M. Habib Diallo, pour très humblement répondre à votre question, la fermeture des bureaux illicites de change n’est pas une mauvaise chose en soi. En fait c’est une bonne démarche vers la légalité. Personnellement je ne suis pas opposé aux réformes qui vont dans le sens de la légalité. Cependant, il faut s’assurer que les banques locales (la banque centrale et les banques commerciales) aient suffisamment de devises pour faire face à la demande du marché (si nous devons absolument importer) et que bien entendu les opérateurs économiques y aient accès. Encore une fois, l’objectif c’est de réduire la quantité de Francs Guinéens sur le marché car c’est la demande d’une monnaie qui fait sa valeur. La confrontation de l'offre et de la demande d'une devise sur le marché des changes fait monter ou baisser son taux de change vis-à -vis des autres devises.
Par exemple, si la demande de Francs Guinéens augmente, la valeur du GNF dans les autres monnaies, en l’occurrence le dollar et l’euro en ce qui nous concerne, s'accroît. Et, inversement, si la demande de GNF baisse ou si l'offre augmente. D'où viennent l'offre et la demande d'une monnaie ? Si un importateur guinéen doit régler son fournisseur français en euro, il va chercher à acheter des euros en les payant avec ses GNF, il y a alors offre de GNF et une demande d’euros. C’est ce scenario qu’on veut éviter.
Il faut une forte demande de GNF sur le marché pour rééquilibrer le taux de change. Comment ? En offrant les devises étrangères à un taux attractif pour récupérer le GNF. La demande de GNF va faire monter sa valeur, à condition bien sûr que les GNF récupérés ne soient pas réinjectés dans l’économie dans l’immédiat. Mais qui détient les devises en Guinée ? La banque centrale ou les cambistes (légaux ou illégaux) ? Je n’en ai aucune idée, mais je peux garantir que les réserves de devises au niveau de la banque centrale sont presque au néant.
Dans ce contexte, il est légitime de se demander comment elle (la banque centrale) va intervenir sur le marché des changes pour supporter le GNF. Il faut une forte offre de devises étrangères et une forte demande de GNF pour faire baisser le taux de change du GNF face aux monnaies étrangères. Etant donné que nous importons presque tout ce que nous consommons, la demande de devises sur le marché parallèle sera toujours plus forte que l’offre, ce qui contribue naturellement à la dépréciation du GNF. C’est ce marché que le gouvernement veut éliminer (à très juste titre). La nature même de l’activité économique guinéenne contribue à renchérir les devises étrangères face à la monnaie locale : importations à caractère commercial, tourisme, achat de mobilier personnel à l’étranger, etc.
Dans un Etat de droit, le respect de l’autorité publique, la centralisation de l’activité de change au niveau des banques ou des cambistes légaux, le paiement en monnaie locale, la réduction des importations et la conscientisation des populations sur l’importance de la stabilité monétaire sur l’activité économique locale pourraient réduire les fluctuations inopinées des devises étrangères face à la monnaie locale. Mais il faut une méthodologie, un rythme, et une adhésion totale de tous les citoyens que seuls la volonté, le courage, la discipline et la persévérance pourront accomplir. En résumé, ce n’est pas une mauvaise stratégie de réguler le marché des changes en Guinée, mais l’Etat doit avoir les moyens de réduire les incitations à l’import et à la demande de devises.
Thierno A Bah
www.guineeactu.com