jeudi 7 octobre 2010
50 ans après, mon Afrique fait le bilan de son jubilé d’or
Jean-Baptiste Kolié

1956, 1957, 1958, 1960, 1962, 1966… c’est l’avènement des indépendances en Afrique. Dans la majorité des cas on est en moyenne à 50 ans. L’âge d’or dit-on ! J’entends ainsi un âge qui ressemble à de l’or, ce métal précieux de grande valeur. Pour un individu dont la vie est comptée de zéro à cent, ce pourrait être la plénitude, vraiment. Mais pour un peuple dont la vie va de zéro à l’infini, que dire ? C’est plutôt perplexe ! Surtout à l’analyse des vécus de chaque peuple à travers le monde des hommes. Toute une complexité !

Toute fois, 50 ans méritent un bilan. Un bilan d’or serait l’idéal ! C’est ce qui conviendrait pour que le jubilé cinquantenaire brille de tout son éclat d’or.

Ainsi pour les pays africains, ou globalement pour l’Afrique, il faut faire l’état des lieux du cinquantenaire d’indépendance. Quelle indépendance ? Devons-nous dire indépendance politique ou indépendance économique ou même indépendance culturelle ? Disons tout court INDEPENDANCE pour ne pas rentrer dans les tergiversations. Car en mon sens, on ne peut pas parler d’indépendance en séparant politique, économie et culture ainsi que tout élément qui y entre. Le terme est global. L’essence même du concept étant la LIBERTE, il revient à chacun d’assumer ses responsabilités. Laissons donc de côté la décortication des mots et lisons plutôt le bilan que présente l’Afrique cinquantenaire. Ce bilan est-il en or et brille-t-il d’honneur ? Ou bien est-il décevant ? Parcourons-le sommairement !


Sur le plan politique :

C’est la démocratie en vogue. Elle est dite ‘’démocra-dynastie’’ dans certains pays comme le Gabon, la Libye, le Togo…, ‘’démocra-génocide’’ dans d’autres comme le Rwanda…, ‘’démocra-ethnique’’ comme en République de Guinée…, ‘’démocra-à-vie’’ comme au Cameroun, au Mozambique…, ‘’démocra-rébellion’’ comme au Libéria, en Sierra-Léone, en RDC, en Côte d’Ivoire…, ‘’Coup-démocra-Etat’’ comme au Niger, en Gambie…, ‘’démocra-médiation’’ comme au Burkina Faso, au Sénégal…, ‘’démocra-tricherie-corruption’’ comme au Congo, au Nigéria… et blablabla… partout en Afrique. Mais c’est très difficile de classifier. Sincèrement, il faut être doué, vraiment bien doué de bien distinguer les unes des autres car beaucoup embrassent plusieurs démocraties à la fois ou bien les traversent étape après étape. On évolue graduellement. Souvent ça commence par un ‘’Coup-démocra-Etat’’ ou une ‘’démocra-tricherie-corruption’’ et paf au bout d’une longue carrière démocratique, on s’érige en ‘’démocra-médiation’’ qui est la forme la plus rusée possible. A ce niveau toute notre histoire est plutôt noyée dans notre nouveau rôle de médiateur de tous les conflits environnants. Et là on est encensé. Mais il faut savoir en arriver là, sinon on demeure à une autre étape. Au sommet de toutes ces démocraties, ce sont de sacrés hommes politiques qui mènent le bateau, disons le pays à la dérive, pardon à la rive. Leur pouvoir est à vie. Qui est fou si surtout on sait comment on y est arrivé. S’ils ne terminent pas eux-mêmes le plan diabolique établi par suite de mort, leurs fils sont propulsés à leur place. Que de chemins de pouvoir bien curieux ! Ces patrons marchent sur le tapis présidentiel rougi par le sang de leurs victimes. Ces grands mentors sont ironiquement bien courtisés par les complices amis qui ont toujours soutenu leurs coups bas et/ou surveillé leurs élections truquées à travers leurs représentants et les observateurs des Nations Unanimes à l’exploitation des plus cons, pardon par les observateurs des Nations Unies contre la fraude au détriment des plus pauvres. Je ne sais pas si des élections sont supervisées par ces observateurs ailleurs hors Afrique comme en France, en Allemagne, aux USA, en Grande Bretagne, en Chine au Japon… Ou bien c’est seulement en Afrique où s’applique leur mandat. C’est curieux ! De toutes les façons si quelqu’un se fait chaussure on la porte au pied. Bien sûr ! En tout cas je serai étonné que la priorité d’un pays européen soit la supervision d’élection en Chine. A moins que l’on me dise le contraire. Mais en Afrique c’est la priorité des affaires étrangères européennes et nord américaine. Une telle préoccupation au nom de la communauté internationale. Mais quelle communauté internationale ? Vraiment curieux ! Et dans tout cela les intellectuels africains brillent avec leur silence coupable et complaisant.


Sur le plan socio-économique :

C’est curieusement le premier continent de l’extrême pauvreté. Un grand contraste par rapport à la bonté de la nature à son égard par la richesse de son sous-sol et de son sol. L’Afrique ne connait presque pas les calamités naturelles comme celles qui s’abattent sur l’Asie ou d’autres régions glaciales. En général l’Afrique ne connait pas les marées violentes, les séismes et volcans destructeurs. Bien sûr qu’il y en a aussi : le désert est invivable, le sahel est pauvre. Mais la nature est beaucoup plus clémente envers l’Afrique comparée à d’autres régions. Pourtant ses infrastructures économiques sont les plus faibles. L’industrie y est encore primaire. Les richesses tirées de son sous-sol sont traitées ailleurs. L’énergie n’est pas encore domptée et y manque cruellement. Cette insuffisance économique généralisée a pour corollaire des crises sociales les plus aigues. La guerre, la rébellion, la corruption, la mal gouvernance… sont les maux courants. Le niveau d’accès aux services sociaux primaires est l’un des plus bas. C’est le continent des maladies. Le SIDA y sévit avec fureur, le paludisme y est familier, la mortalité infantile fait rage. La mortalité maternelle est encore un fait courant. L’espérance de vie est des plus basses de la planète. Le chômage des jeunes est cruel, ce qui pousse ces derniers à s’en fuir vers d’autres cieux avec le statut dégradant de sans papier. Quant à la culture, elle s’effrite à grands pas. Tout ce qui se produit ailleurs est embrassé comme signe d’émancipation et de modernisme pour compenser la perte de pouvoir politique et économique. Et maintenant, la prostitution, l’homosexualité, les mariages sur contrat à durée déterminée, les divorces, la crise de la famille et tout ce que l’on connait du monde des grandes libertés envahissent l’Afrique peu à peu. Tant pis pour les traditions africaines. Bon ben… l’objectif depuis la nuit des dominations est de civiliser l’Afrique, n’est ce pas ? Alors nous y sommes !

Qu’a donc offert l’Afrique à son jubilé d’or ? Fierté ? Humiliation ? Les fêtes jubilaires se sont déroulées dans beaucoup de pays sur les décombres des innocents et victimes d’exaction et dans une pauvreté extrême. Pour faire porter cette responsabilité on me dira : oui l’Afrique est toujours victime des coups bas des anciens colonisateurs. Les francophones ont même trouvé le terme malicieux de ‘’Françafrique’’. On oublie que quasi toutes les nations sont sorties d’une colonisation quelconque perpétrée par d’autres. Même s’il est vrai que ces peuples ont passé des siècles pour construire ce qu’ils sont maintenant, aujourd’hui peut on admettre de passer les mêmes temps, des centaines d’années pour se reconstruire ? La globalisation et la vitesse de propagation des progrès d’aujourd’hui n’avaleront pas cette patience. C’est aux victimes donc de s’imposer plus d’exigences pour sortir de leur décombre, du tunnel. Personnellement je me dis que l’Afrique est traitée selon la mesure qu’elle apporte sur le marché mondial, qu’il soit politique ou économique. L’Asie a connu la colonisation, mais devant sa montée sérieuse l’Europe et l’Amérique du Nord tremblent. Pourtant un pays comme la Chine est indépendante seulement en 1949 alors que l’Ethiopie l’est depuis 1896. Les Emirats Arabes Unis quant à eux sont indépendants seulement en 1971, mais aujourd’hui, ils ont planté la tour la plus haute du monde. Qu’ont il fait ces pays ?

Les grandes nations sont celles-là dont les gouvernants ont écouté les aspirations propres de leurs peuples, Des gouvernants qui ont su reléguer leurs intérêts individuels au profit du bonheur et de la fierté de leur peuple. Pour ceux-ci la patrie est la plus importante. Les USA n’ont pas bâtit leur puissance en écoutant ce que leur a dicté l’Europe. La France en prenant la décision de faire tomber la Bastille le 14 juillet 1789, n’a pas eu la préoccupation de se faire ami de l’Allemagne ou de la Russie, mais plutôt pour le bonheur du peuple français. Les constitutions qui garantissent aujourd’hui la bonne gouvernance de ces pays n’ont pas été signées par un roi, ni un chef d’Etat, à plus forte raison un simple responsable intérimaire. Si je me trompe, informé, s’il vous plaît ! Les peuples de ces grandes nations ont voté ce qui émanait de leur volonté. En Afrique on est plutôt préoccupé par ce que diront les USA et l’Europe. C’est très intéressant ! Voyez ! Les points de vue du ministre de la coopération de Londres sur le compte du Nigéria, le désir du ministre français des affaires étrangères sur la Guinée, ont plus leur pesant d’or. Pendant que ceux que disent les citoyens nigérians et guinéens sont tout simplement du vent et sont sans effet. C’est curieux non ?


De qui dépend donc le bilan cinquantenaire de l’Afrique ?

Ne revient-il pas aux africains eux-mêmes de se pencher sérieusement sur leur situation ? Encore une fois si tu te fais chaussure on te porte aux pieds. Et pire si tu te fais boue, on te marche dessus. Bien évidemment, l’Afrique ne peut s’enfermer sur elle-même, comme n’importe quel autre continent d’ailleurs. La solidarité internationale est nécessaire et même indispensable. C’est une règle élémentaire de la vie en société. Chacun apporte à l’autre et reçoit de l’autre. Mais cela ne veut pas dire que c’est à l’autre la solution à ton propre problème. Comment gérons-nous nos relations interpersonnelles, faisons-y un tour ! Celui qui s’offre est exploité ! Oui ou non ? Alors que voulez-vous d’une relation inter-nation ?

Africain ! Quelle fierté as-tu laissée à ton petit adolescent, à ta petite adolescente? Que disent-ils ces pauvres enfants devant le petit fortuné américain ou suisse ? Que veux-tu laisser en vérité à tes descendants ? Sais-tu sincèrement que la lutte de l’existence sera très ardue demain pour ces pauvres qui naissent aujourd’hui, qui naîtront demain, à cause de ce que nous infligeons aujourd’hui comme dommage écologique et culturel à notre monde ? Ces progénitures, s’ils avaient la possibilité de choisir leur lieu de naissance, choisiraient-ils ta chère Afrique ? Est-ce bien cela le visage que tu veux qu’on retienne de toi et de la patrie de tes pères, cette belle Afrique, jadis ? L’Asie a longtemps compris que son propre devenir dépend de sa propre détermination. Elle y est presque, alors à quand, à quand ma chère et belle Afrique ?


Jean-Baptiste Kolié


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Jean Baptiste KOLIE, lundi 11 octobre 2010
Cher Monsieur A.O.T. merci à vous et aux autres aussi pour les commentaires. En fait je ne suis pas afro pessimiste. C`est même la raison pour laquelle je nous invite avec cet article. Effectivement nous pouvons! Oui nous pouvons! Mettons-nous ensemble et ramenons ceux qui veulent nous diviser à la raison et surtout disons à nos politiciens que maintenant nous ne pouvons plus les laisser nous humilier à la face du monde- Courage à tous les africains!
serge, samedi 9 octobre 2010
ces genres d`articles est consideré bidons aux yeux de certains nostalgiques qui sont tellemnt encré sur leur replis identitaire, qu`ils ne voient que tout sur le mauvais angle.
GilBlack, vendredi 8 octobre 2010
Excellent Jean-Baptiste!!!No comment sinon que l`elite africain a purement et simplement retourné sa veste contre les attentes du PEUPLE.D`ou la desillusion,le desenchantement...Chapeau bas!
AbdoulRahmane Diallo, vendredi 8 octobre 2010
J`apprecis bien vos analyses.
A.O.T. Diallo, vendredi 8 octobre 2010
Mon cher Jean Baptiste en te lisant je me dit que tu es surement très intelligent et analytique mais un peu trop "afro-pessimiste". Tu as bien raison de dire qu`on ne peut se défendre aujourd`hui`hui en disant que c`est la faute des colons; mais il est vrai aussi que nos indépendances sont dues surtout aux refus des parlements européens de continuer a financer directement leurs colonies alors que les pouvoirs en place ne le souhaitaient pas du tout. Je reste persuadé que De Gaule et compères ont choisi exprès des minables a leurs bottes pour les mettre au pouvoir afin d`être surs que nos pays avanceraient a pas de caméléons et avec des pouvoirs d`incapables. Les métropoles occidentales étaient remplies de vrais intellectuels africains mais ils ont préféré donner le pouvoir a des infirmiers, des postiers, des syndicalistes incultes...ect. Pire ils ont donné a chaque micro-état qu`ils avaient formés depuis Berlin un drapeau, une devise et un hymne nationaux et bonjour la guerre des nouveaux petits despotes pour défendre "leurs indépendances". Le seul bon exemple de refus de ce piège a été la Guinée mais hélas la aussi le petit syndicaliste tordu mis a la tête a commencé par massacrer tous ceux qui auraient pu effectivement lancer le développement que tout le 1/3 monde espérait. Le seul problème de l`Afrique est que les vrais cadres que nous avons actuellement ne sont pas encore aux postes de commande, que la mal-gouvernance est une fierté de nos minables au pouvoir et que la justice et l`état de droit sont interdits car une menace aux cancres en place. L`Afrique commence a le comprendre et les exemples sont maintenant la; cherche bien et tu trouveras au moins 15-20 pays de notre continent qui commencent a vraiment bouger - même le Liberia et la Sierra Leone s`améliorent a vue d`œil depuis 2010!!! Bien sur le dernier fauteuil de la classe est notre lot depuis plus de 50 ans. A nous de changer cela, et A MON AVIS, C`EST FORT POSSIBLE ET FAISABLE...Et vous et nous le pouvons!
Fatoumata, jeudi 7 octobre 2010
Monsieur Kolié, si je pouvais je vous serrerais la main car vous venez en quelques mots de dresser le triste bilan de notre continent. Bien à vous.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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