mercredi 3 mars 2010
2010 : Coupe du Monde, élections, l'année de tous les grands défis pour l'Afrique
Sangare Bachir

L'année 2010 sera une année décisive et riche pour l'Afrique et les Africains, tant sur le plan sportif par l'organisation par le pays de l'arc-en-ciel de l'évènement planétaire sur lequel seront braqués les objectifs du monde entier. Les regards seront donc braqués sur ce pays qui, il y a 20 ans, sortait du régime de l'apartheid, une honte pour l'humanité toute entière. Cette fin de calvaire pour le peuple noir sud-africain, a été marquée par la libération de Nelson Mandela, le 11 février 1990, qui deviendra plus tard président de l'Afrique du sud (…)

Ce sera donc « l'année du cuir rond » sur le continent noir berceau de l'humanité où l'amour du foot n'est plus à démontrer.

Mais les événement qui marqueront plus les Africains en ce début de décennie, ce sont les élections présidentielles qui auront lieu dans au moins 15 pays d'Afrique dans les 3 prochaines année, 2010, 2011 et 2012.

2010 ouvrira ce grand bal électoral sensé marquer un nouveau départ pour les peuples d'Afrique concernés par ces élections. Ces moments fatidiques permettront à ces peuples meurtris de dictature et de coup d'État à répétition de négocier leur entrée pour cette nouvelle décennie qui, il faut l’espérer, nous mettra sur la voie du « pouvoir du peuple par et pour le peuple », en somme la vraie démocratie. Cette vague initiée il y a de cela 20 ans dans la quasi totalité des pays africains peine toujours à se mettre en place. L'état de la démocratie en Afrique laisse toujours à désirer avec entre autres des élections mal organisées, des dirigeants pour ne pas dire chefs de clans, qui modifient à leur guise la constitution de leur Etat pour se maintenir au pouvoir pour, disent-ils « finir ce qu'ils ont commencé et ce, à la demande de leur peuple ». Autres faits, ce sont des meurtriers repentis ayant accédé au pouvoir par le biais d’un coup d'Etat, qui se présentent aujourd'hui comme des défenseurs de la démocratie, ou pire encore des ex-opposants à des régimes totalitaires, devenus actuellement présidents, qui passent par tous les moyens pour se maintenir au pouvoir ou imposer un président à leur peuple respectif aussi nul soit-il.

Le passé, le présent et le futur de la démocratie en Afrique.

C'est au début des années 90 que l'Afrique a choisi la voie de la démocratie en autorisant le multipartisme, bien que la plupart du temps et dans presque tous les pays, celui-ci n'est resté que de façade. 20 ans se sont donc passés depuis et le présent de la démocratie à l'africaine laisse à désirer. Des opposants emprisonnés, des partis politiques interdits d'activités, des manifestations publiques civiles et pacifiques durement réprimées, des décisions judiciaires partiales non fondées sur le droit, la privation de la liberté d'expressions dont autant de faits qui portent atteinte à la démocratie dans les pays africains. On peut donc, en faisant ce constat, dire sans gêne que ce sont tant d'espoirs déçus et un échec retentissant pour les pays africains.

A l'avènement des technologies de l'information et de la communication dont l'internet est le principal moteur, transformant ainsi la qualité et la rapidité de la transmission de l'information et de ce fait le comportement des peuples africains et en particulier sa jeunesse, l'Afrique et les Africains veulent croire en une future Afrique démocratique sans laquelle aucun progrès social ou économique n'est possible. Se payer le luxe de rater ce tournant fondamental pour notre avenir serait sans doute suicidaire. Par contre si nous réussissons à vaincre nos divisions et si nous mettons l'intérêt supérieur de nos pays au-dessus de toute autre considération, l'Afrique pourra ainsi reléguer aux oubliettes, les vraies fausses et inutiles conférences de réconciliation nationale et les instabilités politico-militaires. Pour ce faire, il faudra à l'Afrique des hommes et femmes visionnaires, dévoué(e)s, compétent(e)s, intègres et soucieux (ses) du bien-être sur tous les plans de leurs administrés.

L'ouverture du bal, c'est en 2010.

Ce sont 9 pays qui auront la lourde tâche de se lancer dans la danse des présidentielles pour 2010, l'Angola, le Burkina Faso, la Centrafrique, la Côte-d'Ivoire, la Guinée-Conakry, Madagascar, le Rwanda, le Soudan et le Togo.

1- L'Angola: Au pouvoir depuis 31 ans, et pas une élection depuis 16 ans dans ce pays à cause de 27 années de guerre civile, l'actuel président Edouardo Dos Santos (66 ans) avec son parti, le mouvement pour la libération de l'Angola (MPLA), est candidat à sa propre succession. Dos Santos tentera de faire entrer son pays dans la démocratie s'il réussit à organiser une élection indemne de tout reproche et de tout affrontement à part celui des urnes. Face à lui, 13 partis de l'opposition entendent bien le faire mentir quant à sa promesse de gagner ces élections, en face et haut les mains. Programmé pour novembre 2009, le premier round est reporté de 6 mois à cause notamment de difficultés d'organisation et aura lieu en mai 2010. La manne pétrolière et les diamants du pays attireront sans doute tous les regards du monde pour ces élections car elles conditionneront la santé démocratique du pays.

2- Le Burkina Faso. Venu au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat en 1987 et donné comme partant volontaire, Blaise Compaoré (59 ans) s'est finalement porté candidat à sa propre succession au nom du Congrès pour la Démocratie et le Progrès, son parti. Ce putschiste repenti s'est mué aujourd'hui en artisan de la paix en Afrique de l'ouest à tel point que l'UA l'a mandaté dans le règlement des crises togolaise, ivoirienne et tout récemment guinéenne. Il sera toutefois contré dans son élan de réélection par une forte opposition menée entre autre par Stanislas Bénéwendé Sankara (54 ans), représentant de l'Union pour la Renaissance / Mouvement Sankariste (UNIR/MR). Mais la diversité des candidatures, une quinzaine environ, fera la faveur à Blaise Compaoré lors de cette présidentielle prévue en Novembre 2010. Ce sont, toutefois les « hommes intègres », autre nom des Burkinabés, qui auront le dernier mot.

3- Un matin de Noël 1999, la Côte-d’Ivoire connaissait son premier coup d'État militaire, le Général Robert Gueï, prenait les commandes du pays (...) Depuis cette tragédie, ce sont plus de 17 ans d'instabilité politique que connaissent les Ivoiriens, dont entre autre le conflit politico-militaire débuté en septembre 2002. Plusieurs fois programmées puis reportées depuis la fin du mandat de L. Gbagbo en 2005, les élections sont prévues, selon la médiation burkinabaise, pour fin avril - début mai 2010. A 65 ans, Gbagbo, élu en 2000, entend bien accrocher un nouveau mandat avec le soutien de son parti, le FPI. Bien qu'il en ait déjà fait un deuxième sans qu'il soit élu, en réussissant à repousser à chaque fois les élections. Mais face à lui une kyrielle de candidats dont les principaux ténors sont l'ancien chef d'État, Henry Konan Bédié, HKB (76 ans) du PDCI/RDA. HBK, victime du putsch de 1999, entend bien revenir aux commandes pour remettre la Côte d'Ivoire sur les rails. L'autre ténor de l'opposition est l'ancien premier ministre et ancien DG adjoint du FMI, Alassane Daman Ouattara, ADO (68 ans) du RDR. C’est un autre vieux lion qui dérange de par sa personne et son parti et qui porte un grand espoir pour de nombreux Ivoiriens avec le projet de société qu'il porte « vivre ensemble ». Ainsi donc la dispute sera rude, entre ces 3 grands partis, le FPI, le PDCE/RDA et le RDR. Encore faudra-t-il toutefois que celles-ci soient organisées, mais probablement Gbagbo souhaiterait-il bien organiser les festivités du cinquantenaire de l'indépendance de son pays, prévues en Août, avant de remettre son titre en jeu.

4- La Guinée, selon toute vraisemblance, se dirige vers une élection présidentielle sans précédent. La Guinée est depuis près de 10 ans tombée dans une instabilité politique à cause notamment de la maladie de son feu Président, Lansana Conté. Depuis le 23 décembre 2008, le pays est dans les mains d’une armée qui réprime toute manifestation pacifique de l’opposition et dont le point culminant de la répression fut le massacre du 28 septembre 2009 lors de la manifestation à l’appel des forces vives, composées de syndicats, partis politique, société civile et patronat (…). Depuis Février 2010, le pays s’est engagé dans une transition civilo-militaire dirigée par un général issu de la junte et un premier ministre venant des forces vives. En effet selon les termes de l’accord politique global, aucun homme ou femme du gouvernement, ou de la présidence, ne se présentera comme candidat pour la présidentielle. Ainsi, ne s’affronteront que les partis de l’opposition et ma foi, ils sont nombreux. Parmi cette multitude de partis, il y en a certains qui sont plus représentatifs que d’autres. Ce sont entre autres, le FUDEC, de François Lounsény Fall, l’UFDG de Cellou Dalein Diallo, l’UFR, de Sidya Touré, le PEDN, de Lansana Kouyaté, le RPG, d’Alpha Condé. Le trait d’union de l’ensemble de ces chefs de partis, ce sont tous des ex-premiers ministres des gouvernements de Conté, exception faite pour Alpha Condé, le plus ancien d’entre eux. Le premier tour des élections étant fixé en juin 2010, une vive polémique a été déclenchée par la déclaration du président de la commission électorale nationale indépendante en charge des élections, sur le vote des Guinéens de l’extérieur. Politique vite éteinte par le président par intérim qui s’est prononcé en faveur du vote de ces deniers. Ce qui est sûr c’est que ces élections offrent à la Guinée, pays richement doté de presque tout, une possibilité d’entrer dans une nouvelle ère démocratique, condition fondamentale pour son développement.

5- Les peuples du Togo, du Rwanda, de la Centre-Afrique, du Soudan, de Madagascar seront aussi conviés aux urnes courant 2010. Au Togo, Faure Essozimna Gnassingbé (44 ans) avec son parti le Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir) aura fort à faire devant ces adversaires dont le principal opposant est Gilchrist Olympio (74 ans) de l'Union des Forces du Changement (UFC). D'autres partis politiques de l'opposition joueront les arbitres dans le duel entre le RPT et l'UFC. Les Rwandais se rendront aux urnes en Août 2010, pour élire leur président. Et à cette date, le Président sortant, Paul Kagamé (53 ans) et son parti le Front Populaire Rwandais, qui a beaucoup œuvré à pacifier son pays après le génocide, ne sera pas seul pour briguer un nouveau mandat. Le plus sérieux de ses adversaires est Vincent Birura (52 ans), leader du Parti social-démocrate (PSD) et actuel président du Sénat. D'autres opposants en exil n'entendent pas se faire conter l'évènement et se sont regroupé pour cela au sein de l'ODR (Opposition Démocratique Rwandaise). Avec cette élection, si elle est réussie et c'est tout le mal qu'on souhaite au peuple rwandais, accélèrera la réconciliation nationale entre Hutus et Tutsis condition d'un mieux vivre dans le même pays. En Centrafrique aussi on affute les armes mais cette fois-ci, électorales pour la présidentielle de mars 2010. Le président sortant François Bozizé, entend bien signer un nouveau bail à 64 ans. Arrivé en 2003 au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat renversant Ange Félix Patassé, ce général a créé en 2009 son parti politique en vue de se porter candidat à la magistrature suprême de son pays. Il entend donc croiser le fer, à l'aide de son parti, Kwa Na Kwa (le travail par le travail) avec l'ex-président A. F. Patassé, qui se verrait bien reprendre son activité de président de la Centrafrique, arrêtée brusquement en mars 2003. D'autres candidats se bousculent au portillon de la présidence, dont le chef de l'Armée patriotique pour le rétablissement de la démocratie (APRD) et Jean Jacques Démafouth, un radical opposant très critique en face du régime en place. Là aussi comme ailleurs les nombreuses candidatures sont un obstacle aux choix des 4 millions d'électeurs centrafricains, qui de toute façon auront, espérons-le, le dernier mot. A 66 ans, Omar el-Béchir aux commandes du Soudan, bien que soumis à un mandat d'arrêt international émis par la Cour pénale internationale (CPI) pour «crimes contre l'humanité», est candidat à sa propre succession sous le drapeau de son parti, le Parti National du Congrès, lors des élections générales, présidentielles et législatives prévues cette année. Ce pays, n'a pas connu d'élections générales depuis 1986. Face à lui les adversaires sont nombreux dont la branche politique de l'Armée populaire de la libération du soudan (APLS), un ex-rebelle, Salva Kiir Mayardit (59 ans) vice-président du Soudan, leader du Mouvement populaire pour la libération du Soudan (MPLS), qui milite pour l'indépendance du Sud Soudan. A Madagascar, il y a un fauteuil pour deux à prendre et la dispute sera sans merci entre le président autoproclamé Andy Rajoelina (36 ans) et le président déchu Marc Ravalomane (61 ans). Prévue en Octobre 2010, cette présidentielle ne verra pas seulement comme candidat ces deux hommes, mais d'autres opposants pensent que leur temps est arrivé pour l'accession à la fonction suprême de cette grande île de 20 millions d'habitants.

2010 sera donc une année électorale en Afrique, et ces différentes élections seront un indicateur valable de l'état de la démocratie sur le continent. Si dans certains pays, voir tous, bien que les peuples aient le droit de voter, le malheur qui entache ces élections c'est le pouvoir que se donnent les hommes politiques, de décréter les résultats en faisant abstraction des résultats des urnes. Pour que l'Afrique et les Africains connaissent la paix, le progrès, le bonheur et la joie de vivre, il faudra que nos politiques comprennent que seule la démocratie nous donnera la clé d'une meilleure vie. Vouloir toujours s'accrocher à son poste de chef de l'Etat sans résultats probants sans se soucier du devenir de ces concitoyens est un acte criminel. Vouloir justifier sa énième candidature par la soi-disant «volonté du peuple» ou «demande du peuple » est un acte d'irresponsabilité majeur, indigne de tout homme patriotique.

Cette année électorale montrera la voie aux autres pays qui organiseront en 2011 des élections présidentielles. Ce sont notamment, le Bénin, le Libéria, la Gambie et le Tchad. Le Mali et le Sénégal emboiteront le pas en 2012 pour ainsi clore 3 années successives d'élections africaines.

L'espoir peut être de mise pour le milliard d'Africains, d'entrer dans une nouvelle décennie marquée par une vraie démocratie et où on arrêtera de se tirer les uns sur les autres comme de petits lapins pour qu'enfin nous relevions les immenses défis qui se dressent devant nous : la pauvreté, la malnutrition, les maladies … Nous avons déjà perdu 5 décennies, soit 50 ans, nous avons l'obligation de rectifier le tir pour que les prochaines années soient glorieuses pour le bonheur des Africains.


SANGARE Bachir, Montpellier France


www.guineeactu.com

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Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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