Depuis l’étranger le président de l’UFDG (Union des Forces Démocratiques de Guinée) multiplie les diatribes contre les dérapages du nouveau régime guinéen. Devenu opposant par la force des choses, Cellou Dalein Diallo interpelle le président Alpha Condé et le rappelle à l’ordre suite à certaines dérives constatées. Mais aussi, il brandit la menace de boycotter les futures législatives, si jamais Lounseny Camara est maintenu à la présidence de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).
Le président de l’UFDG a fait cet aveu le dimanche, 13 février dernier, lors d’un grand meeting qu’il a tenu à Paris. En présence de certains de ses alliés de l’alliance Cellou Dalein président, notamment Abé Sylla de la NGR, Fodé Mohamed Soumah de la GECI et de nombreux militants et sympathisants du parti, venus lui réitérer leur soutien. Contrairement à ses meetings récemment tenus à Bissau et Banjul, ce meeting de Paris avait l’air d’une autopsie des premiers actes posés par le nouveau régime. Un véritable ‘’examen de sang’’ pour tirer un bilan à mi-parcours des trois mois de gestion d’Alpha Condé. Cela en attendant la fin des 100 jours de l’état de grâce. Pour certains, Cellou est vite allé en besogne. Mais pour le leader, mieux vaut parer au plus pressé, pour ne pas être amené plus tard à jouer pompier. Comme cela a toujours été le cas en Guinée. Et comme on le voit, Cellou n’est pas allé de main morte pour dénoncer ce qu’on pourrait appeler les premiers ‘’couacs’’ du régime Alpha. Puisque pour lui, il n’est plus question de cautionner une autre « dictature » en Guinée. Qui pourrait hypothéquer les acquis démocratiques. Obtenus au prix d’énormes sacrifices consentis par les Guinéens.
Lors de ce meeting, le leader a déploré les « violations flagrantes » des lois de la constitution. Notamment dans les nominations aux emplois civils. Cellou Dalein se dit surtout inquiet quant à la capacité d’Alpha Condé de pouvoir restaurer « l’Etat de droit » en Guinée. « Si j’en juge par rapport aux actes posés après trois mois, j’ai plutôt des inquiétudes… », a-t-il souligné sur les ondes étrangères.
Pour revenir au meeting de Paris, il dira que : « les exactions du gouvernement d’Alpha Condé nous interpelle tous ». Ceci, explique-t-il, pour éviter que la Guinée ne sombre dans une autre « dictature », qui bafouera les acquis démocratiques.
En s’exprimant sur les futures élections législatives qui se profilent à l’horizon (la date n’est toujours pas fixée), le leader de l’UFDG exige qu’elles soient organisées dans le délai légal, qui est de six (6) mois. « Il faut que le gouvernement et les partis politiques discutent pour fixer cette date à l’intérieur du délai légal. Parce que dans la mesure transitoire de la nouvelle loi fondamentale, il est dit que les élections législatives doivent avoir lieu 6 mois après l’adoption de la nouvelle Constitution », rappellera-t-il. Cette injonction de Cellou semble répondre à la volonté d’Alpha Condé de reprendre le recensement. Mettant ainsi en cause le fichier électoral utilisé lors des précédentes élections précédentes. Mais pour Cellou, il n’est pas question de refaire le récemment avant les législatives, si ce n’est la volonté des nouvelles autorités d’orchestrer des faraudes.
Par ailleurs, le président de l’UFDG met en doute la configuration actuelle de la CENI. Qui se trouve, depuis le départ anticipé du général Siaka Toumany Sangaré, dirigée par Lounseny Camara qui a récemment organisé un ‘’simulacre’’ d’élection pour « s’autoproclamer » président de l’institution. Or pour Cellou, il n’est pas question d’aller aux législatives avec Lounseny Camara comme président de la CENI. Il jure la main sur le palpitant de boycotter les élections si jamais l’homme qu’il considère comme un activiste du RPG (parti au pouvoir) préside l’institution. « Nous n’accepterons pas la présidence de Lounseny Camara. Il a fraudé au premier tour, il a fraudé au second tour. Il est condamné. Pour favoriser la fraude qu’il avait préparée, Lounseny Camara a fait disparaitre des ordinateurs, plus de 50 ordinateurs préalablement programmés », rappellera-t-il. Et de prévenir en ces termes : « nous n’irons pas aux élections législatives avec un président de la CENI partisan. Nous voulons un président consensuel à la CENI ».
L’on se souvient qu’entre les deux tours de l’élection présidentielle, Lounseny Camara avait aussi été l’objet d’une véritable controverse. Cette situation avait défrayé la chronique durant des semaines en Guinée. Il a fallu la nomination du malien, le général Siaka Toumany Sangaré pour calmer les esprits. Quant à Lounseny Camara et à Hadja Mame Camara, ils furent nommés respectivement 1er et 2e vice-président de la CENI. Mais dès après les élections, le général Toumany a été remercié par le président élu Alpha Condé. Qui estime qu’il a déjà accompli sa mission.
Et depuis, le sieur Lounseny Camara assure l’intérim avant de « s’autoproclamer » tout récemment comme président de la CENI. Ce qui remet encore le scenario de l’entre-deux-tour sur la sellette. Mais cette fois-là, avec un des leaders en position stratégique de chef d’Etat. Il reste donc à savoir si Alpha Condé cédera aux exigences du chef de file de l’opposition guinéenne. En tout cas, la bataille pour diriger l’Assemblée Nationale s’annonce déjà rude entre les deux camps. A côté d’eux, les ‘’petits partis affûtent les armes’’. L’opposition multiplie les pressions, tandis que la mouvance joue à la prudence. Or seules les élections pourraient les départager.
Samory Keita
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com