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Mon article relatif au « crack » de Dadis aurait produit, me semble-t-il, beaucoup de fumée d’au moins cent feux. Tout en souhaitant ne pas trop en rajouter en cette période caniculaire, je me livre à un petit exercice (ce n’est pas un livre !) sur proposition d’un certain commentateur répondant au nom poétique de Farba Makka. C’est lui qui a choisi le titre de cette modeste contribution.
Pour paraphraser une citation célèbre, je dirais qu’avec « si », on peut mettre toute la fraction républicaine de l’armée dans un hélico ! Je ne prétends pas détenir la solution au problème de notre pays qui, depuis son accession à la dictature permanente en 1958, accumule tous les maux sur les plans politique, économique et social mais sans en résoudre aucun.
Bien entendu, je ne suis pas Dadis. Mais si j’étais lui, qu’aurais-je fait ?
J’aurais agi à la fois sur la forme et sur le fond dans ma manière d’être provisoirement au pouvoir.
I) ACTION SUR LA FORME
Si j’étais Dadis, j’abandonnerais ce surnom pour rester simplement le capitaine Moussa Camara ! Je demanderais à mes collaborateurs d’abandonner, même momentanément, les siens plus ridicules qu’utiles : Parousky, El Tigre, Toto, etc. Etant issu de la Grande Muette, je parlerais peu (sans lunettes fumées) en allant à l’essentiel, sans chercher à humilier qui que ce soit. Je n’ouvrirais jamais de gros chantiers pour faire diversion. Je m’entourerais de quelques conseillers compétents et honnêtes, décidés à servir leur pays et non à s’en servir. Je me méfierais de ceux qui me flattent car, lorsque vous arrivez dans un village où tout le monde vous donne systématiquement raison, n’y passez jamais la nuit !
Un flatteur pousse toujours à la faute, même involontairement. Le Guinéen est un être particulier : il critique en coulisse ce qu’il supporte péniblement avec résignation au quotidien ! Ne sachant pas qui est qui, on ne saura jamais qui sera qui. On vient de passer de la bruyante « mamaya » (ça doit être fatiguant de danser en chantant tout en applaudissant !) à des courbettes d’une bassesse inouïe.
La syndicaliste Rabiatou Serah Diallo qui avait fait trembler le général Conté s’est laissée caporaliser par le capitaine Dadis qu’elle vient de qualifier de « père de la nation ». J’en suis malade ! A-t-elle confondu « Père » et « Fils » ? Que pense-t-elle du « Saint-Esprit », cette « sœur cathodique » qui est entrée, de façon peu monacale, dans la circonscription ecclésiastique de Dadis ? En s’introduisant dans le sérail de Dadis et de ses alliés, Serah Diallo n’a-t-elle pas choisi un quelconque camp de cons ? Elle se rendra compte de sa bêtise. Sous Conté, elle était dans l’insécurité mais était restée digne. Aujourd’hui, cette femme des années 2007 et 2008 est devenue celle de l’armée assassine. Ce n’est pas digne. Le respect ne consiste pas à s’abaisser car l’abaissement conduit fatalement à l’affaissement et à l’effondrement moral.
Si j’étais Dadis, je respecterais ma parole de soldat en rendant le pouvoir aux civils le plus rapidement possible, sans chercher des artifices pour me maintenir au pouvoir que je suis incapable de gérer. Je me débarrasserais du CNDD. A défaut de pouvoir le détruire, je m’efforcerais à le réduire à 3 ou 4 membres (un pour chaque lettre, le D pouvant compter double!). Je n’aurais pas accepté la constitution de la milice tribale de Pivi et je favoriserais la concentration des militaires dans les camps.
Sur la forme, il y a tellement de choses à dire sous différentes formes ! Permettez-moi de ne pas m’y attarder.
II) ACTION SUR LE FOND
C’est là que réside l’important.
Si j’étais Dadis, je procèderais immédiatement à un remaniement militaire et à un changement de gouvernement. Les militaires n’ont pas vocation à gouverner mais à défendre le territoire national. Je déclarerais à haute et intelligible voix que je ne suis pas candidat à la prochaine élection présidentielle (pour les suivantes, on verra !). Quand on interprète une décision, c’est qu’elle n’est pas claire pour tout le monde. Je modifierais la structure du gouvernement et la représentation diplomatique de la Guinée de la manière suivante.
A) structure de gouvernement
Il n’y a pas de modèle type de gouvernement car chaque pays a sa spécificité. Ainsi le Koweït a un ministère du pétrole. La Guinée pourrait avoir un ministère de la bauxite ! Un ministère des mines est suffisant.
Primature
Secrétariat général du gouvernement
1°) ministère des affaires étrangères
2°) ministère du plan et de la coopération
3°) ministère de la défense nationale et de l’action civique (Les militaires doivent être patriotes et bien éduqués)
4°) ministère de la justice et des droits de l’homme (Si ces droits ne sont pas respectés, il n’y a pas de justice)
5°) ministère de l’économie et des finances (Directions : prévision, ressources humaines, budget, trésor, générale des impôts, de la douane, de la dette publique, de la comptabilité publique, des assurances,….)
6°) ministère de l’intérieur et de la réforme administrative
7°) ministère de l’industrie, du commerce et des PME (En Guinée chacun veut faire du commerce alors qu’il faut d’abord produire !)
8°) ministère de l’urbanisme, de l’habitat et de l’assainissement (Le paysage urbain est mal aménagé et les Guinéens mal logés. Les parcelles ne sont pas assainies et les titres fonciers qui ont fait l’objet de trafic sont douteux !)
9°) ministère des mines et de l’énergie
10°) ministère des transports et des travaux publics
11°) ministère de l’éducation et de la formation (Il faut lier la pratique à la théorie pour que toute formation se traduise par la possibilité d’un emploi)
12°) ministère de la prévention et de la santé (Il vaut mieux prévenir que guérir)
13°) ministère des affaires sociales (Tout ce qui est promotion féminine, famille, enfance, personnes âgées, micro finance, etc.)
14°) ministère du travail, de la fonction publique et des lois sociales (Il faut d’abord du travail au sens le plus général car l’Etat n’a pas vocation à employer tout le monde. Les différentes promotions de l’Université Guinéenne qui ne trouvent pas de travail dans un pays où tout est à faire ou à refaire constituent une véritable bombe sociale)
15°) ministère de l’agriculture et du développement rural (L’agriculture, c’est tout le secteur primaire et il faut créer dans les campagnes les conditions du progrès afin de freiner l’exode rural)
16°) ministère de l’artisanat et du tourisme
17°) ministère de l’information, de la culture et du patrimoine historique (Je préfère l’ancien terme « information » que le nouveau terme « communication ». Un gouvernement doit donner une bonne information aux citoyens au lieu de faire sa propre propagande)
18°) ministère des sports, de l’éducation physique et des loisirs (Il faut supprimer le terme « jeunesse » car pour le sport, l’éducation physique ou les loisirs, il n’y a pas d’âge)
19°) ministère de l’environnement et de la protection de la nature (Eaux et forêts, animaux sauvages, lutte contre les feux de brousse, reboisement, bassins de rétention d’eau)
20°) ministère des postes et télécommunications (Il faut faire revivre le réseau de la poste en Guinée ! on doit pouvoir affranchir sa correspondance, envoyer ou recevoir des mandats, expédier en toute sécurité un colis, etc. Avoir le téléphone fixe à domicile et au travail !)
21°) ministère de la mer (Tout ce qui est pêche industrielle bien la mer ne fournisse pas que du poisson et du sel mais d’autres ressources)
Cette structure n’est pas parfaite, mais ce serait déjà un progrès si on la mettait en place.
B) répartition géographique de postes diplomatiques :
On devrait avoir des relations avec tous les Etats (il y en a près de 200 dans le monde) sans être nécessairement présent partout. 24 postes seraient largement suffisants.
Dakar : pour le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Cap Vert et la Mauritanie Bamako pour le Mali et le Burkina Faso Freetown pour la Sierra Leone et le Libéria Abidjan pour la Côte d’Ivoire et le Ghana Abuja pour le Nigeria, le Niger, le Togo, le Bénin et Sao Tomé et Principe Bangui pour la RCA, le Tchad, le Cameroun, le Gabon, les 2 Congo, la Guinée Equatoriale Addis Abeba pour l’ Union Africaine, l’Ethiopie, l’Erythrée, Djibouti, la Somalie (du moins ce qu’il en reste !), le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi Pretoria pour toute l’Afrique australe, les Seychelles, les Comores, Madagascar et Maurice Rabat pour le Maroc, l’Algérie et la Tunisie Le Caire pour la Ligue Arabe, l’Egypte, la Libye, le Soudan, le Liban, la Syrie, l’Autorité Palestinienne et Israël (la Guinée a tout intérêt à coopérer avec cet Etat reconnu depuis longtemps par l’Egypte !) Djedda pour L’Arabie Saoudite, la Jordanie, le Yémen, Oman, l’Irak, et tous les autres Etats du Golfe New Delhi pour L’Inde, le Pakistan, le Bangladesh, le Sri Lanka, les Maldives, le Népal, le Bhoutan, l’Afghanistan, et l’Iran. Kuala Lumpur pour toute l’Asie du Sud-est (Myanmar, Thaïlande, Malaisie, Singapour, Vietnam, Laos, Kampuchéa, Philippines, Indonésie, Brunei) Pékin pour La Chine, la Mongolie et la Corée du Nord Tokyo pour le Japon et la Corée du Sud
Sans établir des relations diplomatiques avec Taiwan ( puissance technologique et financière), ce qui ne serait pas du goût de Pékin, on peut se contenter de relations commerciales pouvant être très profitables pour la Guinée.
Canberra pour tous les Etats de l’Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Vanuatu, etc.…) Paris. pour la France, Monaco et la Suisse Bruxelles pour l’UE, le Benelux, le Royaume-Uni et l’Irlande Berlin pour l’Allemagne, l’Autriche, le Liechtenstein, et toute l’Europe du nord (Danemark, Suède, Norvège, Islande, Finlande) Moscou pour la Russie et tous les Etat de l’ex URSS, la Pologne, la Rép. Tchèque, la Slovaquie, la Bulgarie, la Moldavie et la Roumanie Madrid pour l’Espagne, Andorre, le Portugal, Malte, l’Italie, Saint Marin, le Vatican, les Etats de l’ex Yougoslavie,l’Albanie, la Grèce, Chypre et la Turquie Washington pour l’Onu, les USA et le Canada (consulats à New York, L.A., Atlanta, Chicago, etc.) La Havane pour Cuba, autres Etats des Antilles et d’Amérique centrale, Mexique Brasilia pour tous les Etat d’Amérique du Sud.
Un diplomate devrait être bien formé et représenter dignement son pays. Il devrait défendre ses concitoyens dans la mesure du possible. Il ne devrait pas rester trop longtemps à l’étranger (pas plus de 15 ans !) et au même poste (pas plus de 5 ans) ! Les diplomates doivent être respectés. Quand on voit ce qu’ils sont obligés de faire pour les épouses et enfants des dignitaires de notre pays afin de conserver leurs postes !
Tout ce que je viens d’écrire n’est peut-être pas la solution mais une solution possible et surtout perfectible. En fait, ce n’est qu’une base de travail pour des experts.
Si j’étais Dadis, j’initierais une conférence nationale pour permettre au pays de repartir du bon pied ! Ce ne serait pas de la vengeance mais on veut savoir ce qui a été fait comme crimes sous Touré (révolution sanglante, violation systématique des droits de l’homme, liquidation de cadres sur fond tribal) et sous Conté (corruption massive, exécution d’officiers sur une base ethnique, pillage des biens de l’Etat, introduction de la drogue, etc.).Les morts sont morts mais on veut savoir où, comment et surtout pourquoi ! Au tribunal, on n’appelle pas un cadavre à la barre ! Que les restes de Sékou et de Conté restent là où ils sont. On ne confondra jamais un criminel avec sa communauté d’origine.
En arrivant au pouvoir quelques heures avant la célébration de la Nativité, Dadis n’est pas venu en « Père Noël ». En guise de cadeau, ce « frère » de Noël est devenu un véritable fardeau. Qu’il parte maintenant, même si son départ est à négocier ! Il appartient à Dadis de nous donner un signe positif fort afin de se retirer dignement ! Je le vois mal abandonner les fastes du pouvoir pour une caserne. Comme il est incapable ( limites intellectuelles, éducation mal assurée, etc.) qu’il rende le tablier qu’aucun ne lui a confié pour prétendre à une retraite acceptée bien qu’imméritée mais qui pourrait être un peu dorée à condition qu’il s’éloigne de Jean Marie. Les Guinéens auraient ainsi le plaisir de voir un ancien chef de leur Etat, privilège qui existe partout en Afrique Occidentale, sauf au Togo et en Guinée ! Le monde bouge mais notre pays est un autre monde.
Si j’étais Dadis ? Je ne suis pas Dadis ! Heureusement ou malheureusement ? Je dirais simplement. Non par réalisme mais surtout parce que c’est la réalité !
Je vous salue et remercie Farba !
Ibrahima Kylé Diallo Directeur de guineenet.org, partenaire de www.guineeactu.com
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