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Me Fodé Abass Bangoura a donné les raisons qui l'ont poussé à la démission de la CENI, lors d’une conférence de presse que l’avocat a animée le mardi 6 juillet à la Maison de la presse.
Me Abass Bangoura est revenu longuement sur le dysfonctionnement de la CENI, l’organe chargé d’organiser les élections. Dans la déclaration lue en guise d’introduction de la conférence, l’avocat démissionnaire a expliqué les motifs qui l’on poussé à jeter l’éponge. Tout d’abord il a accusé la CENI de ‘’n’avoir pas respecter les procédures juridiques dans le fonctionnement global de l’institution’’.
A plusieurs reprises, Me Abass indique avoir conseillé le président de la CENI de se conformer aux textes du code électoral et de la constitution guinéenne relatifs à l’organisation des élections globales en Guinée. Ce qui selon lui pouvait faire éviter toute main mise du gouvernement sur les décisions de la CENI.
Mais en vain, puisque les conseils de l’avocat seraient tombés dans des oreilles de sourds. Ainsi, dès la proclamation des résultats du scrutin du 27 juin dernier, il a souligné avoir suspendu sa participation aux activités de la CENI.
Le 03 juillet, dernier, Abass Bangoura fait sa lettre de démission qu’il a dressée au premier président de l’institution, en la personne de Ben Sékou Sylla, pour lui faire cas de son départ.
Dans ladite lettre, l’avocat a pris soin d’indiquer les multiples violations de la loi dont la CENI se serait rendue coupable, surtout lors des opérations de centralisation des résultats du vote. Selon lui, il a personnellement demandé au président de prendre ses responsabilités en faisant appliquer l’article 162 du code électoral.
« C’est pourquoi, j’ai pris la décision de démissionner de mes fonctions de conseiller juridique de la CENI. J’ai pris cette décision pour protester contre les malversations électorales dont se sont rendus coupables certains responsable de la CENI », accuse Me Abass Bangoura.
De même il a ajouté que certains acteurs du processus électoral, notamment « la CENI, soumis à des pressions extérieures ont accepté de cautionner une véritable mascarade électorale». Plus loin, il n’a pas manqué de signaler qu’à chaque fois que le président de la CENI disait « Le Président de la République m’appelle » il interrompait le travail, pour sortir de la salle de réunion, avant de revenir après.
Les cas de « malversation » dans le déroulement des élections dont l’avocat démissionnaire fait cas, portent sur de graves irrégularités comme le bourrage des urnes, la rétention des cartes électorales et la non signature de certains procès-verbaux par des membres des bureaux de vote.
Une raison de plus pour lui de protester contre ces « violations flagrantes de l’esprit de la loi » : « Personnellement, en tant qu’homme de loi, afin d’éviter de répondre devant l’histoire, je ne peux en aucun cas accepter d’être mêlé dans des manœuvres d’une telle ampleur, dont la conséquence est la mise en cause des acquis démocratiques durement conquis par les Guinéens », dira l’ex-conseiller juridique de la CENI.
Un autre motif invoqué par Me Abass dans sa lettre de démission, porte sur la nomination de l’ancien ministre de l’Information, Cheick Fantamady Condé, comme coordinateur de la CENI, dans la circonscription électorale de Matoto. Pour lui Cheick Fantamady Condé n’était plus membre de la CENI puisqu’il a eu à bénéficier de par deux fois d’une promotion au sein du gouvernement du général Conté.
Tout au long des débats avec la presse, les mots « pression extérieure, mascarade électorale, manipulation, crise ingérable, menaces et coup de fils, violation de la loi » revenaient sans cesse.
« J’ai démissionné puisque la loi a été violée, la CENI n’a pas voulu prendre ses responsabilités, j’ai des preuves des cas de fraudes dans l’organisation des élections », a-t-il signalé.
Tout porte à croire que le départ du conseilleur juridique de la CENI est un véritable coup de théâtre, qui pourrait sérieusement affecté le fonctionnement de cette institution déjà au centre de toutes les polémiques du moment.
Lansana Camara L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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