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L’interdiction officieuse mais réelle de la diffusion des activités des partis politiques sur les antennes de la RTG fait débat dans la cité. Toute chose qui rappelle les tares du régime défunt.
Depuis près de deux mois, la RTG (Radio télévision guinéenne) fait l’impasse sur les activités des partis politiques évoluant sur le terrain. L’ordre de ne pas diffuser de reportage sur la vie de ces partis serait venu de la Présidence de la République, c’est-à-dire du chef de l’Etat Capitaine Moussa Dadis Camara.
En effet, la RTG est un média d’Etat a toujours au cœur de la polémique entre les leaders politiques (ancienne opposition) et les différents gouvernements du régime de feu Lansana Conté. Notamment en ce qui concerne le droit des partis politiques d’avoir accès à cet outil d’information dont l’audimat a été et reste toujours grand en raison de la couverture (théorique ?) de l’ensemble du territoire national par la Radio et la Télévision nationales.
Par conséquent, l’utilisation de la RTG par les seuls tenants du pouvoir d’Etat et compris le parti au pouvoir à l’époque le PUP, a longtemps représenté un handicap pour les partis de l’opposition politique. Le seul espace dont disposaient les leaders pour passer leurs messages était les colonnes des journaux dont la plupart ne dépassait pas la presqu’île de Kaloum. A cela s’ajoute le fait que la culture de la lecture de la presse laisse à désirer en Guinée.
Dès lors, l’opposition d’alors mettait un point d’honneur à obtenir l’accès sans restriction aux micros et aux caméras de la RTG dont la vocation de média de service public lui garantissait le droit d’y être vue et entendue par la population guinéenne, disait-elle.
Aujourd’hui, la donne a nettement changé avec la prolifération de radios privées en faveur de la libéralisation des ondes intervenue en 2006. Malgré cet élargissement de l’espace audio dont les partis politiques profitent au maximum, la question de l’accès aux antennes de la RTG continue de préoccuper les différents leaders. Même si curieusement, rares sont les chefs de partis qui osent critiquer ouvertement cette situation de peur peut-être, de se faire taper sur les doigts par les autorités su frileuses voire furieuses ces derniers temps après les formations politiques. «……….. »,
De nombreux observateurs estiment que cette interdiction constitue un grand recul démocratique en cette période de transition. En effet, certains n’arrivent pas à s’expliquer que les tares qui ont sapé l’avancée de la démocratique et qui ont ainsi consacré le caractère dictatorial du régime de feu Lansana Conté aient droit de cité en cette période dite de rupture et qui devrait mettre à jamais la Guinée sur l’orbite de la démocratie. Conséquence, beaucoup de Guinéens sont surpris du black out qui pèse injustement, disent-ils, sur les activités des partis politiques au niveau de la RTG.
Toutefois, d’autres pensent qu’il n’y a lieu d’être surpris en ce sens que cette interdiction (présidentielle ?) est consécutive à la guerre ouverte engagée par le chef de l’Etat contre les partis politiques autour du chronogramme électoral. C’est-à-dire depuis le discours de Boulbinet qui a vu le Capitaine Moussa Dadis Camara menacer d’ôter sa tenue militaire pour se présenter aux élections présidentielles.
Cette sortie que l’on interprète dans certains milieux comme une déclaration de candidature qui ne dit pas son nom justifierait bien que les activités de pré campagne électorale menées par les partis politiques soient censurées sinon complètement bannies des antennes de la RTG. Pendant que les leaders politiques disparaissent des grilles des médias d’Etat, les activités du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), du Gouvernement et surtout du chef de l’Etat crèvent le petit écran. Des ministres sillonnent le pays pour, disent-ils, porter aux populations le message du président du CNDD.
Plus paradoxal est que des équipes de la RTG sont constamment présentes lors des activités de ces partis avec caméras et micros. « Nous allons garder les éléments les images jusqu’à la levée de l’embargo sur les formations politiques », confiait dernièrement un reporter de la Télévision nationale rencontré sur le terrain.
Récemment, un citoyen qui savait chercher des poux sur un crâne nu attirait l’attention sur une phrase sur le petit écran de la télévision guinéenne pour illustrer les activités du Capitaine Moussa Dadis Camara. « La campagne présidentielle ‘’Eau pour tous» », pouvait-on lire sur les images montrant le président de la République sur le terrain de la lutte contre la pénurie d’eau dans la capitale Conakry. Une expression qui pourrait donner lieu à des interprétations diverses et variées, soutenait notre interlocuteur.
Autant dire que le chef de l’Etat qui semble vouloir se mettre au-dessus de la mêlée politique devrait se pencher sur cet embargo sur la vie des partis politiques au niveau de la RTG. La transition politique en retrouverait des couleurs.
Talibé Barry L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com
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