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Dame Rabiatou Serah Diallo et le CNT n’auront pas eu à cautionner l’emprunt obligataire des 500 millions d’euros qui auraient été mangés à quelle sauce ? Nul ne le sait. Mais ne réveillons pas les morts. Tel n’est en tout cas pas le propos de ce papier. Heureusement que M. Gandhi Barry, en bon citoyen, nous a donné, preuve à l’appui, toutes les raisons valables de refuser cet emprunt obligataire, tout en n’omettant pas au passage de faire avec pertinence la lumière sur toutes les zones d’ombre liées à ladite mort-née opération d’emprunt obligataire. Dieu garde longtemps encore de tels éclairés pour qu’ils continuent à nous guider.
Diversion ou pas, le rigorisme feint qui voulait l’approbation populaire (par le parlement à priori) auquel on a voulu nous faire croire, n’aura tout simplement pas lieu : Pour trouver l’argent, vu qu’il n’en avait pas (Mais bien pourquoi ? Et comment ? Est-on en droit de se demander ? Konaté, Dadis, tout le CNND, nos illustres précédents gouvernements pourraient peut-être nous aider à répondre.) afin de mettre en application son « plan d’action visant, entre autres, la réconciliation et l’unité nationale (« on en reste bouche bée » pour parler comme M. Gandhi tant on est aux antipodes de ce noble idéal pour l’instant), l’édification d’un État de droit (dont M. Resco Camara en digne représentant) ainsi que le redressement économique et financier du pays (grâce à l’aide inconditionnelle et sans faille d’Ali Baba et sa horde inspirés du « discours programme » de la rencontre d’AC avec les opérateurs économiques au palais du peuple ) », bref , « le changement » attendu comme le Messie, le gouvernement s’est débrouillé autrement …
… Le gouvernement avait donc son plan B pour renflouer les caisses vides de l’Etat.
Je rappelle qu’il est tout à fait normal, voire vital, qu’un gouvernement mobilise des ressources pour assurer le fonctionnement de l’Etat. Reste à savoir la manière de le faire.
En lieu et place des 500 millions d’euros on apprend qu’après « près deux mois de négociations, le gouvernement guinéen a décroché (…) vendredi 22 avril 2011, la bagatelle de sept cent millions de dollars avec Rio Tinto en lui cédant les blocs 3 et 4 du mont Simandou. Le contrat a été signé au domicile du Président guinéen (le lieu ne vous aura pas échappé, j’espère. "L’Etat, c’est moi. Moi, c’est l’Etat") à Kipé par le ministre des mines Mohamed Lamine Fofana, le ministre du budget Mohamed Diarré et par Allan Davies, directeur à l’international, mandaté par le conseil d’administration de Rio Tinto »
La problématique des matières comme politique de développement
Ce Contrat minier, le plus gros de l’histoire minière du pays, aurait pour avantage :
- La réalisation d’infrastructures. « L'accord (…) permet également [à l’Etat guinéen] de posséder à terme 51% de la voie ferrée et du port [qui seront construits], le plan de Rio Tinto prévoyant la construction d'une voie ferrée industrielle dédiée de 650 km comprenant 21 km de tunnels et traversant la Guinée jusqu'à la côte. »
- De l’argent frais à l’Etat guinéen devant lui permettre de lancer enfin des chantiers d’utilité publique.
- A court-terme, des injections de devises pour surtout enrayer l’inflation et stabiliser le franc guinéen qui n’a cessé de dégringoler.
- A long-terme, « des royalties s'élevant à 3,5% devront également (…) être versées [à l’Etat Guinéen] pendant la durée d'exploitation de la mine. »
L’on devrait tout de même être en droit de faire, par prudence, ne serait-ce qu’un certain nombre d’observations qui s’imposent :
1- Quelle gestion surtout sera faite de ce pactole ? Les précédents ne manquent pas : le projet Garafiri et son budget pharaonique, la faramineuse cagnotte collectée lors de la qualification du Syli national à la CAN fin des années 1990 sous Lansana Conté entre autres.
2- Vu le déficit abyssal de l’Etat et le délabrement du pays, le magot est-il suffisant pour redresser économiquement et financièrement la Guinée ? Dont l’économie, on le sait, est globalement dépendante de l’extérieur. Il serait naïf de se contenter de quelques clinquantes infrastructures réalisées ici et là dans le sillage de cette affaire. En un mot, 700 millions $ U.S peuvent-ils résoudre tous les problèmes de pauvreté, de croissance, de sous-développement de la Guinée ? Concrétiser ainsi notre rêve de… changement ?
3- « Le Gouvernement guinéen prévoit de créer une entreprise minière d'État pour détenir sa participation » stipule une clause du contrat. L’idée en soi est plus que salutaire. Mais attendons surtout de la voir vite se concrétiser.
4- La fortune et les matières premières ne sont pas éternelles, encore que ces dernières valent quelque chose. Avons-nous pensé à l’après matières premières? Comment ferons-nous ?
5- Quel héritage laisserons-nous aux générations futures de nos enfants et petits-enfants ? « Les analystes estiment que le gisement de Simandou pourrait produire 200 millions de tonnes de minerai de fer par an (!) »
6- Que ferons-nous lorsque qu’un jour nous aurons à nous développer par nous-mêmes (à moins de ne pas y croire), vu qu’ « on ne bâtit pas sur du sable mouvant » ? Aurons-nous alors assez de matières premières ? Avons-nous réfléchi ? S’il faut (pour les points 5et 6) tout le temps résoudre les difficultés conjoncturelles par la concession des richesses de notre sol et sous-sol.
L’acquisition de notre fer par le mastodonte Anglo-australien Rio Tinto pose avec acuité la problématique de l’exploitation de nos ressources naturelles pour le développement. Tout comme pour l’ensemble des pays africains en voie de développement : La stratégie matières premières au cours volatile contre capitaux financiers est-elle viable à long-terme? Quel équilibre optimal de Nash peuvent trouver les parties ? En attendant la réalisation du transfert de technologies du Nord ? N’est-il pas sinon plus rentable pour ces pays-là (y compris la Guinée) de transformer sur place leurs ressources (qui leur reviendront en produits finis plus chers) ? Au lieu de les exporter.
Recourir à chaque fois que ça va mal à nos ressources naturelles, voire les brader, dans l’optique d’une gestion prospère incertaine est tout simplement la voie royale de « l’économie de l’apocalypse » ; compte tenu du contexte politico-social actuel de notre pays. Rien n’indique pour l’instant qu’Alpha Condé veuille redresser ce pays qu’il a « hérité et non d’un Etat ». Selon L’INSEE (Institut National Français de la Statistique et des Etudes Economiques), moins les ressources, c’est la cohésion sociale qui importe pour le développement d’un pays. Ce qui est loin d’être le cas pour le moment de la Guinée.
Tant mieux si cette manne financière est bien gérée et qu’elle sert à amorcer enfin le décollage tant espéré de notre pays – c’est ce que nous espérons tous. Mais si c’est pour ragaillardir AC en le rendant à nouveau provocant et lui permettre de continuer à narguer les gens (notamment à faire la guerre aux commerçants et cambistes peuhls) et opposer les Guinéens les uns contre les autres… Et donc, si ces 700 millions $ U.S c’est pour détruire une certaine ethnie comme AC est déterminé à le faire... On pourra toujours continuer à réfléchir à ces propos du sage : « L'argent qui corrompt (…) ne laisse intacte que la misère » et, j’ajoute, la désolation et d’amers regrets au final.
Oury Baldé
www.guineeactu.com
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