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J’apprends sur beaucoup de lèvres que la République de Guinée a subi 50 ans de misère ! Malheureusement, aucun de ces orateurs ne parle des conditions d’accession de la nation Guinéenne à la souveraineté. Un Peuple doit lutter pour son épanouissement, pour son bien-être ; s’il est colonisé, pour sa dignité. C’est ce que font tous les peuples du monde et de tous les temps.
Prenons exemple sur la France. Elle a subi pendant son existence beaucoup de guerres. La plus récente a été celle de 1939-1945. C’est Dieu qui sait aider les hommes.C’est lui qui avait offert au peuple français un homme hors pair, un patriote émérite pour le sauver du nazisme hitlérien. Il s’agit de l’homme du 18 juin, le GENERAL DE GAULLE. Pour son acte de patriotisme intransigeant, le peuple français ne l’oubliera jamais. Ce n’est que face à la farouche détermination du peuple de Guinée à reconquérir sa liberté, sa dignité que l’homme du 18 juin a mordu la poussière. Il avait devant lui en Guinée un autre homme semblable à lui pour la défense de la liberté de sa partie, la Guinée. Ahmed Sékou Touré avait-il échoué dans la lutte de libertération de la Guinée ? Non et Non !
Généralement les peuples qui prennent les armes pour leur libération les déposent au lendemain de la proclamation de leur indépendance. C’est le cas du Vietnam, de l’Algérie, de la Guinée Bissau, de l’Angola, et de bien d’autres encore.
Ce que la jeunesse Guinéenne doit savoir, mais que nous les aînés refusons de le lui dire, est que la guerre d’indépendance de son pays lui a été déclarée dés le 2 octobre 1958 après le vote historique du 28 Septembre. Pour cette jeunesse innocente, je me fais le devoir de citer ici deux extraits de textes puisés dans les documents du colonisateur furieux. « La Guinée parait être aujourd’hui un exemple frappant de la manière dont les communistes peuvent dominer un pays sans coup férir, et l’on peut craindre qu’elle ne soit pris dans tant de liens qu’elle ne pourrait se dégager si elle le voulait » cet extrait vient de la « Revue de la Défense Nationale » dans son numéro de juillet 1960. Comme vous le constatez, l’argument était de taille pour la mobilisation du camp capitaliste.
Et voici la deuxième citation de «La Piscine » des agents secrets français dans leur livre « ». Il s’agit de Roger Faligot et pascal Krop : « Le Général De Gaulle donne le feu vert pour une action globale de déstabilisation. Pendant 20 ans, les complots vont se succéder sur le sol Guinéen…Le leader a contre lui l’ensemble du dispositif occidental du renseignement…Décision était prise d’éliminer Sékou Touré et installer après la force un nouveau régime à Conakry ». Pour les besoins de vérification, cette citation est extraite du livre « La piscine » à la page 245. Voilà le départ de la guerre d’indépendance qui a connu son point culminant le 22 novembre 1970.
C’est devant la communauté internationale et Africaine que ces hostilités ont été constatées et leurs auteurs condamnés sur le plan mondial. L’OUA est allée jusqu’à exiger la condammation sévère des acteurs. C’est elle qui avait aussi demandé aux Etats Africains la célébration du 22 novembre comme journée Africaine de la lutte de libération du continent. L’Histoire étant têtue, toutes les résolutions dont il est fait allusion sont disponibles surtout pour les doivent le savoir.
Ahmed Sékou Touré et son peuple avaient –ils gagné la guerre d’indépendance ? Oui, Oui et Oui ! voici l’extrait du communiqué final élaboré par les Nations Unies, la France et la Guinée attestant la défaite du colonialisme revanchard français devant le peuple de Guinée.
« Le Gouvernement français rappelle que l’un des principes fondamentaux de sa politique étrangère est de n’intervenir ni directement, ni indirectement dans les affaires intérieures des autres Etat…Le Gouvernement français regrette les activités de ceux de ses ressortissants qui ont contrevenu à ce principe…Il doit être instauré entre les gouvernements guinéens et français un dialogue fondé sur une pleine reconnaissance de la souveraineté ; de la dignité et de la spécificité guinéennes sur une franche discussion des questions en suspens et sur une coopération équilibrée entre partenaires égaux, indépendants et souverains…Les deux Gouvernement estiment réunis les éléments qui permettent la normalisation des rapports entre les deux Etats sur les bases justes et nettes qu’ils jugeaient indispensables et ont décidé de donner leur accord à ce communiqué qui sera rendu public simultanément à New York, à Conakry et à Paris le 14 juillet 1975 ».
Pour ceux de mes frères aînés qui, par mauvaise foi, taisent cette réalité, il doit leur être dit que le texte intégral de ce communiqué historique est disponible. L’architecte qui a œuvré à sa réalisation est encore vivant, c’est André Lewin, diplomate français alors au service des Nations Unies.
Sur le plan de la reconstruction nationale, Ahmed Sékou Touré avait- il échoué ? Je dis Non, Non et Non ! C’est un devoir pour nous de dire à la jeunesse qu’au lendemain du 2 octobre 1958, le nouveau Gouvernement de la République avait hérité d’une administration en ruine. L’essentiel des archives nationales était empaquette et envoyé en France et le reste, rassemblé et brûlé dans les cours des services d’Etat dès le 29 Septembre 1958. Quand le peuple de guinée votait le 28 Septembre 1958, le gouvernement guinéen n’avait pas les salaires des travailleurs. Le haut commissaire de l’AOF, Mr pierre Mesmer avait envoyé à Conakry un commando pour vider la Banque de la Guinée Français dés le 25 Septembre 1958, soit 3 jours avant le vote. Les opérateurs économiques européens avaient effectué le transfert de tous capitaux en Europe et particulièrement en France.
Malgré toutes ces manifestations d’hostilité, le Gouvernement Guinéen avait demandé au Général De Gaulle non seulement la reconnaissance de la jeune nation guinéenne, mais son maintien dans la zone franc. Un refus catégorique lui a été opposé. C’est ainsi qu’est créée la monnaie guinéenne le 1er Mars 1960, le Franc Guinéen. La réaction française ne s’est pas fait attendre. A ce sujet voici ce que les agents secrets français ont écrit dans leur livre « la piscine » : « D’un seul coup, la Banque décide d’oblitérer tous les anciens billets CFA. Pour comble , l’ordre est donné au SDECE de produire de la fausse monnaie. C’est le colonel Beaumont qui est chargé de veiller à l’impression dans les locaux des services à Mortiers, de ces billets made in SDECE. Les résultats allèrent au-delà de toutes nos espérances. Nos billets étaient bien meilleure qualité que les leurs ».
C’est sur ce fond de guerre continue que le Gouvernement a procédé à une totale refonte du système économique. La reconstruction nationale a pris le départ dès 1961 avec un plan triennal qui a réalisé des infrastructures dans tous les domaines, depuis les bureaux des régions appelées aujourd’hui préfectures jusqu’aux affaires économiques et sociales .Il convient de rappeler ici que le secteur industriel avait connu un essor prodigieux.
C’est avec amertume que les Guinéens évoquent leurs souvenirs du complexe textile de sanoyah, de l’Entreprise Nationale des Tabacs et Allumettes (ENTA), de l’usine des outillages agricoles de Mamou, de l’huilerie de Dabola, des briqueteries de Kobaya et de Kankan, de soguifab avec Tôles aluminium de meilleure qualité et de prix envié, de la sucrerie de koba etc…La Guinée ne commandait plus de sucre en poudre. Quand aux fournitures scolaires, les pays voisins venaient se ravitailler ici à l’imprimerie Patrice Lumumba. Malheureusement, à partis de 1985 toutes ces unités industrielle ont été brutalement fermées. Elles étaient plus d’une soixantaine à travers tout le pays. Quelques unes d’’entre elles bradées, d’autres carrément scellées et abandonnées à la rouille, mettant ainsi en chômage des milliers de travailleurs.
Le progrès réalisé dans le secteur minier était sans conteste remarquable. On se souviendra de l’empaquetage des archives nationales par les colons partants, y compris celles du projet du barrage hydroélectrique du konkouré. Ces archives contenaient aussi les résultats des prospections minières de l’ère coloniale. La nouvelle administration des mines et géologie a procédé à une prospection systématique du territoire. Les résultats obtenus ont été si concluants qu’il a été révélé que le sous-sol guinéen est un scandale géologique. L’expression n’est nullement une rêverie ; le gouvernement s’en était saisi pour faire du secteur minier le domaine privilégié de l’économie guinéenne. Les revenus de ce secteur névralgique avaient la Guinée à L’abri de la mendicité. En effet toutes les unités minières avaient leur conseil d’administration présidé par l’Etat guinéen et la Guinée avait au moins les 50% des bénéfices engrangés. Si je prends la compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), toute son infrastructure comprenant entre autres la cité, le port en eau profonde, le chemin de fer, est la propriété de la Guinée.
C’est pourquoi quand j’entends et observe le président Dadis Camara crier sur les gestionnaires des mines Guinéennes, je suis révolté devant le gâchis national après le régime du PDG, alors que des perspectives financières radieuses s’offraient à la Guinée avec le remboursement quasi-intégral des prêt contractés par notre pays pour assurer la construction des infracturs miniéres actuelles de la CBG.
Sur le plan social, convenez avec moi que le taux de scolarité en octobre 1958 ne dépassait pas 2%, les cadres diplômés d’études supérieures n’atteignaient pas dix, je dis bien dix. La réforme de l’enseignement menée par la Guinée dès 1959, nous avait tiré de l’aliénation culturelle. Le taux de scolarité avait atteint 32% en 1983. L’université Gamal Abdel Nasser et les nombreuses Ecoles prefestionnelles constituaient la pépinière des travailleurs de qualité. Ils étaient par milliers, et ils étaient tous utilisés dans les secteurs économiques et sociaux. Un des domaines qui fait pleurer aujourd’hui le peuple de Guinée, c’est bien celui de la Santé. Ah ! Les ordonnances, elles étaient ignorées hier dans les hôpitaux.
Chacun d’entre nous sait que le ravitaillement en denrées alimentaires des citoyens de Conakry et des travailleurs de l’intérieur du pays était assuré. Pour conclure ce bref exposé, c’est aujourd’hui que je mesure le niveau élevé du système démocratique atteint par le PDG au temps de Ahmed Sékou Touré.
Nous avons actuellement près d’une centaine de partis politiques ; mais le citoyen du village et du quartier pleure de l’absence de démocratie. En effet, depuis le 3 Avril 1984, il ne sait plus comment ses affaire sont gérées, et pour se moquer de lui, on lui parle de la décentralisation du pouvoir d’Etat, alors qu’il l’exerçait effectivement avant le 3 Avril 1984.
Il n’y a pas de démocratie naissante en Guinée, le peuple a constaté un recul tragique de son pouvoir de gestion de ses affaires. Alors sans se lasser, il doit continuer à lutter pour reprendre ce qui lui été enlevé.
El Hadj Momo Bangoura Secrétaire Général Adjoint du PDG-RDA
Source: Le Démocrate, partenaire de www.guineeactu.com
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