Ibrahima Ly est un homme politique et un éminent révolutionnaire malien .Il est né en 1936 à Kayes. Après les études secondaires au célèbre Lycée Terrassons des Fougères à Bamako, il poursuivit ses études supérieures à Dakar, puis à Toulouse et couronna son parcours par un DEA de mathématiques obtenu à la Sorbonne à Paris.
Parallèlement à un parcours universitaire brillant, Ibrahima Ly fut un patriote engagé dans la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme. Militant actif du PAI (Parti Africain pour l’indépendance), organisation communiste, il fut également responsable de l’USS, de l’AESMF, puis Président de la glorieuse FEANF (Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France) au début des années 60. C’est sous le mandat d’Amady Aly Dieng, puis celui d’Ibrahima Ly à la tête de la FEANF, que les premières dérives dictatoriales du régime du PDG furent énergiquement dénoncées et qu’Amnesty International se pencha sur le sort des prisonniers politiques guinéens (syndicalistes et enseignants arrêtés en 1961).
En 1966, Ly rentra au Mali et fut professeur à l Ecole Normale Supérieure de Bamako. Il apporta son soutien à l’Union Soudanaise RDA pour ses options socialistes et panafricaines. En 1969, il se rendit en URSS et continua ses recherches en Algèbre dans la grande Université d’Etat de Leningrad (actuel Saint Petersburg). En 1973 il décroche son PhD et rejoint le Mali où il reprend ses enseignements à l’Ecole Normale Supérieure.
De juin 1974 à mai 1978, Ly est arrêté et il a connu la prison à cause de ses postures contre la dictature militaire. Libéré, il s’exile à Dakar où il continue à enseigner. Durant son séjour au Sénégal, Ly est constamment resté en contact avec ses amis et les patriotes maliens qui se battent contre la dictature militaire. Hélas, Ly décède en 1989 sans connaitre le printemps malien des années 90 et l’éclosion de la démocratie. Toute sa vie durant, Ly a lutté pour l’avènement d’institutions démocratiques dans son pays sans jamais mettre en avant une quelconque ambition personnelle.
Ibrahima est également un écrivain engagé qui nous a laissé particulièrement deux ouvrages « Toile d’araignée » et « Les noctuelles vivent en larmes ».
J’ai connu Ibrahima Ly en 1972 à Léningrad où je l’ai rejoint à la Faculté de Maths-Mécanique et nous avons vécu plusieurs mois ensemble à La Cité Universitaire Numéro 8 sise au 50 de la rue Detskaya Oulitza .Les étudiants africains à Léningrad, qu’ils fussent guinéens, maliens ou sénégalais, tous éprouvaient un sincère et profond respect pour Ly qui était pour eux non seulement un exemple de haute probité morale, mais aussi un grand frère. Et quel grand frère ! Il m’a laissé le souvenir impérissable d’un homme d’une grande rectitude morale et intellectuelle, humble, discret, fidèle en amitié, reconnaissant et profondément engagé pour la libération de son peuple. Quand il est rentré au Mali, j’ai entretenu une brève correspondance avec Ly Ibrahima interrompue suite à son arrestation. Dans ses lettres, il ne manquait pas de me faire part des énormes difficultés qu’il rencontrait pour joindre les deux bouts afin de subvenir aux besoins de sa famille. Il me faisait également part des difficultés qu’il rencontrait pour encadrer ses étudiants en l’absence de documentation adéquate dans les bibliothèques à Bamako. Je conserve encore une lettre où il relate en détail tous ces menus et lancinants soucis.
Aujourd’hui, à l’heure où des personnes en mal de notoriété se réclament comme ancien président de la FEANF, l’exemple d’Ibrahima Ly mérite d’être souligné. Nous devons tous honorer la mémoire du grand patriote africain que fut Ibrahima Ly, à l’image du Camerounais Osendé Afana et de bien d’autres. Précisons qu’un lycée porte le nom d’Ibrahima Ly à Bamako. Retenons de cet homme son grand esprit d’abnégation, son extrême humilité, sa noblesse de caractère, sa grande intégrité dépourvue de tout esprit mesquin ou manipulateur et par-dessus tout, sa constance et sa fermeté désintéressées dans la défense des libertés démocratiques.
Que Dieu lui pardonne et lui réserve une place au Firdaous ! Amen !