des Nations Unies). Un document accablant qui confirme le chiffre de 156 personnes tuées ou disparues suite à la répression sanglante perpétrée par des soldats de la garde présidentielle (bérets rouges) contre des manifestants pacifiques de l’opposition politique guinéenne réunis au grand stade de Conakry. Les rapporteurs onusiens font état également de 109 femmes ou jeunes filles victimes de viols, de mutilations sexuelles et d’esclavage sexuel. Toutefois, la commission indique que le bilan pourrait être plus lourd car, les autorités guinéennes auraient dissimulé plusieurs preuves sur ces évènements.

L'autre versant de la copie rendue par la Commission internationale d’enquête s’attarde sur des « centaines d’autres cas de tortures, de traitements cruels et dégradants » infligés aux manifestants par les forces de défense et de sécurité. Les enquêteurs ont pu reconstituer les faits après avoir entendu quelque 700 témoins. Plusieurs personnalités de la junte guinéenne ont été auditionnées par les trois Commissaires onusiens qui ont foulé le sol guinéen le 25 novembre dernier. La Commission en a conclu que les évènements du 28 septembre relèvent du « crime contre l’humanité ».

Situant les responsabilités dans ces massacres, la Commission de l’ONU a tout d’abord mis à l’index le chef de la junte guinéenne. « La commission considère qu’il existe des raisons suffisantes de présumer une responsabilité pénale directe du président Moussa Dadis Camara. », lit-on parmi la soixantaine de pages détaillées. Autres responsables cités dans ce rapport : le ministre chargé des Services spéciaux Commandant Moussa Tiégboro Camara, le ministre chargé de la Sécurité présidentielle Claude Pivi, l’ex aide de camp Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba.

Comme on le voit, l’enquête onusienne confirme les informations qui couraient quant à la préméditation et la planification des évènements du 28 septembre dernier. Des informations que d’autres enquêtes (notamment celle de l’ONG américaine Human Right Watch) ont confortées dans leurs rapports respectifs. Toutefois, le travail de la Commission onusienne a pris un tout autre relief lorsque le 3 décembre 2009 le chef de l’Etat Capitaine Moussa Dadis Camara s’est vu tirer dessus par son aide de camp le lieutenant Toumba Diakité. Un acte que ce dernier qui est en fuite expliquera dans une interview exclusive accordée à RFI par le fait que son ex-patron voulait lui faire porter l’entière responsabilité des massacres du grand stade de Conakry. On se rappelle que plusieurs témoignages avaient accusé le lieutenant Toumba d’avoir conduit cette répression. Même si l’ex subordonné du Capitaine Dadis s’est contenté d’expliquer que son rôle a consisté à exfiltrer du stade les leaders politiques. Une version confirmée par François Louncény Fall du FUDEC et Mouctar Diallo des NFD qui ont été envoyés à l’hôpital par Toumba.

S’il est une évidence qui se dégage cependant du rapport de la Commission internationale, c’est l’imputation de la responsabilité de ces massacres, entre autres, au Capitaine Moussa Dadis Camara et au lieutenant Toumba Diakité. Les deux hommes qui en sont venus à la scène tragique du 3 décembre dans l’enceinte du camp Koundara sur la presqu’île de Kaloum n’auront donc pas été blanchis par l’enquête onusienne. S’il tel est que le chef de la junte a effectivement tenté de faire porter le chapeau de ces évènements à son ex aide de camp, c’est peine perdue. Aboubacar Sidiki Diakité ne trinquera pas tout seul. Pour sa part, le lieutenant Toumba Diakité n’a apparemment pas pu convaincre la Commission internationale d’enquête qu’il n’est ni plus ni moins que l’homme qui a sauvé les leaders politiques.

Toute chose qui amène certains observateurs à se demander si les deux amis d’hier n’avaient pas eu tort de se crêper le chignon pour une telle affaire. Etant donné qu’ils ont une certaine identité de sorts dans le dossier des massacres du 28 septembre. Est-ce cet aspect de la chose qui a inspiré l’hebdomadaire panafricain ‘’Jeune Afrique» qui a titré « Guinée Petits meurtres entre amis »? En tout cas, le capitaine Dadis Camara et Toumba Diakité restent par ailleurs les deux hommes dont les sorts suscitent aujourd’hui mille interrogations chez les Guinéens. L’état de santé du chef de la junte hospitalisé à Rabat au Maroc ne rassure toujours pas ses compatriotes guinéens. Alors que la destination de l’ex aide de camp reste toujours une grande inconnue pour la population ainsi que pour les autorités guinéennes. Les massacres du 28 septembre n’ont pas fini d’alimenter la chronique.


Talibé Barry
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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