lundi 14 juin 2010
"La transition préméditée" et "Guinéens, adoptons la bonne gouvernance", ouvrages qui méritent d’être largement diffusés et lus.
Ansoumane Doré

Publication – Mahmoud Ben Saïd – La transition préméditée, 102 p., Paris, L’Harmattan, 2010 (Collection Études Africaines).

Mahmoud Ben Saïd a une plume fertile mise d’abord au service de l’Islam. On peut citer : Scientific Research and Scholarly Writing in Islam, 2001 ; Glimpses of Life After Death, 2001 ; Leadership and Unity in Islam, 2002 ; Learn to Read the Hholy Qur’an in 7 Days, 2003 ; Muslim Communication, 2005 ; Escale forcée d’un imam à Bangkok, 2006. Outre ces écrits, MBS compte de solides études sur l’évolution politique de la Guinée. C’est ainsi qu’il avait déjà publié aux éditions L’Harmattan une importante recherche sur La Guinée en marche en deux volumes (2008 et 2009).

La présente note concerne La transition préméditée. Pour quelqu’un comme lui, qui connaît bien les questions traitées dans La Guinée en marche et dont le présent ouvrage retrace les prolongements tragiques, il y aurait mieux valu l’intituler « La prétendue Transition » car tout a démontré, en un an –de décembre 2008 à décembre 2009 – que le Cndd et son chef n’ont utilisé ce mot à la mode, en Afrique, que pour berner les Guinéens avant la consolidation du régime militaire issu du putsch de décembre 2008. Quoi qu’il en soit MBS a réussi et plutôt bien réussi à fixer de façon précise des éléments essentiels qui serviront sans nul doute les historiens qui se pencheront sur cette époque. Il s’agit d’une véritable radioscopie de cette Transition annoncée en fanfare dès le coup d’État mais qui a été vite dévoyée pour aboutir à la monstrueuse tragédie de septembre 2009 qui a horrifié le monde entier.

L’ouvrage de MBS présente un panorama de cette tragédie en cinq étapes. La première étape examine les incertitudes de départs de l’expérience du Cndd. La seconde étape ausculte cette organisation à l’épreuve du pouvoir d’État. On pourrait dire ici : « quand le chef d’orchestre donne le ton d’une transe collective à toute une nation ». La troisième étape est consacrée à « quand la confusion s’installe », l’aboutissement, au niveau d’une collectivité nationale est tragique. Cela a été la tragédie du 28 septembre 2008 (4e étape). Enfin la cinquième étape porte sur les réactions et réflexions après les massacres de septembre. Tout ceci est relaté avec clarté et mérite d’être médité par les Guinéens pour éviter le retour de pareilles situations à leur pays pour l’avenir.

Ce qu’on peut regretter après la lecture de ce livre est que MBS, membre du CNT, un des organes de la Transition, installée après les accords de Ouagadougou (janvier 2010), n’ait pas fait mention de cette réorientation : (Présidence intérimaire, Primature, Conseil National de la Transition, Commission Nationale Électorale Indépendante) qui doit permettre l’élection présidentielle du 27 juin 2010. Cette lacune a une excuse, c’est, sans doute que la rédaction de l’ouvrage était terminée en mars 2010 et que des incertitudes pesaient encore sur l’avenir de la Transition. Mais ce livre demeure un document précieux sur l’histoire récente de la Guinée et dont il faut recommander la lecture à tout un chacun.

Publication – Mahmoud Ben Saïd – Guinéens, adoptons la bonne gouvernance ! , 104 p., Paris, L’Harmattan, 2010 (Collection Études Africaines).

Publié simultanément avec le précédent, cet ouvrage de MBS est une exhortation que l’auteur adresse à ses compatriotes pour l’avenir : « Guinéens, adoptons la bonne gouvernance ! » Le ton est donné. C’est un ouvrage didactique. Plutôt que de définir la bonne gouvernance en termes théoriques, MBS appuie son appel sur des témoignages et sur des réflexions personnelles toujours pertinentes. Le voyage auquel il nous convie ici est comme le précédent, accessible à un grand nombre de Guinéens. Installons-nous donc pour les sept étapes qui jalonnent ce parcours.

Première étape : Peut-on terrasser en Guinée, l’hydre qu’est devenu le phénomène dénommé corruption ? À partir de cette interrogation, notre auteur nous explique patiemment les étapes suivantes.

Deuxième étape : La dégradation des mentalités de la société guinéenne à la base.

Troisième étape : Le même phénomène au sommet de l’État, c’est-à-dire parmi ceux qui auraient pu servir d’exemples dans les comportements sociaux en tous genres de la société.

Quatrième étape : Les leçons que MBS tire de ce qui précède : Il faut : « Faire de la Guinée un miroir pour le monde. » Trop irréaliste ! Je dirais plus modestement « tenter d’abord de conduire la Guinée au modèle standard de la gouvernance des nations civilisées ».

Justement la cinquième étape porte sur 16 propositions pour la bonne gouvernance. Ces propositions sont toutes opportunes et bien pensées mais la 16e [« Ajuster le train de vie de l’État à ses propres ressources, pour conserver sa dignité » – Ndlr] est particulièrement adéquate. L’exemple cité pour celle-ci, signale la totale inconscience de certains responsables guinéens sur la notion de liberté et d’indépendance. C’est édifiant.

Sixième étape : C’est une suite d’explications complémentaires aux précédentes propositions.

Enfin, la septième étape, qui s’intitule « Une bonne gouvernance basée sur la foi religieuse : le modèle d’Omar II », reflète plus la position d’homme de foi religieuse de MBS. Elle pourrait paraître une position religieuse intégriste à des Guinéens dans le cadre d’une république institutionnellement laïque. Mais je pense que cette 7e étape a sa place ici, ne serait-ce qu’en exemple de morale politique. Il ne faut pas oublier qu’au cours des 52 années de vie républicaine en Guinée, des marabouts ont eu une influence négative sur les gouvernants. Citer donc à ces marabouts l’exemple d’Omar II peut avoir un effet pédagogique. En Guinée, ce n’est que récemment que la hiérarchie chrétienne (catholique) a semblé soutenir le gouvernement en place qui ne semblait rien annoncer de bon. C’est en cela d’ailleurs que MBS a signalé les comportements d’El hadj Ibrahima Bah, imam de la Mosquée Fayçal, et de Vincent Koulibaly, archevêque de Conakry (voir page 63 de La transition préméditée).

En bref, les deux ouvrages, construits sur des témoignages directs, sur des écrits sur sites internet et sur des réflexions personnelles, méritent d’être largement diffusés et lus. La constance de l’auteur à avoir suivi et constitué une solide documentation sur les hommes et les choses de Guinée depuis plusieurs années, font de ses écrits des références incontournables.


Ansoumane Doré (Dijon, France)


www.guineeactu.com

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Vos commentaires
Kourouma Ibrahim, mardi 15 juin 2010
Je constate avec bocou de joie que maintenant les guinéens fixent les contours de leurs histoires tourmentés par écrit, ce qui nous a énormément manqué au temps de la révolution zigoueuse et multiforme. Merci doyen Said pour cette publication qui campe bien notre histoire commune de l`heure. Bon travail intellectuel.
Un guinéen, mardi 15 juin 2010
Mon frère Bangaly, tu es une victime comme les personnes qui ont été maltraitées et sommairement exécutés à la suite des évènements de juillet 1985; comme les milliers de victimes du régime du PDG et de son Responsable Suprême; comme Mme Andrée Touré et ses enfants, "coupables" d`appartenir à la famille de Sékou Touré; comme les victimes du CNDD. Justice doit être rendue à toutes les victimes! Ce n`est pas une affaire d`ethnies ou de familles. C`est une question de justice!
Bangaly Traore, mardi 15 juin 2010
Mr kamara,je suis une victime,j`ai passer 13jour en prison politique a l`age de 17ans,je suis X ou Y aujourd`hui cela n`est pas votre probleme,nous demandons la verite et la justice dans notre pays.
FIDEL, mardi 15 juin 2010
AOT, je veux juste te poser la question de savoir pourquoi Gandi Tounkara a quitté la tete de votre association???? Mes casse-pieds!!!!
Kamara Tropicale, mardi 15 juin 2010
A force de trop INSULTER, on devient UN SULTANT. La métamorphose se constate chez notre bébé Bangaly qui devient de plus en plus garçon pile dans les réflexions. Qui a dit que le "BT" ne change sa façon de s`aseaoire ?
A.O.T. Diallo, lundi 14 juin 2010
Je constate depuis quelque temps l`evolution des reflexions de mon jeune frere Bangaly Traore d`une vision purement axee sur les victimes de 1985 vers une vision qui englobe toutes les victimes de l`etat guineen, car elles sont toutes touchees dans leurs souffrances et leurs malheurs par le meme systeme repressif - mes felicitations a lui pour cela.
Bangaly Traore, lundi 14 juin 2010
Depuis leur arrivee le CNDD et les nouvelles autorites ont engage des actions tres positives et vigoureuses contre les atteintes a la fortune publique et le trafic de drogue.Mais comme chacun peut le constater de jour en jour,le mal guineen est tres profond.Les degats de toutes sortes infliges au pays sont enormes.les plaies sont beantes,des rancoeurs se sont accumulees a la suite des crimes de toutes sortes qui ont jalonne la courte histoire de notre pays.Des ressentiments sont exprimes par l`ecrasante majorite de la population a l`encontre de ceux qu`elle tient a juste titre,pour responsables de sa misere.L`echec de ce qu;on peut appeler l`experience guineenne,a cultive des mefiances tenaces entre les composantes communautaires du pays qui pourtant,partagent les memes conditions de vie.A cet effet,il est indispensable que toutes les forces vives du pays,toutes les composantes sociales et communautaires du pays,acceptent de tenir une grande assise nationale autour duquel se discutent comment etablir la justice et la verite en guinee,peu importe l`appellation d`une telle assise,il faut la justice avant le pardon.NB:Nous demandons pour que toute la lumiere soit faite sur les crimes organiser dans notre pays depuis l`independance.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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