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De 1958 à nos jours, la Guinée a connu dix Premiers ministres. Mais force est de reconnaître que ces hauts cadres, à des degrés différents, ont tour à tour rencontré des difficultés dans l’exercice de leurs fonctions et dans leurs relations avec leurs mandants respectifs. Ce qui amène certains observateurs à se prononcer en faveur de l’institutionnalisation ou de la suppression du poste.
Pendant ses vingt-six ans de règne, le premier président de la Guinée indépendante, feu Ahmed Sékou Touré, n’a nommé qu’un seul Premier ministre, en la personne de Lansana Béavogui. De 1984 à 2008, le Général Président Lansana Conté a nommé successivement un officier supérieur et sept hauts cadres civils au poste de Premier ministre. Dans le premier gouvernement formé au lendemain de la prise du pouvoir par le Comité militaire de redressement national (CMRN), le colonel Diarra Traoré a eu l’insigne honneur d’être le locataire de la Primature guinéenne. Un poste qu’il perdra quelques mois plus tard, pour des raisons que tout le monde connaît. Le 4 juillet 1985, l’on attribuera au colonel Diarra Traoré la paternité d’un coup d’Etat contre le colonel Lansana Conté, alors en visite à Lomé, au Togo. Quelque cinq mois après les malheureux événements des 2 et 3 février 1996, le Général Lansana Conté a jugé nécessaire de nommer un Premier ministre, avec pour mission principale le redressement économique du pays. Son choix s’est porté sur Sidya Touré, un technocrate ayant fait ses preuves en Côte d’Ivoire. Par la suite, ce dernier se verra « retirer » le très stratégique ministère de l’Economie. Beaucoup ont pensé alors que l’ancien collaborateur de l’Ivoirien Alassane Dramane Ouattara allait conséquemment tirer les leçons de ce que l’on pourrait qualifier de disgrâce. Certains esprits radicaux ont d’ailleurs évoqué l’éventualité d’une démission de Sidya Touré pour avoir été contrarié dans sa délicate mission économique. Mais en lieu et place d’une démission qui aurait pu être une sortie honorable pour lui, Sidya Touré a plutôt préféré travailler, la main dans la main, avec son illustre mandant, le Général Président Lansana Conté. Lors d’une rencontre organisée par le Parti de l’unité et du progrès (PUP, alors au pouvoir) au palais du peuple, il est allé jusqu’à lancer son désormais célèbre slogan « Ton pied, mon pied ». Des propos que ses détracteurs ne lui ont jamais pardonnés. En 1999, au lendemain d’une élection présidentielle controversée, Me Lamine Sidimé a été nommé par le président Lansana Conté au poste de Premier ministre. L’ancien président de la Cour suprême est resté à ce poste jusqu’en 2003. Mais de l’avis de tous les observateurs politiques, Me Sidimé aura été le plus conciliant des Premiers ministres de Conté. Il s’est littéralement contenté de représenter ce dernier lors des cérémonies officielles ou dans les différentes rencontres sous-régionales, africaines et internationales. Son successeur, François Louncény Fall, a dû rendre le tablier lorsqu’il s’est rendu compte qu’il lui était pratiquement impossible de mener à bien sa mission. Cellou Dalein Diallo, Eugène Camara et Lansana Kouyaté ont été tour à tour nommés au poste de Premier ministre. Ils ont eu des fortunes diverses. Le premier a été limogé pour faute lourde. La nomination du deuxième a déclenché une violente vague de protestations aussi bien à Conakry que dans les principales villes de province. Quant au troisième, il a été démis de ses fonctions de Premier au bout de quinze mois d’exercice.
L’histoire retiendra par ailleurs que c’est Dr Ahmed Tidiane Souaré qui aura été le dernier Premier ministre du Général Président Lansana Conté, décédé le 22 décembre 2008 des suites d’une longue maladie. Le 29 décembre 2008, quelques jours seulement après sa prise du pouvoir, le capitaine Moussa Dadis Camara a nommé le banquier Kabiné Komara au poste de Premier ministre, chef du gouvernement. Mais pour bon nombre d’observateurs, le successeur du Dr Ahmed Tidiane Souaré semble n’avoir pas eu jusqu’ici les mains totalement libres pour mener sa délicate mission. Et au regard de tout ce qui précède donc, nombreux sont ceux qui se demandent à quoi sert un Premier ministre en Guinée. Faut-il institutionnaliser ou supprimer le poste ? Voilà une pertinente question à laquelle il va falloir trouver des éléments de réponse.
Mamy Dioubaté L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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