|
Si une élection démocratique transparente a été le rêve des guinéens au point d’accepter la précipitation dans laquelle elle fut organisée, force est de reconnaitre que le vote du 27 Juin 2010 qui fut la première élection apparemment non influencée par le pouvoir en place malgré l’ éphorie populaire et une participation massive de 80%, sans contrainte comme les précédentes, continue de nourrir l’inquiétude des Guinéens. Notre rêve est-il devenu une réalité ou un cauchemar ?
Les résultats provisoires qui viennent d’être publiés par la cour suprême semblent frauduleux. Un candidat “malheureux”, Sydia Touré, s’est plaint à la cour suprême pour des suspicions de fraude, de falsification de résultats. Avant lui, 17 candidats ont exprimé leur inquiétude due à des irrégularités observées çà et là.
Les observateurs internationaux qui ont veillé sur la crédibilité du scrutin ont unanimement reconnu que les élections furent transparentes, paisibles et satisfaisantes; que les irrégularités signalées n’étaient pas de nature à compromettre la validité du scrutin. Cette observation qui est certes objective n’exclut pas les irrégularités dans les coulisses après que le peuple eut fait son vote. La plainte de Sydia Touré porte sur des falsifications des résultats de certaines localités; par qui et pourquoi?
Je pense que les institutions ne font pas la république, mais les capacités techniques, professionnelles et surtout morales des hommes choisis du peuple et chargés pour les faire fonctionner. Sans ces valeurs intrinsèques de ces fonctionnaires de l’état, il n’y a pas de vie républicaine vraie.
Cette suspicion est la preuve que le moral de nos leaders en Guinée laisse toujours à désirer à quelque poste que ce soit. Dans le passé, des juristes confirmés ont falsifié la constitution et inséré des articles qui privilégiaient un homme et ses pouvoirs au détriment du peuple et de l’avenir de tout le pays. Que se passe-t-il aujourd’hui?
Une élection est organisée et supervisée par une commission électorale nationale “INDEPENDANTE” –qui est sensée observer une transparence et une neutralité absolues. Peut-elle se permettre de falsifier le scrutin du peuple qui lui a fait confiance, pour favoriser ou défavoriser un candidat et ainsi plaire à quelqu’un ou une tierce partie? Le faisant, réalise-t-elle les conséquences dans un pays où les ethno-partis semblent plus prêts à une guerre tribale qu’à la perte de leurs candidats? Si cette plainte se concrétisait, les membres de la CENI auraient trahi le peuple, se seraient servi de sa confiance pour satisfaire leurs intérêts égoïstes et devraient être déchargés –même au milieu du gué– de cette mission sacrée et vitale pour notre démocratie à l’état embryonnaire.
Les résultats d’une élection nationale doivent être publiés par la Cour suprême. Cette institution juridique est le symbole de la légalité, de la neutralité et de l’équité. A ce titre, avant la publication des résultats, elle aurait dû vérifier scrupuleusement les documents originaux des bureaux de votes, des préfectures, des régions, comparer les chiffres obtenus aux sources à ceux déposés par la CENI, avant de les publier. Si elle ne l’a pas fait, c’est la preuve qu’une manipulation institutionnalisée aurait eu lieu. Car une bonne décision juridique repose sur le principe cartésien que tout est faux avant vérification.
La vie constitutionnelle et républicaine à laquelle notre peuple rêve repose sur le respect de la loi par tous et pour tous. L’institution républicaine chargée des lois est la Cour Suprême. Si cette institution fléchissait et cédait à la corruption et à la manipulation, d’où qu’elles viennent, peut-on compter sur le respect des lois par l’ensemble du peule? Logiquement, non!
Alors, qui est le vrai ennemi de notre peuple? Si une commission électorale nationale indépendante et la cour suprême sont manipulées pour le choix d’un président démocratiquement élu, à quel saint le peuple de Guinée peut-il se vouer pour assoir la démocratie en son sein?
Ces deux institutions ont la clé de la paix post- électorale de la Guinée. Ce sont elles qui vont conduire notre peuple au pâturage vert, à l’étable ou à l’abattoir. Car malgré la détermination insensée de certains militants de parti à ne pas reconnaitre la victoire d’un autre candidat que celle du leur, si les résultats proclamés sont transparents, sans falsification, moralement, ils finiront par accepter leur défaite. Mais s’ils se rendent compte qu’il y a eu falsification, ce serait allumer le feu à la poudrière. Car, si le juge est injuste, le verdict devient contestable et contesté.
Il n’y a pas de fumée sans feu. La plainte de Sydia doit être scrupuleusement résolue en vue d’établir la vérité et la justice pour apaiser les tensions. Le peuple a montré sa discipline, sa détermination à finir avec l’anarchie de la dictature par un vote paisible, massif, preuves d’une maturité politique certaine. Les institutions chargées de la transition doivent, par leur moral, leur impartialité et leur transparence, sauvegarder la paix dans notre pays martyr. A la France-car c’est toujours elle derrières les troubles dans ses anciennes colonies - nous disons trêve d’ingérence dans nos problèmes internes. Nous savons tous que ses anciennes colonies constituent sa sève nourricière sans laquelle elle cesse d’être parmi les puissances de l’époque moderne. Qu’elle cesse de créer et entretenir les foyers de tension et de lutte fratricide dans notre continent appauvri et meurtri. Qu’elle se rende à l’évidence que tout ce qui a un début a une fin. La colonisation des pays africains doit avoir sa fin définitive. Cela n’exclura pas une coopération bilatérale entre les peuples d’Afrique et leurs pairs européens. Car à l’ère actuelle de la globalisation, aucun pays ne saurait évoluer isolément et réussir.
La communauté internationale doit réaliser que le déséquilibre économique international s’aggrave si les pays en voie de développement son déstabilisés, déchirés par des guerres crées et soutenues par certaines puissances. L’essor socio-économique de ces pays s’annihile et les puissances utilisent part de leurs ressources pour les nourrir, pas même pour les aider à investir dans des projets de développement. La planète terre est un seul corps, aucune partie ne peut s’estimer à l’abri des douleurs de l’autre. L’industrialisation des pays développés entraine la pollution de l’atmosphère avec pour conséquences, la réduction de la couche d’ozone qui nous protège contre les rayons ultra- violets provenant du soleil ainsi que la production des pluies acides. Le déboisement des pays technologiquement en retard pour se procurer de l’énergie, élargit le désert et envenime l’échauffement global. De même, les guerres civiles qui déstabilisent et déciment l’Afrique, entrainent des conflits sociopolitiques qui détruisent l’économie à cause de la migration pluriannuelle de la population, abandonnant derrière elle, des microprojets qui pourraient soutenir l’essor économique et les promotions sociales. Souvent, la communauté internationale, à travers le Haut commissariat des Réfugiés (HCR), déploie d’énormes ressources matérielles et humaines pour assister ces populations à survivre et non à se développer.
Puisque pour ce nouveau siècle, l’Afrique a besoin de stabilité politique pour mieux se gérer et enfin chercher à sortir de l’impasse, la communauté internationale doit sincèrement soutenir ses efforts au delà des discours diplomatiques, pour les aider à choisir les leaders nationalistes et patriotes qu’elle a besoin pour les orienter sur la voie du progrès.
Dans le cadre particulier de notre pays, que la communauté internationale n’influence pas le peuple pour le choix de l’homme qu’il lui faut pour diriger son destin. C’est la meilleure façon de soutenir les efforts de développement socio-économique de nos pays.
Peuple de Guinée, exige des autorités de la transition une justice dans l’évaluation et les résultats de ton scrutin historique du 27 Juin 2010, la première fois où un homme du pouvoir n’a été candidat. Que ces autorités chargées de te conduire à une vie républicaine te prouvent qu’ils se sont abstenus sincèrement, par conviction, sans arrière pensée et sans parti pris. Si une fois de plus l’occasion t’est offerte pour choisir ton leader parmi les deux top candidats, vote encore massivement et calmement pour celui que tu crois peut essuyer tes dernières gouttes de larme. Ta quiétude et ton progrès postélectoraux en dépendent.
Vive la Démocratie, vive la Paix
6 Juillet 2010
Cécé J. Monèmou
www.guineeactu.com
|