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Les évènements qui ont ébranlé le monde au cours de cette année sont perçus dans leur ampleur de différentes façons et par les différents analystes. Sans prétendre capter les plus marquants, en voici quelques uns qui nous ont polarisé tous azimuts :
L’Afghanistan, qui est bien ménagé par la « communauté internationale » qui ne semble plus « communauté » que le mot. La déliquescence dans le camp des alliés en Irak risque de se transporter en Afghanistan, qui a donné un peu de sa terreur et de sa violence à son voisin, le Pakistan.
Il y a eu spectacle en France dans l’affaire Clearstream quand Nicolas Sarkozy avait promis de pendre Dominique de Villepin à un croc de boucher. Cela avait fait tollé pour dire qu’il veut influencer la justice. C’est l’effet contraire qui a été enregistré puisque Dominique de Villepin qui était arrivé flageolant en victime en était reparti presque droit dans ses bottes et en narguant presque son adversaire. Pour le moins qu’on puisse dire, Dominique de Villepin est un parfait fusible pour protéger le Grand Jacques Chirac car tout semble faire dire que Jacques Chirac, ne voulant pas de Sarkozy ni comme dauphin ni comme successeur, avait quelque chose de près ou de loin avec le dossier de bonne conduite de Nicolas Sarkozy. Mais, dans de tels cas, comme on peut en voir partout ailleurs, la rétractation des témoins met toujours fin à la polémique, du moins momentanément.
Si Clearstream ne peut mener à Jacques Chirac, la Mairie de Paris n’a pas fini de dire tout son secret. Et Chirac, de mal en pis va de procès en procès, et cela nous contorsionne les tripes de voir le grand ami de l’Afrique en découdre avec la justice de son propre pays. Mais il le faut aussi et malgré tout pour une bonne gouvernance. Deux avènements et une grande disparition, pour commencer :
L’élection de Barack Obama et le putsch à la douce qui a projeté la CNDD dans les nuages.
Un Noir à la présidence des USA, qui l’eût crû une année plus tôt, si George Bush fils n’avait pas emmagasiné des déboires dans son aventure cavalière en Irak ? Qu’à cela ne tienne, le rêve de Martin Luther King est devenu réalité vivante pour sortir la grande, fière et hautaine Amérique de son autisme et de son arrogance, cette arrogance qui faisait ombrage à sa véritable démocratie, qui n’est pas encore parfaite malgré tout, selon MR Brokenshire, chargé d’Affaires de l’ambassade américaine à Conakry.
Ensuite, le cadeau de Noël du 23 décembre en Guinée, mais était-ce un cadeau ou une galéjade de l’histoire ? La question reste posée mais plus pour longtemps. Les premiers jours de 2010 vont éclairer la lanterne des Guinéens.
Enfin la disparition de Michael Jackson avec des obsèques de dimension planétaire pour le roi de la pop music, et cela, en dépit des extravagances vite pardonnées par d’innombrables fans à travers le monde.
Une année de calamités :
Des élections truquées en Iran et en Afghanistan et leurs conséquences continuent et vont continuer tout le long de la nouvelle année. Si les fraudes sont indexées avec force du côté de l’Iran, il n’en est pas de même du côté de
Après ceci, le bruit de l’EPAD (Etablissement public d’aménagement de la défense) avec Jean Sarkozy, un gars de 23 printemps qui veut briguer la présidence au nez et à la barbe des barons et dinosaures de l’UMP passibles, flegmatiques et sans ambition apparente. Des réactions de toutes volées ont mis fin à la candidature de Jean Sarkozy. Mais la balle était partie pour faire dire aux Africains que les républiques bananières, il y en a partout et que la vraie démocratie, il faudrait la chercher ailleurs ou l’attendre encore. Et puis, cette démocratie occidentale est bien clémente et indulgente envers les « »grands déséquilibrés » autrement dit les malades mentaux, qui peuvent devenir facilement des grands criminels et des terroristes. Ainsi, Silvio Berlusconi a été atteint en plein dans le mille par un « déséquilibré » avec sa statue, qui ne pouvait pas du tout être considérée comme une arme pour des gens équilibrés. Seul ce « déséquilibré » avait prémédité ce que les hommes dits normaux n’avaient pas vu, à commencer par les services de sécurité.
Et comme ce genre de personnes foisonne dans les grands entourages, c’est une autre déséquilibrée qui a sauté lestement la barrière pour venir plaquer le pape Benoît XVI. Le pape dont on dit pas bien portant pour justifier la célébration de la messe de minuit à 21 heures, s’est relevé comme un avant centre de rugby, tandis que son ailiers s’est retrouvé avec une ou combien de fractures ?
Espérons que Oumar Farouk Abdoul Abdallah, ce Nigérian de 23 ans (encore) soit considéré et vu comme un autre « déséquilibré », un vrai malade mental, qui n’est pas totalement responsable de ses faits et gestes. Mais quel que soit le statut qu’on lui donnera, il faut reconnaître que, contrairement à ce qu’on lui prête comme élève brillant, c’est un pas du tout brillant élève qui a manqué son coup de feu d’artifice qui aurait illuminé Al Qaeda en cette fin d’année.
Quant à cet autre malade mental qui transportait de la drogue chez les Chinois, il n’a pas bénéficié de telles largesses. Son exécution a fait jaser certains mais pas d’autres et la « Communauté internationale » n’a pas semblé regarder cette exécution avec les mêmes yeux. Realpolitik !
Lors du 5e séminaire des officiels de la presse africaine tenu en Chine, dans la hall de l’hôtel du millenium, nous avions eu à écouter les confidence du très raisonnable Anderson Appia, un proche conseiller du président ivoirien, Laurent Gbagbo, qui disait : « Les Chinois ont raison de conduire leur politique à leur façon sans tenir compte des réactions des Occidentaux qui,refusent de voir ce qui se passe réellement en Chine : avec tout ce monde-là, si chacun se met à dire ce qu’il veut, aucun gouvernement ne fera un mois au pouvoir » et Appia m’a regardé dans les yeux pour me demander mon avis tacitement. Je lui donnai ma réponse par une autre question :- N’est-ce pas ?
2009 aura aussi vu l’éveil du continent africain avec la prise des décisions courageuses face aux dérives des dirigeants. Madagascar, la Guinée et le Niger sont sur la sellette mais les sommets de l’UA n’ont abouti à aucun consensus, autant dire des sommets pour rien. Au sein de la CEDEAO, les choses semblent bouger dans le bon sens, la tendance, si elle se maintient, elle ira dans le positif pour commencer à contredire les assertions de Nicolas Sarkozy à Dakar comme quoi les Africains sont en train de faire l’histoire.
Et on avait crû dur comme pierre que Dadis Camara ferait l’histoire. Si Dadis ne fera pas l’histoire, nos pronostics sont faussés mais ce qui est sûr et certain, il ne se présentera pas comme candidat. Voilà, une histoire à dormit débout avec sa candidature et sa non candidature. Quand l’ambassadeur de la RFA lui avait posé la question sur son éventuelle candidature en 2010, Dadis s’était vivement emporté, plutôt, il s’était gendarmé mais un mois plus tard quand notre collègue Foday Fofana lui a posé la même question, il s’était confondu dans un sourire pas méchant en disant : « C’est Dieu qui sait ! »
Mais en parlant de Dieu, de la Bible et du Coran,, le CNDD en a usé dans toute son essence. Partout et en toutes circonstances, du moins, au début, il n’était que question que de jurer sur la Bible et sur le Coran de servir le peuple de Guinée et de rester fidèle à Dadis et à El Tigre.
En moins de dix mois, les choses avaient déjà tourné au vinaigre et nous avions eu à conduire presque exactement ou à tracer l’itinéraire des militaires dans nos suggestions et surtout dans nos mises en garde. Ainsi dès janvier dans un article : CNDD, aux grands maux les grands remèdes, il avait été question de la restructuration de l’armée, elle a tardé. On a ensuite parlé de la récupération des domaines de l’Etat, elle avait commencé et stoppée à Labé, pour confier cette chose délicate aux sages, ceux qui étaient mêlés de près ou de loin à la vente de ces domaines. Pour ne pas tirer en longueur, il faut résumer que tous les chantiers ouverts avaient été abandonnés au profit de la politique de charme pour donner de l’eau et de l’électricité, chose que les gouvernements précédents ne pouvaient plus depuis Sidya Touré. Du riz par-ci, par-là tandis que l’on continuait à clamer qu’on n’est pas candidat. Cette politique servait à quoi ? L’hyper médiatisation du chef tuait de jour en jour le mythe et les chants des sirènes commençaient à le bercer dangereusement. On a essayé de le tenir en éveil par des article au vitriole, pas moyen !
Après la mobilisation géante du stade où la jeunesse mobilisée pour les uns et manipulée pour les autres, le forum mettait de plus en plus la pression sur les militaires qui cherchaient à musarder en chemin. Le chronogramme pressait et Dadis menace ouvertement de se présenter, si les « Forces Vives » ne mettaient pas de l’eau dans leur vin.
Le compte à rebours de malheur était en marche et ce qui devait arriver arriva avec cette interdiction bravée du 28 septembre. Effectivement, la Guinée allait droit vers un autre referendum, vers un autre « Oui » ou « Non », du coup elle allait aussi dans le mur pour une confrontation directe avec elle-même.
Les massacres du 28 septembre ont disqualifié la junte mais aussi et surtout, ils ont pour conséquence de retarder de plus les élections. Ceux qui étaient pressés et qui voyaient 2010 comme une éternité sont obligés de voir que 2010 n’est que mirage parce que les problèmes nouveaux sont venus se greffer sur les premiers. On dit que les évènements du 28 septembre désignent les responsabilités pénales et aussi les responsabilités morales, et si tel est le cas, on ne pensera pas de si tôt aux élections.
Ce qui a été vertement dit au CNDD, c’est que ce qu’ils ont entrepris, personne ne pouvait l’exécuter, comme lutte contre le narco trafic, la lutte contre les détournements, la récupération des domaines de l’Etat et un autre tas de chantiers mais la politique n’est pas de leur ressort au risque de se casser la figure, eh bien voilà !
Il ne reste plus à Sékouba Konaté, le El Tigre de Dadis, qui a hérité du pouvoir par la force des choses, de conduire à bon port le bateau Guinée bien mal en point après les turbulences du 28 septembre. Pour cela, il doit changer radicalement le fusil d’épaule et transformer le « pays des cocagnes » c’est-à-dire, le pays des problèmes, en pays de cocagne, qui est un pays prospère.
L’année des calamités nous a touchés personnellement aussi. Dix jours dans les geôles du CNDD. Si ce séjour avait été très instructif mais pas plaisant, le séjour avorté en RFA pendant les élections était de mauvaise passe. En effet, au mois d’août, une note de l’ambassade de la RFA nous informait de notre désignation avec deux membres du CNT, deux membre du secrétariat permanent du CNDD et deux membres de la CENI pour aller apprendre comment les choses se dérouleraient là-bas mais après les choses se sont éteintes, peut-être par faute de la mise en place du CNT ou quoi, rien n’a été dit dessus.
Comme on le constate, une année des calamités n’est pas seulement pour le réchauffement climatique et la calamité c'est que Copenhague n’a donné que dalle !
Moïse Sidibé L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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