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Le miracle a donné la main à la compétence et les médecins marocains ont retapé notre Dadis en bonne forme. A part les traces de sutures ou de soudures encore visibles sur le capot, les mécanos humains ont bien vissé les écrous, boulons et vis qui branlaient. On peut s’en réjouir avec un Dadis Camara pétant de santé et qui a retrouvé sa tête sur les épaules et qui a accepté de répondre aux questions des journaleux, et bien dans sa logique d’antan, et quelque peu assagi. Les résultats ont dépassé les attentes ; les premiers diagnostics n’étaient pas aussi optimistes. On entendait dire qu’il ne pourrait plus redevenir normal, et que les séquelles de folie et patati patata allaient subsister mais que sa vie n’était pas en danger. On s’attendait à revoir Dadis Camara dans cet état, eh bien non, loin s’en faut. Il est devenu plus lucide qu’auparavant…
On retiendra qu’il était dans un tourbillon trop grand soufflé en plus par les démons aveugles du pouvoir exacerbés par l’orgueil et la fibre régionaliste : « Les Malinkés ont gouverné pendant 26 ans, les Soussous ont gouverné 24 ans, nous aussi, on doit faire 10 ans. N’écoute pas les poules mouillées qui n’ont pas pu faire partir Sékou et Conté… ! » Wikileaks n’a pas pu filtrer tous les détails.
Ah, la phratrie, celle qui pousse dans l’inconnu !
Quand Dadis avait « cuisiné » Korka pour une licence de transport de carburant devant la postérité, on pouvait dire qu’il était Dadis, lui-même. Le lendemain, la « nuit avait porté conseil » pour la déviance. Et pour affermir sa conviction, celle de changer le fusil d’épaule ou celle de ramollir cette autre qui le poussait intérieurement à tenir la promesse historique, les cliques et les claques s’étaient formées autour de lui, aidées en cela par des sirènes de tous poils. Comme les conseillers ne sont pas des payeurs, puisque celui qui te conseille d’acheter un gros cheval ne t’aidera pas à le nourrir, ils n’ont pas assumé les conséquences du 28 septembre 2009. Le pouvoir est « numérologique ». Ceux qui le forcent ou l’usurpent sont toujours éjectés, d’une façon ou d’une autre ; plus ils viennent en trombe, avec arrogance au pouvoir, plus ils s’en vont en fracas. Les Bokassa et Mobutu n’ont inspiré personne, sans doute chacun se disant : cela n’arrive qu’aux autres. Si le temps passé ne se rattrape pas, le passé des usurpateurs et criminels les rattrape : Pol Pot n’a-t-il pas été jugé, ainsi que bon nombre de Nazis ?
Avec le temps et l’assagissement, Dadis fera son mea culpa. Sa confession n’est pas pour l’instant. C’est encore trop tôt, il faut laisser le temps faire sa transformation. Le genre Dadis, il faut l’avoir pratiqué : impulsif, orgueilleux, sanguin, colérique, irascible et tout ce qu’on veut, mais très influençable, c’est le côté face ; mais le côté pile : compréhensif, aimable, franc et sincère, et parfois réfléchi, parfois crédule, se fie facilement à tout venant et devient naïf.
La loyauté de tels types de personnalités dépend des suggestions de l’entourage, et cela s’explique : la grande crédulité vient du fait qu’ils ne sont pas capables d’induire en erreur ou pousser autrui à la faute, ce ne sont pas des sophistes. Dans ces conditions donc, ceux qu’ils croient sincères et francs peuvent facilement les induire en erreur à dessein, et ils y vont carrément. Quand ils réalisent, ils sont déjà loin, et le retour est pénible. Et par orgueil, ils refusent de reconnaître qu’ils se sont laissé berner.
Dadis reconnait qu’il est moralement responsable, pénalement, non. Qu’il n’a pas donné explicitement l’ordre de charcuter le 28 septembre. Il ne dit pas que son caractère impétueux a fait décider les sbires zélés…
Le 28 septembre 2009, c’est le deuxième « NON » historique qui a libéré définitivement les Guinéens. Même si les hommes qui étaient venus au stade ce jour-là n’étaient pas venus, l’affrontement entre DDR (Dadis doit rester) et DDP (Dadis doit partir) était inévitable avec le temps, et cette mêlée générale devait être plus riche en victimes et en dégâts. Après l’évènement, les Forestiers ont abandonné Conakry pour se replier en forêt. A l’inverse, à l’approche du deuxième tour de l’élection présidentielle, c’est au tour des Peuls de ramasser les grègues pour aller se réfugier sur les montagnes du Fouta Djallon. Le pire a été évité, puisque les partisans de Dadis ne voulaient pas en démordre en occupant l’aéroport de N’Zérékoré et celui de Conakry pour exiger son retour. Il lui avait fallu lancer plusieurs appels au calme mais aussi, il avait fallu démanteler le camp de Kaliyah de Forécariah et remplacer certaines hiérarchies militaires pour être sûr que les hommes qui lui sont restés fidèles ne fassent d’autres gaffes ou coups fumants. Cela a distancé les rapports entre lui et El Tigre, et finalement, certaines subventions ou certains budgets furent aussi cristallisés. Sékouba avait aussi des engagements à tenir. Lors de la rencontre peu de temps après son admission à Rabat pour des soins intensifs, au moment où Dadis était dans un état stationnaire, des tractations et des transactions entre la France, les USA et le Maroc battaient leur plein : Il a été, vraisemblablement du statut futur de Dadis, et tout fait dire que Sékouba Konaté avait mis sur la table la suspension des poursuites de la cour pénale internationale. D’ailleurs, cette répercussion se fera au niveau des deux candidats finalistes. Les membres de la CPI qui étaient venus à Conakry nous avaient dit qu’il n’y a pas eu de négociation pour cela. Du coup, notre hypothèse glissait mais quand dans le camp des deux candidats, pour se rallier les partisans de Dadis, on n’a pas hésité à promette l’amnistie, cette hypothèse se relevait de nouveau. Aujourd’hui qu’Alpha est élu, qu’en est-il ? On est en droit de demander : à quand le retour de Dadis ?
Etait-ce tout cela le sacrifice à payer pour cette démocratisation forcée ?
La paix vaut mieux qu’un procès incendiaire. Il ne reste plus qu’à trouver des circonstances atténuantes dans ces turbulences politiques avant, pendant et postélectorales, parce qu’il y en eu sur toute la ligne depuis l’indépendance. La commission vérité et réconciliation doit mettre tous ses œufs dans un même panier pour sortir une fois pour toutes de cette auberge. Prendre cas par cas, elle n’en viendrait pas à bout. Maintenant qu’on a vu le bout du tunnel, il faut s’occuper et occuper toute l’énergie qui reste à rattraper le temps perdu.
La Guinée est un pays particulier avec ses situations spécifiques qui ne peuvent se confondre à aucun autre africain : La Guinée, c’est la Guinée ! Les amibes qui la peuplent peuvent parfaitement se comprendre pour peu que les hommes politiques s’assagissent sous les recommandations du jupon. Tout le monde suivra désormais l’exemple de la Guinée. Les sirènes, pardon, les dulcinées de Dalein, d’Apha et de Konaté ont donné des promesses fermes aux Guinéens qu’il n’y aurait pas guerre. Il n’y en n’a pas eu, à part quelques escarmouches et quelques échauffourées pour se jauger s’assagissent.
Mais encore, en remontant le temps, comment les choses allaient-elles se passer avec Dadis complètement pris en otage, prêt à ôter la tenue ? Les agissements des leaders politiques l’agaçaient jusqu’au délire. Le camp Dadis doit rester contre Dadis doit partir. DDR avait toutes les latitudes de manifester et bien encadré par les forces de l’ordre, tandis que DDP a été maté, il y avait deux poids, deux tares. Le blocage était total pour un dialogue. La Guinée était noyée dans l’anomie et dans l’aporie. Le groupe international de contact était aussi dans l’impéritie totale. Que faire ? Le deus ex machina est Toumba Diakité, venu de la phratrie, elle-même.
Dadis a eu la chance que le gouverneur du Pendjab n’a pas eue. Son « Toumba Diakité » n’a pas tiré sur le poteau extérieur…
N’est-il pas maintenant temps de résoudre le problème Dadis et Toumba ? C’est encore tôt ? Il faut laisser le temps au temps ? Dadis dit qu’il n’est pas retenu à Ouaga contre son gré mais avec son embonpoint étonnant, on ne peut pas dire qu’il n’est pas complètement rétabli, et que son retour au pays est dangereux.
Mais parlant de la transition qui a accouché de la démocratisation en Guinée, processus qui n’a été possible que par le coup de sang et l’excès de Toumba Diakité, le deus ex machina. Dadis n’a pas été tué et il ne s’est pas fourvoyé jusqu’au bout mais, stoppée net car la glissade était inévitable, l’allure était effrénée. La Guinée a enfin un président véritablement démocratiquement élu et son retour sur la scène politique internationale est inéluctable. Ce retour en force peut tempérer les ardeurs des Fatou Ben Souda et Luis Moreno O’Campo, et tout cela au nom de la paix.
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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