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Tes bras frêles et fringants, soutenus par une charpente entraînante, toute de grâce féline, n’ont pas eu assez de force pour secouer le baobab et son hôte de marque endormi, d’en faire couler la sève nourricière et d’en faire choir ses précieux fruits que sont ses militants. Il t’en faudra plus d’un essai pour en faire tomber quelques feuilles mortes. Même disparu à notre profonde et inoubliable affection, Siradiou Diallo veillera à tenir cet arbre sur ses bases saines et solides, à peine vacillées d’un vent de zéphyr. De tes étreintes incommodantes, ‘’Chef’’ s’est envolé vers ses séductions politiques habituelles, les mêmes. Tu l’as effarouché, toi qui es pourtant plus attachée à ses souvenirs que nous. Mais c’est d’amour fusionnel avec lui qu’il te reconnaît et non d’aventure politique et d’égarement. Tu n’as alors brassé que de l’air fétide, brûlant ton corps d’infidélité au serment fait à sa dépouille, par tes sanglots et ton affliction encore présente dans ton regard, dans le nôtre aussi. Assiatou la rebelle ! Tu en es restée pantoise d’hébétement, seule à broyer déjà du remords d’avoir mal évalué ta cible et les moyens de l’atteindre au cœur. Tu as utilisé les armes dignes d’un hors-la-loi, que tu dis avoir toujours condamnées chez les autres. Mais quand donc as-tu accompli ton devoir de nous contacter, quand coulait le bateau ? Puisque nous n’avons pas souvenir avoir été informés, nous militants de base, des sections, des fédérations, des mises en gade adressées au bureau exécutif, que personne ne revendique clairement, honnêtement. Tous les responsables sont blancs comme neige dans l’affaire, sauf un d’entre vous, bien sûr. C’est normal, il est à la tête. Peut-être, parce qu’il n’y avait rien à dire au grand jour, tu ne pouvais nous tenir au courant de rien. Ne sommes-nous donc rien pour toi, dans le Parti, toi qui es plus proche de nos préoccupations en France ? Sans doute, seuls ne pèseraient dans ta balance des considérations que tes propres exigences. Mais alors, il ne reste plus à ta raison, un moment égarée de sa droiture, de se remettre de ses absences et de te guider à nouveau sur la voie de la sagesse, la seule qui assure la victoire des combats ardus. Qu’est-ce qui t’a prise de défier le diable, de t’engluer ensuite dans la vase d’où tu ne tiens que d’équilibre chancelant et d’où tu cours le risque insensé de voir se déverser sur toi un torrent de désapprobations ? Il te faudra du temps, un long temps d’angoisse, pour te débarrasser de la gangue de crottes qui ternit désormais ta peau lisse d’ébène sans âge. As-tu pensé à la peine qui nous contriste, à tes amis de toujours, qui ne savent plus quoi faire, mais qui ne te suivront pas dans ta perdition ? Sans doute, je me trompe ; de nous, tu n’as peut-être jamais été. Mépris ou méprise ? Je n’ose retenir ni l’un ni l’autre, afin de garder en moi un doute rassurant. Ah oui, j’oubliais ! En politique, les amis, on les sacrifie aux intérêts personnels, après les avoir voués aux gémonies : la possession du pouvoir n’aime pas le rappel du passé, avec la présence encombrante des vieux potes. Toi aussi, tu auras besoin d’un nouveau clan de fidèles, n’est-ce pas ? Mais même entourée d’affidés plus nombreux que ne sont tes proches, tu trôneras seule dans un océan de désert. Je les vois déjà, les vautours de tous bords, débarqués de tous les courants, de tous les partis, t’envelopper de leurs soutiens « indéfectibles », tous prêts à t’engloutir de leurs voracités. Tu as refusé, je devine, au nom d’un compte personnel à régler, indicible, de déglutir la salive de colère qui a longtemps obstrué ta glotte. Mais vite, avec modestie, tu apprendras avec nous, même avec l’expérience des ans accumulés, qu’en politique et en tout d’ailleurs, il n’ y a pas de honte à ravaler parfois un peu de crachat, qui se laisse échapper de la langue et des lèvres. Que t’importe, du reste, de grandir d’abord à l’ombre douce, avec nous, avant de t’élever plus haut dans la cime verdoyante, exposée à tous les malheurs, à tous les coups bas ! Tu aurais dû, au moins, nous annoncer ton envol, ton vol d’Icare qui, j’espère, ne te fera pas perdre tes ailes de cire. Excuse-moi, si je te fais mal en te le disant, mais je ne te perçois pas autrement qu’en femme sans conviction politique cohérente, entraînée dans un assemblage hétéroclite d’idées et de projets imprécis. T’en rends-tu compte quelquefois ? En tout cas, tu es trop proche d’une réalité que tu nous dis ne pas comprendre, parce que loin du pays, comme si nous n’étions pas aussi de là-bas ; alors que nous avons l’avantage d’avoir beaucoup plus de recul que toi, de distance, pour mieux appréhender la situation sur place. Nous ne sommes d’aucune chapelle, d’aucune combine particulière. Nous ne sommes que de la légalité et pour un recours aux outils démocratiques de l’UPR, que tu ne t’appliques pas toi-même en la circonstance. Tu as utilisé une procédure pire que celle que tu prétends combattre : un putsch mal ficelé de cordages vengeurs, diviseurs, destructeurs, de déluge qui pourrait tout emporter, toi comprise. Bon sang, où as-tu appris ça ? Ton combat était le nôtre, tant qu’il était légaliste et loyal. Mais, vois-tu, tu as mis à mal notre disponibilité à l’amitié qui nous lie à toi, qu’ensemble, nous avons entourées de confiance réciproque, autour de ce que nous croyions être des idéaux communs. La traîtrise, ou la trahison, qui a encorné la sincérité de nos sentiments ne convenait pas à ta nature. Tu ne peux être Cléopâtre, l’unique. Ton destin est ailleurs que dans de sombres coulisses de la politique. Reste Assiatou de nos cœurs, femme plus d’instinct, d’émotion, de sensibilité, que de raison raisonnante, en mal être de partout ! Amicalement ! Tolomsè CAMARA pour www.guineeactu.com Créteil, le 24 avril 2008
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