lundi 28 mars 2011
A propos de l'article "La nécessité d'un modèle économique alternatif pour la Guinée"
Thierno Aliou Bah

M. Habib Diallo, pour très humblement répondre à votre question, la fermeture des bureaux illicites de change n’est pas une mauvaise chose en soi. En fait c’est une bonne démarche vers la légalité. Personnellement je ne suis pas opposé aux réformes qui vont dans le sens de la légalité. Cependant, il faut s’assurer que les banques locales (la banque centrale et les banques commerciales) aient suffisamment de devises pour faire face à la demande du marché (si nous devons absolument importer) et que bien entendu les opérateurs économiques y aient accès. Encore une fois, l’objectif c’est de réduire la quantité de Francs Guinéens sur le marché car c’est la demande d’une monnaie qui fait sa valeur. La confrontation de l'offre et de la demande d'une devise sur le marché des changes fait monter ou baisser son taux de change vis-à -vis des autres devises.

Par exemple, si la demande de Francs Guinéens augmente, la valeur du GNF dans les autres monnaies, en l’occurrence le dollar et l’euro en ce qui nous concerne,  s'accroît. Et, inversement, si la demande de GNF baisse ou si l'offre augmente. D'où viennent l'offre et la demande d'une monnaie ? Si un importateur guinéen doit régler son fournisseur français en euro, il va chercher à  acheter des euros en les payant avec ses GNF, il y a alors offre de GNF et une demande d’euros. C’est ce scenario qu’on veut éviter.

Il faut une forte demande de GNF sur le marché pour rééquilibrer le taux de change. Comment ? En offrant les devises étrangères à un taux attractif pour récupérer le GNF. La demande de GNF va faire monter sa valeur, à condition bien sûr que les GNF récupérés ne soient pas réinjectés dans l’économie dans l’immédiat. Mais qui détient les devises en Guinée ? La banque centrale ou les cambistes (légaux ou illégaux) ? Je n’en ai aucune idée, mais je peux garantir que les réserves de devises au niveau de la banque centrale sont presque au néant.

Dans ce contexte, il est légitime de se demander comment elle (la banque centrale) va intervenir sur le marché des changes pour supporter le GNF. Il faut une forte offre de devises étrangères et une forte demande de GNF pour faire baisser le taux de change du GNF face aux monnaies étrangères. Etant donné que nous importons presque tout ce que nous consommons, la demande de devises sur le marché parallèle sera toujours plus forte que l’offre, ce qui contribue naturellement à la dépréciation du GNF. C’est ce marché que le gouvernement veut éliminer (à très juste titre). La nature même de l’activité économique guinéenne contribue à renchérir les devises étrangères face à la monnaie locale : importations à caractère commercial, tourisme, achat de mobilier personnel à l’étranger, etc.

Dans un Etat de droit, le respect de l’autorité publique, la centralisation de l’activité de change au niveau des banques ou des cambistes légaux, le paiement en monnaie locale, la réduction des importations et la conscientisation des populations sur l’importance de la stabilité monétaire sur l’activité économique locale pourraient réduire les fluctuations inopinées des devises étrangères face à la monnaie locale. Mais il faut une méthodologie, un rythme, et une adhésion totale de tous les citoyens que seuls la volonté, le courage, la discipline et la persévérance pourront accomplir. En résumé, ce n’est pas une mauvaise stratégie de réguler le marché des changes en Guinée, mais l’Etat doit avoir les moyens de réduire les incitations à l’import et à la demande de devises.


Thierno A Bah


www.guineeactu.com

 

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Vos commentaires
DELAMOU Jean Maurice, vendredi 1 avril 2011
Merci Mr BAH, je vois réellement que vous êtes entrein de récolter les frouits de vos études.La cohérence, la logique dans vos édées me montre votre loyauté et votre sagesse. Vous aimer vraiment la guinée puisque vous êtes un promoteur de paix. Merci pour votre réflexion
Habib Diallo, mercredi 30 mars 2011
Merci pour la rapidité de votre réponse Mr Bah. Si je vous comprends, apparemment il n’y a pas de gain économique pour le pays si l’État (à travers les institutions légales) n’a pas les moyens de satisfaire la demande de devises en lieu et place des bureaux de change fermés (et des cambistes) et que cette politique risque même de contribuer à la cherté des devises. Quant à Mr Saidou Nour Bokoum (je vous considère homme de Sagesse), votre contribution est toujours la bienvenue. Bien que je sois né sous le régime de AST et que je me rappel bien de toutes les interdictions (nuisibles) qu’il avait imposées aux familles, je ne savais pas pourquoi les cambistes ont apparu et comment ils opéraient. En plus, Je me rappel en général des ingéniosités que les travailleurs, les commerçants, les parents utilisaient pour contourner ces interdictions. J’attends impatiemment de lire la suite de votre commentaire. Merci encore.
Camara, mercredi 30 mars 2011
Ach tranquilisez les gens svp.
Saïdou Nour Bokoum, mardi 29 mars 2011
I M. Habib Diallo, bien que Ibrahima Bocoum avec c, un neveu à moi, soit peut-être mieux qualifié pour vous répondre, je dois tout de même dire qu’il y a deux Bokoum qui sévissent sur le Net ! Ceci dit, bien que votre question s’adresse bien évidemment au spécialiste et auteur de l’article en référence, (qui vient de vous répondre), je me permets de dire ceci : s’attaquer de cette façon aux cambistes, ne serait pas nouveau. Conté (et Dadis ?) l’avaient fait, à maintes reprises, avec autant de violence répressive, en vain. Car si l’on se contentait de ce type de mesures du court terme pour ne pas dire de courte vue, ce serait comme casser le thermomètre pour avoir un peu de fraîcheur, quand on n’a pas l’argent (des devises de préférence) pour se payer un climatiseur. Wa Salam. PS et pour l’anecdote : les cambistes existaient et exerçaient presque ouvertement leur négoce du temps d’AST. Le Guide suprême y venait dans une petite 4l ou « Baby », pour y acheter des Gauloises ou des Gitanes, pendant que la Radio glorifiait le Milo du Populo. Et croyez-vous qu’AST était scandalisé par la cherté de telle ou telle devise qu’il savait était aussi vendue là clandestinement ? Que nenni, il cherchait surtout à « termer », discutailler âprement le prix de la cigarette de « l’impérialisme », sans se faire gruger par le vendeur clando. A côté de la Poste, on trouvait tout à Wall Street, comme à New York. Je ne crois pas avoir entendu qu’on ait pendu un cambiste du temps d’AST. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’AST gérait directement les 350 à 450 millions de dollars à la présidence. La domiciliation ailleurs de la BCRG et les pouvoirs des vice-gouverneurs n’étaient que virtuels. Aujourd’hui, (il y a à peu près deux ans) nos revenus miniers toutes catégories « s’élevaient » difficilement à 80 millions de dollars US ! Or à l’aube des années 1990, la bauxite et l’alumine rapportaient bon an mal an environ 700 millions de dollars à la Guinée. Mais voilà, en 1993 survint le tsunami du chariot infernal de jeunes Turcs aux dents atomiques.. (A suivre).

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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