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Dieu c’est comme un container sans porte, tu frappes, tu frappes tu attends, à force, il finira par ouvrir et Il te laissera entrer (un vieux sage de Dinguiraye)
Peu m’importe ce que les structures ont fait de moi, ce qui m’importe, c’est ce que je fais de ce que les structures ont fait de moi (Jean-Paul Sartre)
J’ai écouté plusieurs candidats à la présidentielle de juin prochain. J’ai lu la plupart des programmes et professions de foi. J’ai entraperçu la clé d’or des Grands mystères des ésotéristes. Celle qui pourrait nous laisser traverser l’Impasse et la quadrature du cercle des cinquante années d’une transition de tous les échecs, de toutes les tortures, de tous les martyrs, rendez-vous manqués avec l’économie, la santé, la culture, etc.
Le rendez-vous manqué avec l’Histoire.
Toutes les analyses ont été faites. On en ferait des tomes comme ceux de l’autre. Passablement inutiles comme eux.
Je serai très court.
La clé d’or a trois dents. Abé Sylla m’en a montré une. Ousmane Kaba en a donné la seconde. Il existe une dernière qu’aucun n’a identifiée. J’en parlerai à la fin.
Abé Sylla dit, comme le Tout Puissant a dit dans Son Livre saint, que tout vient de l’eau. Vous me direz, il n’est pas allé chercher loin, l’Abe ! La Sainte Bible, indirectement, le Saint Coran dans des versets précis, de façon directe, l’ont dit. Comme Abe Sylla, il faut que je sois américain bref et concret.
La Guinée bon an mal an voit se déverser au grand dam de ses bidonvilles et des bidonvillains qui les peuplent, 6 000 mètres cubes d’eau. En raccourci, les initiés vous l’expliciteront, cela donne virtuellement 6 000 méga watts. La Guinée et sa capitale n’ont besoin que de 600 mégawats. Pour s’éclairer et pour permettre aux artisans de travailler le jour et dormir la nuit. Et le reste ? Beh le reste rejoint la mer, après avoir détruit récoltes, routes, bidonvilles, etc. L’ennui c’est que nous n’avons même pas les 600 mégawatts.
Alors que nous pourrions vendre ces eaux de caniveaux aux compagnies minières !
Objection.
Les compagnies minières, radines, déflatent en ce moment, en nous bernant à cause de la « stagflation ». Stagnation économique, ou croissance lambinante de l’économie mondiale si vous préférez. Le tout nageant dans les eaux tourbeuses de l’inflation galopante.
Abe Sylla dit : la loi de l’offre et de la demande vous connaissez ? Le lait nourricier du bla bla bla libéral qui gouverne la planète ?
Oui et alors ?
Vous savez à combien les « Miniers » achètent aux pays vendeurs le kilowatt/h ? Oui, à 26 cents. Après ?
Abe Sylla :
Eh bien la Guinée s’offrira le luxe de vendre le kWh/h à…6 cents et les Compagnies minières vont accourir. Et d’ajouter, mais je n’ai pas suivi le calcul, j’étais convaincu par la principale proposition :
« Voilà 11 milliards dans l’escarcelle guinéenne. Qui n’a besoin que de 3 milliards pour financer tous les secteurs. »
Pas besoin de les citer. Tous les secteurs.
A la deuxième rencontre avec M. Sylla, j’ai été un peu frustré. Il manquait de la cohésion dans l’articulation des secteurs. Dans la gestion du mécano, du tableau de bord ; la régie qui met en action la conduite d’un spectacle pour parler le langage de la mise en scène que je connais mieux.
Ousmane Kaba a identifié la seconde dent de la clé d’or. L’articulation et donc la dynamique du moteur à explosion qu’est un tableau de bord macro économique. En prenant bien soin de ne pas oublier que l’économique pure n’existe pas et que l’économie est toujours politique. Donc la cause principale de l’impasse guinéenne résidait dans la corruption. Thème ressassé. Mais jamais mis à sa place dans le mécano de la Générale économique. J’ai eu à dire ailleurs que le premier plan guinéen était admirable. Il avait été fait par Charles Bethleihem. M. Kaba va sauter. Bettelheim était marxiste. M. Kaba est socio libéral. Keynésien devant l’Eternel. Il est même allé jusqu’à dire qu’il fallait jeter à la poubelle de l’Histoire les cinq cents ouvrages de Karl Marx ! Mêmes les tomes de Sékou Touré méritent d’être conservés dans nos archives et nos bibliothèques. Ne serait-ce qu’il n’en était pas l’unique auteur, qui était un travail collectif.
Nous y reviendrons, comme disent nos journalistes..
Donc la corruption est le fait de l’homme. Et la mise en œuvre d’un plan, d’un programme économique est le fait de l’homme. Il n’y a pas eu de cadres pour mettre en œuvre le plan de Bettelheim qui eût peut-être conduit la Guinée sur des sentiers moins ruineux. Et depuis 1984, l’appareil d’Etat guinéen a englouti plus de trois milliards de dette, somme que la Guinée avait la capacité d’emprunter à l’Extérieur à cause de son potentiel naturel. On n’oubliera pas de si tôt les cinq cents millions de dollars US égarés dans les fondrières, les nids de poule et les dos d’âne des routes qui mènent aux chantiers agricoles au temps d’un certain Alousseiny Fofana, alors ministre de l’agriculture. Et Abe Sylla a rappelé que ces trois milliards étaient suffisants pour financer annuellement notre développement.
Naturellement, éradiquer la corruption n’est pas une politique économique ni un programme de développement. Donc quel modèle ? Dr Kaba propose une juste rémunération du travail du paysan, qui alors se fixerait sur sa terre, nous libérant de notre extraversion, notre dépendance du riz importé où sombrent en haute mer nos maigres devises. Au passage, il aura dit que les sources du financement de la mise au travail (agriculture, mini ou micro industries) viendraient des mines.
Et c’est là où son analyse me paraissait nécessairement devoir recourir à la démonstration d’Abe Sylla. J’ajouterai au passage que la juste rémunération du travail du paysan (le stimulant dirait Mao, qui fut marxiste, oh pardon Dr Kaba !) n’est pas le ressort de la production agricole. Il faut d’abord que le paysan mange à sa faim, avant de vendre ! Je sais M. Kaba me dira que cela était sous-entendu : on ne vend que du surplus.
Non justement.
Nos économies ne sont pas seulement économiquement extraverties. Elles sont culturellement dévergondées. On peut vendre le riz de son « lafidi » pour acheter un transistor, quitte à crever de faim. Dans les entrées-couchers, on préfère consommer les pornos nigérians au risque de grever le budget de la survie, même au village. Cela s’appelle surconsommation culturelle. Extraversion, perversion culturelle galopante, plus ruineuse que les ténèbres auxquelles elle arrache une nuit sur deux quelques kilowatts. Mais développer cette thématique nous mènerait trop loin vers les horizons lointains et zappés par tous nos candidats, dont aucun ne nous propose un programme d’alter développement.
J’avais promis d’être court.
Je reviens à Karl Marx qu’il faut jeter aux orties d’après un propos à l’emporte-pièce de M. Kaba. Je sais, ce n’était peut-être qu’une provocation de tribun. Cela m’a surpris du fondateur d’une prestigieuse Institution de formation de haut niveau. « La meilleure université africaine », nous a-t-il révélé. Je croyais qu’une des meilleures universités au monde se trouve au Ghana. Mais M. Kaba est mieux informé que moi, je le croirai volontiers sur parole. Son Institution ne s’appelle-t-elle pas Koffi Annan !
Karl Marx est l’auteur du « Das Kapital ». M. Kaba peut conseiller à ses étudiants d’ignorer ces 11 ou 12 volumes. Mais ne pas savoir que « Critique de l’Economie politique » est sinon à la source, du moins inspiratrice des révolutions en sciences humaines au siècle dernier, me semble imprudent et manquer de pédagogie. Le structuralisme et donc l’anthropologie structurale de Lévi-Strauss, et avant Lévi-Strauss, la linguistique structurale de Ferdinand De Saussure dont s’inspirent également Lévi-Strauss, et à leur suite, ou en concomitance, toutes les révolutions en génétique, voire en physique moderne, doivent ou ont quelque chose à voir avec le structuralisme marxien et saussurien ! D'ailleurs Marx et surtout De Saussure ont plutôt parlé de système que de structure.
Car enfin la pensée structurale marxienne a consisté à remettre la dialecte sur le pied, qui marchait sur la tête avec Hegel. Mais la dialectique, celle de l’atome (re)découverte par Démocrite qui l’avait (gra)pillée dans les temples égyptiens, n’est rien d’autre que ce symbole sacré des deux mers, « bahrein » du Saint coran qui s’entremêlent sans se confondre ! Le duel de l’arabe (la langue) ici renvoie à la contradiction, source de la vie, est-il dit ailleurs dans le même Livre.
Hélas, pour Marx, « la religion est l’opium du peuple » ! Mais ce propos idéologique, « comme la dictature du prolétariat » de Lénine, n’enlèvent en rien à la force, bonne ou mauvaise du chambardement copernicien opéré par Marx dans ses analyses « scientifiques » auxquelles aux dernières nouvelles, les économistes reviennent timidement, depuis la crevaison de la Bulle de l’Internet. Surtout depuis la crise dont nous ne sommes pas encore sortis, toujours plus mondialisés, comme nous fûmes « conjoncturés » (Moussa de Côte d’Ivoire) pendant les dures années 80.
Nous allons aux élections présidentielles de la république de Guinée. Laissons donc cette casuistique, ce débat fumeux !
Eh Kéla ! dirait Sassine, le « compatriote » kankannais de M. Kaba.
Ce qui manque au power-point de M. Abe Sylla est dans le tableau de bord de M Kaba. Vice versa. S’ils se donnaient la main, il ne resterait plus qu’à trouver la troisième dent de la clé d’or. Aucun des responsables n’en parlent
Sylla PLUS Kaba égal ?
Quand Abe Sylla a dit que la corruption dont parle M. Kaba est liée à la « mentalité du Guinéen", je lui ai dit ce jour, "qu’est-ce que la mentalité, comment changer la mentalité, est une problématique qui relève de la Culture". M. Kaba parle de culture de l’impunité qu’il faut réformer par la sanction et l’éducation, les deux étant d’accord sur ce qu’ils croient être le remède. Encore une fois, qu’est-ce que « la mentalité » ? N’est-ce pas la Culture ? En ce qu’elle est ce qui devrait être mis en œuvre pour changer la mentalité quand cette dernière s’enracine dans la corruption et l’impunité ?
Mais voilà, la culture, ce n’est ni le tam tam, ni le Sosso bala, ni Sory Kandia, ni "L'Enfant noir" de Camara Laye, ni Fodéba, ni Sassine ni Alioune Nfan Touré, ni Monenembo.
"La culture ce n’est pas ce qui reste quand on a tout perdu,
"La Culture, c’est ce qui manque quand on croit tout (s)avoir,
"L'endroit d'une certaine mentalité du Guinéen.
Développer cela, c’est élaborer un programme de développement culturel. Un programme d'alter développement qu'on attend toujours depuis que L'Afrique noire est mal partie (1). Et le premier geste, le premier pas à faire, qui a été en Guinée un trébuchement, un pas manqué, s’appelle Conférence nationale. L’Etat de droit passera par un Non-lieu qu'il faudra investir massivement. Ce non-lieu est un transit qui a nom Conférence nationale ou ne sera jamais. L'Etat de droit passera par là ou ne sera pas.
Il paraît qu’il faut d'abord aller à la Présidence. Ciel !
Wa Salam !
Saïdou Nour Bokoum
Note (1) René Dumont, éd. Points Seuil
www.guineeactu.com
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