jeudi 8 mai 2008
Abdoulaye Dima Dabo : « Le Patronat n’est pas une propriété privée »
Youssouf Diallo

Abdoulaye Dima Dabo, secrétaire général d’El Hadj Youssouf Diallo, s’exprime à son tour au sujet  du contentieux qui continue d’opposer les deux parties du Patronat autour du sigle de l’Institution.

L’indépendant : Quels sont vos sentiments après l’annulation des pleins pouvoirs qui étaient accordés récemment à Elhadj Mamadou Sylla par le ministre des Affaires Etrangères, Me Abdoul Kabèlè Camara qui est revenu ainsi sur sa décision ?

Elhadj Abdoulaye Dima Dabo : Merci ! Je dirai que suite à l’annulation des pleins pouvoirs octroyés à Mamadou Sylla pour la conférence internationale du travail par le ministre en charge des Affaires Etrangères, c’est un acte que nous enregistrons sous réserve que le gouvernement continue à définir clairement sa position quant à la représentativité du Conseil national du Patronat Guinéen par Monsieur Youssouf Diallo, selon la volonté des membres de ce conseil. Et d’un autre côté également, nous saluons le courage du ministre pour avoir positivement répondu à notre doléance. A savoir notre opposition à ce pouvoir. Je suis sûr que le ministre est parti de certains critères objectifs pour annuler ces pouvoirs octroyés à Mamadou Sylla puisque l’acte était fait de manière illégale. Illégale en ce sens que la constitution de l’organisation internationale du travail stipule que ce sont les Etats qui composent leur délégation à la conférence internationale du travail en tant que membres. Les organisations d’employeurs et les organisations de travailleurs ne sont pas membres du BIT. Elles sont membres de la délégation tripartite. Bien que, en tant que telles, elles jouissent des mêmes pouvoirs à la conférence. Ils discutent de tous les problèmes relatifs au travail et à la vie sociale de manière égalitaire. C’est la violation de ces dispositions qui ont amené le ministre à revenir sur sa décision.

Mais cela suffit-il pour le gouvernement à reconnaître qu’Elhadj Youssouf Diallo est le seul président du conseil national du Patronat Guinéen ?

Ecoutez ça dépend de quel côté on prend. Une organisation patronale est une organisation des chefs d’entreprises. C’est leur volonté qui prévaut sur l’avis d’un gouvernement. C’est la volonté des membres majoritaires qui prévaut en ces articles 10 et 18 qui donnent la latitude aux citoyens de s’organiser en association, de rédiger librement leurs statuts et de choisir  librement  leurs représentants. Le Gouvernement doit se conformer à ces prescriptions et mieux les conventions de l’OIT numéro quatre vingt sept (87) et quatre vingt dix huit (98), ces deux conventions stipulent que les organisations d’employeurs et de travailleurs sont libres de rédiger leurs statuts et d’accepter les membres qui acceptent le contenu de ces statuts. En tant que telles, il est demandé à toutes les autorités administratives et judiciaires de ne pas interférer dans leur exercice et leur mouvement d’action. Les conventions sont au-dessus des lois fondamentales nationales. La Guinée a souscrit et ratifié. A partir de ce moment, nous sommes forts de ces dispositions-là. La tâche d’un gouvernement dans un pays, c’est de reconnaître la légitimité d’une structure patronale ou de travailleurs. Constituez-vous, emmenez vos statuts, le gouvernement peut voir les statuts, la composition. Le gouvernement est libre de voir si vous êtes représentatifs, le gouvernement vous reconnaît comme tels. Mais en Guinée, ça ne se passe pas comme ça. C’est ce qui est dommage. C’est à la tête du client qu’on voit. C’est le favoritisme. C’est le lieu dans lequel vous évoluez qui amène les appréciations quand bien même vous êtes une structure parfaite, s’il y a deux ou trois parmi vous qui ne plaisent pas à l’entourage du pouvoir eh bien, on vous fait la misère. Ce n’est pas normal. Il faut se conformer aux textes. Sinon ça devient comme une jungle, la loi du plus fort. Les textes sont là. Il peut y avoir de patronat que les chefs d’entreprises veulent. Mais chaque structure prend une appellation donnée. Le CNPG est la seule organisation légitime pour le  moment. D’autres peuvent se créer. Et nous avons suspendu Sylla pour des raisons que tout le monde connaît. Au lieu de venir vers  l’Assemblée générale pour nous demander des explications ou alors de faire son mea culpa, il nous a estés en justice pour usurpation de pouvoir. Mais ce n’est pas l’affaire d’une justice, car ce n’est pas la justice qui l’a élu, ce sont les employeurs qui ont élu un président à la tête de leur organisation patronale. Si les employeurs lui reprochent ça, c’est en Assemblée générale qu’il vient, il s’explique jusqu’à avoir la majorité et s’il est mis en minorité, alors il joue la carte de la démocratie, il s’en va comme n’importe qui. Cela ne veut pas dire qu’il ne peut pas être membre mais ce qu’il y a, c’est qu’il ne peut pas être à la tête. Et c’est ce que nous avons fait et conformément aux textes que lui-même Mamadou Sylla a signé. On n’est pas parti ailleurs hein ; on s’est conformé aux textes. Et c’est ça que le gouvernement a chargé de vérifier, en tant qu’exécutif chargé de l’exécution des lois, le gouvernement a la latitude de vérifier si les dispositions de ces lois sont bien appliquées par les citoyens.

Avez-vous alors demandé au Premier ministre de vérifier l’application des lois du conseil national du Patronat guinéen ?

Ecoutez ! Moi j’estime que pour les gens qui comprennent, peu de mots suffisent. Le Premier ministre sort des grandes organisations internationales. Pour moi, il est censé maîtriser les dispositions de la loi et particulièrement toutes celles qui sont relatives à l’organisation des Nations Unies, tout le système des Nations Unies. Pour moi Lansana Kouyaté est censé les connaître.

Pourtant le bicéphalisme au sein du Patronat persiste en vous éclaboussant. Qu’en pensez-vous ?

En tant qu’organisation patronale, nous fonctionnons en vertu de nos statuts. Chaque fois qu’un problème nous dépasse, nous le posons à notre Assemblée générale. Le bureau  exécutif se réunit, nous posons les problèmes, nous les analysons et la voix de la majorité est appliquée. Le problème de l’ancien président du Patronat, Mamadou Sylla, est pour nous, une vieille histoire. Parce qu’il n’est plus président du conseil national du patronat guinéen. Nous avons fait des Assemblées générales en présence des représentants du gouvernement, des Institutions républicaines, des partenaires sociaux qui, dans les autres pays, n’assistent pas à une Assemblée générale de Patronat. Au Sénégal, les patronats n’invitent personne. Ils font leur Assemblée générale, ils élisent leurs présidents, ils informent le gouvernement et celui-ci prend acte. Au Sénégal il y a 24 Patronats qui sont tous partis de l’éclatement du premier Patronat. En Guinée avant il n’y avait qu’une seule Centrale syndicale, la CNTG.

Les dix centrales syndicales qui existent aujourd’hui, sont parties de la CNTG. Et chacune d’elles a une appellation donnée. Mamadou Sylla n’a qu’à le faire puisqu’il a les moyens financiers pour le faire. Qui l’a empêché de le faire ? C’est parce qu’il veut empêcher le secteur privé d’évoluer comme il l’a fait depuis qu’il a réussi à créer le secteur privé par décret. Tout le problème de l’Economie guinéenne est parti de cette erreur. Et depuis, aucune structure du secteur privé ne se retrouve. La chambre du commerce est en déconfiture, la chambre d’agriculture, le patronat, tout le monde se cherche. C’est seulement le 27 octobre  2007 qu’on a restructuré le patronat avec les  nouveaux statuts approuvés en Assemblée générale, que nous commençons petit à petit à nous retrouver. Parce que  maintenant nous fonctionnons exactement comme cela se doit, de manière scientifique. Le Patronat est un syndicat, ce n’est pas une propriété privée. Et depuis le 27 octobre 2007, avec Youssouf Diallo à la tête, c’est comme ça que le patronat travaille, je peux vous faire visiter notre division de distribution, vous verrez. Tous les jours, la présence prouvée de tous ceux qui viennent est photocopiée et envoyée à tout le monde. Tout le monde a le même niveau d’information dans la semaine qui suit. Et certains par E-mail et nous leur balançons là-dessus et même à partir de notre site Internet. Avant, c’était au niveau d’un seul qui faisait la loi ; c’était Mamadou Sylla qui décidait seul et il mettait tout le monde devant le fait accompli. Il sortait des millions de francs au nom du Patronat, nous n’étions informés qu’au moment de la restitution sans support. Nous avons mis une croix là-dessus. Il faut qu’on évolue. La Guinée est en retard dans tous les domaines. Si nous voulons perpétuellement recommencer, notre pays ne sera pas au rendez-vous du 21è siècle.

Quel est le climat de vos relations avec le BIT ?

Nos relations avec le BIT fonctionnent comme ça se doit, sans aucun problème. Et en tant que tel, le BIT nous reconnaît. Voilà les derniers courriers que nous avons reçus du BIT. Les courriers OT/mag/187/ du 4 mars 2008, JLC 97-125-2 du 11 mars 2008 et ACD40 (BIT) du 9 avril 2008 et nous avons reçu une lettre du Premier ministre Lansana Kouyaté N0 00192 PM/CAB-P le 27 février 2008 adressée à Elhadj Youssouf Diallo en tant que président du Patronat avec une copie de l’audit pour nous informer en tant que signataires des accords de sortie de crise. Alors, je ne sais pas quelle reconnaissance il faut pour le gouvernement de Lansana Kouyaté, à partir du moment où avant leur arrivée au pouvoir, le gouvernement sortant avait reconnu notre légitimité et avait transmis, officiellement, les documents relatifs à la représentation de Youssouf Diallo au BIT. Et eux ils sont venus au sortir de cette crise. Qui a émargé ces documents ? C’est Youssouf Diallo au nom du Patronat, avec le gouvernement sortant, avec les Institutions républicaines, la société civile, les syndicats. Quelle reconnaissance faut-il encore ? On ne réinvente pas la roue, elle existe. Vous  vous conformez. Même si la personne qui est à la tête vous dérange, puisqu’elle est l’émanation d’une force extérieure, il faut la reconnaître comme telle.

Pourtant, lors de la fête internationale du travail célébrée (hier jeudi 1er mai), la télévision nationale nous a présenté d’un côté Elhadj Mamadou Sylla auprès du secrétaire général de la Présidence comme président du Patronat auprès d’une des centrales syndicales et de l’autre Elhadj Youssouf Diallo auprès des membres du gouvernement et des représentants des centrales syndicales (CNTG-USTG) comme aussi président du même patronat. Quelle lecture en faites vous ?

Je suis peiné pour mon pays. Je suis peiné pour ce gouvernement. Quand il y a une fête nationale de ce genre, le gouvernement d’habitude se réunit et constitue sa délégation de représentativité à chaque mouvement. Que ça soit les fêtes religieuses ou de ce genre. C’est dommage  que  l’on voie que tout le  gouvernement était avec Youssouf Diallo au stade de la mission, seul le secrétaire général de la présidence était d’un autre côté. Ce couac là, la Guinée ne mérite pas ça. Cela n’est pas normal. D’habitude, c’est le ministre en charge du travail qui propose au gouvernement les ministres qui doivent assister à ces fêtes. Avant, chaque centrale syndicale faisait sa fête à un lieu différent de l’autre. Les ministres désignés pour  représenter le gouvernement à ces différents lieux allaient au nom du ministre. Cette fois, il y a en eu deux. Les syndicats blancs d’un côté et les syndicats signataires des accords de sortie de crise d’un autre. Et ce sont ces derniers de l’Inter centrale CNTG-USTG, qui sont internationalement reconnus. Bien que le résultat de leurs efforts profite aux syndicats blancs. Ce qui est normal. Mais c’est l’Intercentrale syndicale qui est reconnue internationalement la plus représentative ; et ça c’est les termes du BIT. Le gouvernement  doit composer avec les centrales syndicales les plus représentatives. C’est ce qui est écrit dans les textes de l’OIT. C’est quand vous prouvez sur le terrain que vous êtes efficace, que vous avez suffisamment de membres, que vous appliquez effectivement tout ce qui est prévu dans vos statuts et conformément aux prescriptions du BIT et la politique nationale de l’emploi, qu’on vous prend au sérieux. Et c’est l’Inter centrale syndicale qui a ce mérite en Guinée aujourd’hui. Les autres pour le moment, ne font pas l’affaire, sur le terrain. Ils n’ont pas le poids. Et c’est dommage que le gouvernement soit divisé de ce genre. Mamadou Sylla ne lâchera jamais, tant qu’il aura le soutien de quelques éléments du pouvoir. Je le connais, il ne se fatiguera pas. Il continuera à nous emmerder. Autrement quand un ministre vous écrit une lettre pour vous dire qu’il vous enlève le pouvoir vous faites le profil bas, mais lui il ne lâchera pas. C’est sa nature. Nous il ne va plus nous distraire. Nous allons continuer à travailler au bénéfice des entreprises guinéennes. Notre préoccupation aujourd’hui, c’est quoi ? Le gouvernement s’étant désengagé du secteur productif, il faut que le secteur privé prenne la relève de manière efficace. Notre ambition est de mettre les entreprises guinéennes dans des conditions de créer la croissance avec le gouvernement. C’est le seul facteur de création d’emploi. Nous allons nous mettre à la tâche et même ces interviews nous allons les arrêter pour qu’on nous juge au résultat. Nos rapports avec le gouvernement, dans le cas Sylla, nous ne voulons plus en parler. Parce que c’est une perte de temps. Les caciques du pouvoir ne se fatigueront pas, Sylla non  plus. Tant que Lansana Conté est au pouvoir, ils vont continuer à nous empêcher de travailler. Le président en est conscient. Les proches fidèles à lui, à sa personne, nous le disent. D’ailleurs le problème d’un Patronat n’est pas celui d’un président. Le chef de l’Etat a beaucoup à faire pour sa population que de s’occuper d’un problème de président de Patronat. Ceux qui l’amènent à ce problème-là ne l’aiment pas.

Propos recueillis par Mamadou Siré Diallo
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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