samedi 14 février 2009
A propos du discours du Président Moussa Dadis Camara, le 9 février 2009
Ansoumane Doré

C'est un important discours que le Président Camara a prononcé le 9 février. Ce discours semble annoncer une rupture avec la méthode précédente de gouvernance guinéenne, sur un certain nombre de plans.

 

La qualité des cadres de l'Etat est fortement annoncée, comme jamais depuis 1958, non pas sous l'angle de l'allégeance au Pouvoir politique central, mais de l'efficacité à apporter dans le service de l'Etat guinéen. C'est nouveau, et cela mérite de retenir l'attention, car c'est une des voies du relèvement de la Guinée et de la reconstruction de l'Etat.

 

La référence au devoir de mémoire et pour la mémoire collective est d'une nécessité vitale pour le peuple guinéen, pour retrouver sa plénitude humaine, qui en avait fait un peuple dynamique de l'Ouest africain. Quand la mémoire d'un peuple flanche, c'est toute cette dynamique qui flanche et conduit à la médiocrité à laquelle nous avaient conduits cinquante années de larmes, de sang et de misère.

 

De la folie engendrée par cette évolution et cette utopie meurtrières, le Président de la République, au nom de la Nation entière, juge opportun de s' "incliner pieusement, sur les dépouilles des victimes innocentes de ces cinquante dernières années de notre existence...". C'est aussi important que cela soit dit, et doit être d'effets.

 

L'hommage rendu à ceux qui ont lutté depuis les années 1990, pour une Guinée démocratique et libre, est un hommage mérité. Rendu par le Président du CNDD, Président de la République, on peut espérer qu'une aube nouvelle va se lever sur notre pays.

 

Le retour à l'ordre constitutionnel pour la Guinée est également un passage essentiel de ce discours.

 

Autre innovation dans un discours du sommet de l'Etat guinéen, c’est la référence à " la diaspora guinéenne, si souvent marginalisée par nos maladresses, et pourtant, porteuse de grandes valeurs". Sur ce point, les choses n'ont jamais été dites avec autant de hauteur.

 

Telles sont quelques une des idées-forces de ce discours qui se termine par onze points essentiels d'interrogation qui attendent de chacun (e) des Guinéens (nes), d'y travailler afin d'apporter des essais de réponses. Ce qui conduirait à un "cadre de concertation ou de dialogue national", sous la direction du CNDD, dans la période de "Transition".

 

En annexe à ce remarquable discours, quelques observations me paraissent opportunes, que je vais indiquer sans ordre précis.

 

* Je souhaite que ce discours du Président Camara atteigne les objectifs qui sont les siens. Il doit présenter, outre son intérêt pédagogique, un intérêt pratique, c'est-à-dire une utilité en termes de gouvernance d'une nation. En effet, l'intérêt d'un discours politique n'est pas total si l'analyse ne débouche sur l'action. Cependant, à partir du moment où l'on veut agir, il est évident que le point de départ est constitué d'une situation initiale. L'examen de cette situation doit partir de l'approche d'un substrat sociologique réel, mais sûrement pas, de situation idéalisée. Qu'est-ce à dire ?

 

* Cela veut dire que, pour une nouvelle politique en Guinée, il faut que les nouveaux dirigeants se démarquent visiblement des responsables de la situation catastrophique guinéenne, engendrée de 1958 à 2008.

 

* Cela veut dire aussi, qu'on ne passe pas du cercle vicieux dans lequel nous étions, à un cercle vertueux, sans un début engagé de changement des mentalités et des comportements. Il faut qu'on commence à nous changer nous-mêmes, pour changer la Guinée. Cela ne se fera pas en quelques mois.

 

* Pour atteindre une certaine efficacité dans la gouvernance guinéenne, il faut enfin réunir tous les enfants de Guinée, susceptibles d'être des vecteurs de progrès pour leur pays (du manœuvre à l'ingénieur, de l'infirmière au médecin, de l'instituteur au professeur, du cultivateur à l'agronome etc.).

 

Pour la première fois, je l'ai dit, le discours indique clairement la diaspora. Mais il faut cesser d'opposer ceux sortis de l'Université Guinéenne, de Harvard, d'Oxford ou de la Sorbonne. Aucun d'eux n'est tombé du ciel. Ils sont tous sortis des entrailles du peuple guinéen. Chacun de ceux qui veulent s'investir dans le développement de la Guinée, devrait pouvoir le faire selon sa formation et sa compétence. C'est sur ce point qu'une certaine vigilance doit être mise en place.

 

* Pour obtenir une efficacité des cadres dans les rouages de l'Etat, il faut organiser une lutte contre ce que j'ai appelé dans un article sur des sites internet guinéens en 2006 : "Les titres ronflants". Il concernait ceux qui sont plus soucieux de titres académiques que de réelle formation, et qui sont devenus des faussaires de diplômes, se sont ensuite glissés dans les rouages de l'Etat, dont tout le connaît l'inefficacité. Cette tendance s'est amplifiée dans notre pays par une certaine affabulation, par des gens de bonne foi, des titres académiques. 

 

Ainsi, je relève dans l'article : "Mon capitaine, nous sommes des officiers de réserve de l'Armée guinéenne" (guineeactu.com), d'Alpha Sidoux Barry, à propos du colonel Kaman Diaby : "Cet officier de haut rang était un ancien de Saint-Cyr en France". Qu'Alpha Sidoux me pardonne de rectifier quelque peu cette information. Mais elle se situe dans cette tendance de surévaluation qui a souvent conduit des gens, à la fraude.

 

Quand j'étais élève au Collège classique de Conakry, de la 6e à la terminale (1949-1956), j'ai bien connu au début de cette scolarité, Kaman Diaby qui était alors, maître d'internat avec d'autres, un peu plus tard, comme Moustapha Diallo-Toutpasse, Michel Cissé (Michel Emile). A ma connaissance, Kaman Diaby n'a jamais fait Saint-Cyr.

 

J'étais en France dès l'année 1957, j'ai eu des amis Saint-cyriens qui se seraient dépêchés de me dire qu'un Guinéen avaient fait leur Ecole.

 

Dès les années 58-59, Kaman Diaby apparaissait comme le majordome de Sékou Touré. Fernand Gigon dans "Guinée : Etat-pilote" (Edit. Plon, 1959), le présente ainsi : "...une immense statue de cuivre ambulante, vêtue comme les aviateurs de l'armée française et galonnée comme un capitaine, surgit devant le Président. Cette statue ne mesure pas moins de 1,90m et déplace plus de 100 kilos. Ce capitaine sert de majordome à Sékou Touré et en même temps de garde du corps".

 

Peut-être que Kaman Diaby avait fait un stage rapide dans une Ecole de sous-officiers, comme il en arrivait à beaucoup d'Africains sous la Loi-cadre 1956-1958). A la faveur des indépendances, les uns et les autres sont devenus « capitaines » dans leur pays respectif. A vrai dire, très peu d'Africains ont intégré Saint-Cyr avant 1960. Cette intégration supposait qu'on ait le Bac, plus un à deux ans de préparation.

 

Ce rappel montre que des itinéraires d'études ont été complètement falsifiés dans notre pays. Des capacitaires en droit, qui se prépare en deux ans sans Bac (même aujourd'hui encore), se sont présentés en Guinée comme des licenciés en droit. Certains compatriotes ont fait des Ecoles régionales d'agriculture (niveau d'entrée : 3e brevet, titre de sortie : conducteur des travaux agricoles), pour se présenter en Guinée comme ingénieurs agronomes.

 

Avec l'inexpérience de gouvernement de la jeune nation, confrontée à de multiples difficultés assaisonnées de mamaya politique des dirigeants, comment, avec ces nombreux incompétents, la Guinée n'aurait-elle pas plongé dans le cycle de la régression ? Le phénomène que je cite ne s'est pas produit qu'au début de l'existence de la République de Guinée : il s'est même amplifié tout au long de la période 1958-2008. Mais attention : il ne concerne heureusement pas tous les cadres guinéens.

 

Je n'ai pas insisté, sans raison, sur ces questions relatives aux cadres du pays. C'est sur eux qu'en principe, repose l'action gouvernementale, et cela doit supposer des cadres compétents et honnêtes, et non des faussaires sans scrupules.

 

J'avais déjà abordé bien des aspects de ce problème dans d’autres articles, dans le but d'une recherche de l'efficience dans l'action gouvernementale. C'est une question sur laquelle je reviendrai. Il ne me semble pas inutile que ce type de question soit examiné dans le présent contexte.

 

Un autre aspect du redressement de l'Etat guinéen est, qu'il faut absolument mettre fin à l'Etat-spectacle dans lequel les dirigeants guinéens sont perpétuellement, comme dans une représentation théâtrale. Cela finit par faire croire que le spectacle est au pouvoir, au détriment de l'action. Cette conception de l'Etat a été une donnée permanente, notamment au cours de la période 1958-1984. De l'Etat-spectacle, on est passé à la politique-spectacle qui, même hyper professionnalisée, trouve rapidement ses limites à résoudre les problèmes dans un monde en évolution rapide.

   

Ansoumane Doré 

pour www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
Bangaly Traore, dimanche 15 février 2009
Doyen merci,le president s`incliner pieusement sur les depouilles des victimes,cela est important,mais le plus important pour moi etant victime,c`est bien la justice afin de finir ces partiques criminel dans notre pays.NB pas de haine mais la justice.
Ansoumane Doré, dimanche 15 février 2009
A tous mes frères qui viennent de s`exprimer, je ne peux qu`être d`accord sur le fond des choses. Quand des dirigeants d`un pays ont abusé d`un peuple comme le nôtre, il devient difficile de prendre pour monnaie comptant ce que peuvent contenir de nouveaux discours. Dès la fin du mois de décembre, j`avais écrit que j`attendais de voir et j`attends tours de voir. Mais le discours dont il est question contient tout de même des innovations qu`il faut signaler. Que vont-elles devenir? L`avenir très prochain nous le dira. J`ai pointé à cet égard la référence appuyée sur la diaspora. Quelqu`un de mon âge(1936) peut le dire avec d`autant plus d`aisance qu`il n`est plus à la recherche de faveurs. Mais attendons de voir venir les choses. En tant qu`universitaire, je suis très sensible aux arguments d`Issiaga sur l`Université de Conakry. Mais, je demeure convaincu qu`on y trouve de bons éléments et cela dépend des disciplines de formation. C`est là où s`impose une vigilance au niveau de l`Etat. Je rassure Barry IV qu`à mon niveau de citoyen lamda, je demeure vigilant et ne tomberai jamais dans la flagornerie. Je l`ai dit, mon âge d`intellectuel retraité ne peut plus me permettre de tomber dans des turpitudes. A tous les trois, Drahmane, Barry iv, Issiaga, je dis merci car vos remarques apportent toujours un plus à celui qui a écrit s`il sait écouter. A Drahmane, je souhaite qu`il poursuive ses réflexions fécondes sur notre pays. Aux uns et aux autres vos écrits sont utiles pour l`avenir de la Guinée.
Issiaga DANSOKO, dimanche 15 février 2009
Oui doyen, je suis d`accord avec vous en ce qui concerne notamment la qualification des cadres. J`espère que Dadis comprendra qu`il ne sert à rien de s`attaquer, comme Conté l`avait fait avant lui, à "ceux qui sont sortis de Harvard, de Sorbonne, de Oxford" etc. Ces écoles ne sont pas du n`importe quoi. Raison pour laquelle les pays dont les cadres y sont formés sont à l`avance dans tous les domaines de la vie. Des titres ronflants, volés ou falsifiés, on en a dans notre pays. Pour preuve, je connais personnellement des compatriotes qui possèdent des diplômes de l`Université de Conakry sans avoir le niveau bac. Je suis d`une formation des sciences humaines et donc quelque soient ma bonne volonté, mon engagement et mon patriotisme, je me rendrais coupable d`assassinat, si je décidais d`opérer un patient. L`exemple en la matière ne finit pas. Il faut nécessairement qu`on le comprenne en Guinée. Allez jeter un coup d`oeil à l`Université de Conakry pour remarquer les conditions de vie et de travail des étudiants et des profs et l`état des infrastructures, vous verrez tout de suite pourquoi le pays est dans cet état. Le slogan: "tu veux me montrer que tu es instruit? Je vais te montrer qu`ici c`est la Guinée" doit totalement disparaître si l`on veut aller de l`avant.
Barry IV, dimanche 15 février 2009
Bonjour Mr. Doré, je suis étonné lorsque vous parlez d’innovation dans un discours. Les Guinéens ont acquis une certaine maturité politique. Les Guinéens ne vont plus se laisser tromper par un discours. On se rappelle du discours prononcé par Sékou Touré le 28 Septembre 1958. On se rappelle du discours-programme du 22 Décembre 1985 prononcé par Lansana Conté. On se rappelle des fausses promesses de Lansana Kouyaté. Maintenant, les Guinéens jugent les hommes non pas par leurs discours ou intentions mais par les conséquences de leurs actions.
DRAHMANE, samedi 14 février 2009
Doyen,je vous souhaite longue vie et bonne santé et surtout que Dieu fasse que DADIS et son groupe soient entourés par des personnes sinceres et reellement compétentes et qu`ils soient à votre écoute.Je crois dur comme fer que le pays a plus que jamais de ses fils et filles de la diaspora.Cela devient urgent et prioritaire.SINCEREMENT!

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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