jeudi 25 décembre 2008
A quoi sert l’ordre constitutionnel en Afrique devant un coup d’Etat libérateur?

La Constitution en Afrique n’est rien d’autre qu’un instrument « juridique » qui permet aux Chefs d’Etat Bandits de se maintenir ou de s’accrocher au pouvoir contre le gré des populations qu’ils prétendent diriger faussement au nom de la « Démocratie ». Cette Constitution toujours taillée sur mesure est comme un chiffon pour les dirigeants africains, elle peut être déchirée et recousue à tout moment selon que très souvent les généraux autogradés veulent garder le pouvoir et le léguer à qui ils veulent le plus souvent à leurs proches ou fils comme le cas au Togo.

 

Or un président qui n'a pu réaliser ses ambitions pour le pays en cinq ou dix ans ne saurait les réaliser en quinze ans, voire plus. Ce faisant, il serait sage de laisser sa place à une nouvelle équipe plus inspirée et mieux aguerrie. Pour quoi laisser les dictateurs sanguinaires, vampires et affameurs de leurs peuples régner des décennies sans aider la population à se débarrasser d’eux?

 

Les Paul BIYAH du Cameroun, Ben ALI de la Tunisie, Robert MUGABE du Zimbabwe, Omar BONGO du Gabon, Yoweri MUSEVENI de l’Ouganda, ou encore Gnassingbé EYADEMA du Togo (jusqu’à sa mort) et récemment Idris DEBY du Tchad ont tous emprunté la même voie pour se maintenir au pouvoir au grand dam de nos populations qui sombrent de jour en jour dans la misère. Le tout se passe, mine de rien, devant une Communauté Internationale timide, notamment l’UA et la CEDEAO, qui observent toujours un silence coupable.

 

Dans le cas particulier de la Guinée, le Général Lansana CONTE n’a rien fait de son vivant pour être remplacé légalement au vrai sens du mot. Toutes les institutions républicaines sont des caisses de résonance de son régime. Il n’y a jamais eu de séparation des pouvoirs: législatif, exécutif, judiciaire. Tout se résumait à sa seule personne. L’Assemblée Nationale étant périmée depuis 2 ans. Son Président El Hadj Aboubacar SOMPARE ne peut en aucun cas assurer l’intérim à la présidence de la république avec toutes sortes de corruption et de détournements généralisés dans le pays sur fond d’impunité notoire et révoltante. Bref toutes les institutions républicaines sont gangrenées.

 

A qui la faute? Au Général Lansana CONTE et ses acolytes.

 

C’est dans ce contexte d’incertitude que le Général Lansana CONTE est mort et le Coup d’Etat est intervenu en Guinée. Que fera, en ce moment, la Communauté internationale, surtout l’UA et la CDEAO, devant ce Coup d’Etat libérateur du Peuple Martyr de Guinée, un coup d’Etat salué par la population guinéenne dans son ensemble ?

 

La CEDEAO et l’UA se disent contre la prise du pouvoir par la force. Cette prise de position est une bonne chose, mais devant les modifications intempestives des constitutions, des élections truquées etc, elles restent muettes. C’est là où le bas blesse au sein de ces deux organisations, la supercherie de la plupart des chefs d’Etat Africains. Le manque d’alternance, les élections truquées, les modifications des constitutions… sont à la base des violences en Afrique y compris les coups d’Etat. Combattre les effets et laisser les causes se reproduire, voilà, c’est à ce ridicule que se prêtent la CEDEAO et l’UA en Afrique. C’est pourquoi elles sont incapables de régler les conflits qui sévissent dans notre cher continent ,l’Afrique. Le problème togolais en est un cas éloquent.

 

Quand la crise au Togo a commencé nous avons écrit dans l’une de nos déclarations, nous nous citons: «…l’Union Africaine et la CEDEAO doivent profiter de cette crise togolaise, faire d'une pierre deux coups, régler une fois pour toutes le «problème du pouvoir» en Afrique, car le malheur de l’Afrique passe par là. Nos Chef d’Etat africains ont pris goût de modifier intempestivement les constitutions à leur guise pour s’accrocher au pouvoir, pour éliminer leurs adversaires potentiels dans la course aux présidentielles, d’organiser des mascarades électorales etc. Par conséquent, l’Union Africaine, la CEDEAO et les autres organisations régionales et sous-régionales doivent s’impliquer davantage pour convoquer dans un bref délai une Conférence Internationale des Chefs d’Etats africains sur «le pouvoir en Afrique», à l’issue de laquelle conférence sera mis sur pied un Code de Conduite tenant lieu de Loi, dite Charte de l’Afrique par exemple, dont tous les Chefs d’Etat africains seront tenus de respecter. Nous estimons que c’est l’unique et meilleure façon de prévenir les conflits armés et corollaires en Afrique.

 

Il n’est pas normal que le Bénin et le Ghana acceptent les élections libres et transparentes et que leur voisin le Togo fasse exception. Ainsi que le Sénégal, le Mali, même la Sierra Leone et le Libéria qui viennent de sortir d’une guerre civile acceptent les élections libres et transparentes et que la Guinée du Général Lansana CONTE et la Mauritanie du Général Ould TAYA les refusent et continuent à organiser des élections truquées dont les résultats sont connus d’avance. Cela est inadmissible. »

 

Il faut impérativement un code de conduite pour les chefs d’Etat africains permettant l’alternance démocratique. Il faut d’abord commencer à discipliner les dirigeants africains pour qu’ils cessent les modifications fantaisistes des Constitutions. Sinon toute mesure sans ce préalable sera inexorablement vouée à l’échec. Rien ne sert de condamner les coups d’Etat après qu’ils ont été perpétrés et de prendre des mesures draconiennes contre les commanditaires. Le médecin après la mort, sans être médecin légiste, a déjà joué son rôle. C’est peine perdue. Dans tous les cas c’est le peuple qui sera toujours victime. Il faut prévenir les coups d’Etat et autres conflits armés par le mécanisme de prévention que nous venons de signaler plus haut.

 

Il est temps que nos Chefs d’Etat cessent de jouer à l’aveuglette. Ils doivent cerner mieux les maux qui rongent notre continent afin d’y apporter les solutions adéquates. Il faut aider à temps les peuples africains à se débarrasser des dictateurs sanguinaires corrompus et affameurs qui sucent leur sang à blanc. Les bandits chefs d’Etat sont connus de par leur comportement, il faut leur lancer l’ultimatum pour qu’il changent ou qu’ils quittent ou il faut les faire quitter. Cela va de la crédibilité de la CEDEAO et de l’UA.

 

Le cas guinéen mérite une attention particulière, il mérite d’être suivi de prêt avant toute intervention inopportune. Pour nous, de l’Association Guinéenne des Sans Voix - Aguisav, en ce moment de croisée des chemins, nous soutenons fermement le Peuple Martyr Guinéen dans la prise effective en mains, en toute liberté, de son destin pour l’avènement d’un véritable Etat de droit en Guinée. Nous invitons la Communauté internationale à aider et à soutenir le Peuple guinéen dans ce sens.

 

Vive la Guinée démocratique unie et prospère!

 

Vive l’Afrique démocratique!

 

EGALITE – PARTIOTISME – FRATERNITE

 

Fait à Conakry, le 24 Décembre 2008

 

Le Bureau Exécutif de l’Aguisav – La Voix des Sans Voix

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Vos commentaires
LA CONSTITUTION EN AFRIQUE, mardi 30 décembre 2008
Je ne crois pas aux coups d`Etat salvateurs ou libérateurs, salués par les détracteurs impénitents de l`entreprise de construction d`Etats de droit et de démocratie pluraliste. Je crains pour la Guinée: une junte militaire au pouvoir n`est pas nécessairement un gage de meilleure gouvernance et, en toute hypothèse, retarde inconsidérément - de mai 2009 à décembre 2010 - le moment où le peuple pourra - enfin! - faire entendre sa voix souveraine. Par ailleurs, il convient de ne pas oublier que la vie constitutionnelle africaine connaît aussi des succès. Pour un autre regard sur une situation contrastée, RDV sur le site de droit constitutionnel LA CONSTITUTION EN AFRIQUE http://www.la-constitution-en-afrique.org/

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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