mercredi 9 septembre 2009
6e réunion du GCI : Un cuisant échec
Mohamed Ibn Chambas

Le Groupe International de Contact sur la Guinée avait promis de clore les travaux de sa 6e réunion d’évaluation du processus de transition par une conférence de presse. Cependant, dépités sans doute par l’ambiance délétère qui règne en ce moment au sein de la classe politique, Mohamed Ibn Chambas et ses pairs ont quitté Conakry sur la pointe des pieds.

Ceux qui s’attendaient à ce que la 6e réunion du Groupe International de Contact sur la Guinée se solde par un dénouement de la crise qui affecte le processus de transition ont été désabusés. C’est le moins qu’on puisse écrire suite au constat d’échec établi par le Groupe International de Contact lui-même dans le communiqué final qui a sanctionné ces travaux.

En effet, le GCI reconnaît « lors des consultations avec les parties prenantes guinéennes, y compris le président du CNDD, avoir été confronté à de nouvelles réalités en ce qui concerne le principe de la non candidature aux élections du président et des membres du CNDD, ainsi que du Premier ministre ».

Il affirme en outre, « regretter l’absence de consensus sur le Conseil National de Transition et a déploré les entraves à la liberté d’expression des citoyens, des média et des partis politiques ».

Mohamed Ibn Chambas et ses pairs considèrent qu’une telle remise en cause des engagements antérieurs du CNDD contrevient aux fondements du partenariat établi avec la communauté internationale en vue du retour à l'ordre constitutionnel.

« À la lumière de ce nouveau contexte, le Groupe estime nécessaire de procéder à des consultations en vue de prendre les décisions appropriées ».

A l’allure où vont les choses, nombre d’observateurs assimilent dorénavant la mission du Groupe de Contact en Guinée au tonneau des Danaïdes. Avec les palinodies du chef de la junte concernant la présidentielle de 2010, c’est tout le processus de transition qui est remis en cause. Le capitaine Moussa Dadis Camara ne semble d’ailleurs pas s’émouvoir par les menaces proférées par Mohamed Ibn Chambas en ce qui concerne le gèle de l’aide des partenaires au développement au cas où il confirmait sa candidature à la prochaine présidentielle.

Le chef de l’Etat aurait dit au Groupe de Contact lors de l’audience qu’il leur a accordée en marge des travaux de la 6e réunion, qu’il n’a à ce jour « mangé que l’argent de Kadhafi ». Des propos qui sonnent comme un défi face à ceux qui brandissent l’épouvantail de l’aide financière pour rappeler la junte à l’ordre.

C’est le lieu de dire que la suspension de l’appui matériel au processus électoral à elle seule, ne pourrait suffire à dissuader le CNDD à présenter la candidature de Dadis.

C’est en tout cas l’avis de certains observateurs pour qui l’expérience aurait prouvé que les pays où la démocratie est encore en état de balbutiement comme le nôtre pouvaient bien compter sur d’autres « bienfaiteurs » que l’Occident.

Ils citent le cas de la Chine dont la boulimie pour les matières premières, selon eux, contraint ce pays à faire la cours à des Etats comme la Guinée dotée d’énormes richesses minières.

Ainsi la défection des partenaires au développement qui se montreraient trop regardant sur la manière dont Moussa Dadis Camara entend gérer la transition ne pourrait être qu’une sinécure pour la Chine, par exemple.

Sans oublier les pays du Golfe persique qui entretiennent aussi de bons rapports de coopération avec Conakry.

La junte finira certainement par surfer du côté de l’Asie si elle veut accomplir son dessein.

Car avec les bailleurs de fonds, même la France est catégorique sur sa position, appelant le CNDD à respecter ses engagements.

Et dans un communiqué publié au lendemain de la tenue de la 6e réunion du GCI-G, la France rappelle que « la tenue d’élections libres et transparentes en Guinée en 2009 a toujours constitué pour elle, comme pour ses partenaires de la communauté internationale, la priorité ». Elle se dit néanmoins préoccupée par l’enlisement du processus de transition.

Mettant un accent sur « l’ambiguïté maintenue par Dadis Camara sur sa non-candidature ainsi que celle de la junte et du Premier ministre aux élections de 2010, l’absence d’avancées significatives dans le processus électoral et le musellement de l’opinion publique, qui à ses yeux hypothèquent non seulement le retour à l’ordre constitutionnel mais contreviennent aux engagements que la junte avait pris envers la communauté internationale ».

Le communiqué revient sur le constat dressé par le Groupe international de contact sur la Guinée concernant le non respect par la junte des engagements qu’elle avait pris envers la communauté internationale.

Paris insiste sur la nécessité pour la junte de tenir ses engagements « sinon elle conduira la Guinée sur la voie de l’isolement et des sanctions ».

Si l’on n’y prend garde, l’entêtement de nos dirigeants pourrait bien nous mener vers la voie de la rupture avec nos principaux partenaires au développement, notamment l’UE et les Etats-Unis.

Tout cela ne serait ainsi que le résultat de manœuvres tortueuses de certains prébendiers du régime.


Mamadou Dian Baldé

Le Démocrate, partenaire de ww.guineeactu.com

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Vos commentaires
Ollaid, mercredi 9 septembre 2009
Une chose est certaine: la Guinée n`a pas les ressources de se passer de l`Occident. Si des sanctions telles qu`interdictions de voyager et gel des avoirs des membres du gouvernement et du CNDD mettraient Dadis en difficultés car les civils qui l’entourent lui permettant de “gouverner” qui ont comptes bancaires, biens immobiliers et surtout famille à l’étranger ne pourraient montrer de la même défiance que Dadis. C’est la part que la Communauté Internationale peut et doit jouer et sur le plan intérieur, ce sera notre responsabilité de s’opposer à Dadis si lui et le CNDD sont toujours aux commandes après septembre 2009 sans revenir sur sa décision d’être candidat.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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