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Mardi 20 Mai, Ahmed Tidiane Souaré succède à Lansana Kouyaté. Cet ancien ministre des Mines et proche du président, s'est d'ores et déjà prononcé en faveur d'un gouvernement incluant des membres de l'opposition. Une déclaration qui a provoqué un important engouement des partis politiques en faveur de cette initiative. Naïveté ou opportunisme? La question vaut son pesant d'or, d'autant plus que le nouveau PM, réputé proche du clan Conté, a, d'après l'AFP, déclaré mardi soir qu'il souhaite mériter la confiance de celui que le quotidien allemand, Taz (Tageszeitung), qualifie de "einer der letzten Langzeitdiktatoren Afrikas", traduisez, "un des derniers Dictateurs-De-Longue-Durée de l'Afrique", le Général Lansana Conté. Un Général dont la politique a toujours été, il faut le rappeler, dénoncée et combattue par ceux-là même qui se bousculent aujourd'hui à la porte d'entrée d'un Gouvernement dont le chef (nouveau PM) a été on ne peut plus clair sur la façon dont il entend diriger le nouveau Gouvernement: « ...En me nommant, le Président Lansana Conté m’a transmis une partie de ses prérogatives. Je vais les exercer avec le seul souci d’accomplir correctement la mission qu’il m’a confiée », explique Ahmed Tidiane Souaré. Une mission, dont les contours et le contenu n'ont d'ailleurs été précisés par aucune "lettre de mission", mais « dont le seul objectif est » à n'en pas douter, « de rechercher une légitimité en dehors de notre pays, afin de préserver et transmettre aux enfants » du clan militaro-mafieux « les captations financières, foncières et immobilières », et d'occulter les crimes commis en janvier-février 2007, ainsi que les résultats de l'audit 2006-2007. Cela se comprend d'ailleurs aisément, quand on sait que, « les deux hommes se connaissent fort bien : ils étaient ensemble, à la fin des années 1970, à Boké, où Souaré était doyen de la faculté des mines et géologie, tandis que le colonel Conté dirigeait la zone militaire. Arrivé au pouvoir en avril 1984, ce dernier envoie Souaré faire un doctorat au Maroc. À son retour, en 1988, il le nomme coordonnateur du bureau d’évaluation, de contrôle et de suivi de la présidence, la structure qui reçoit les rapports des ministères et des ambassades, formule des observations à l’intention du président et lui soumet des études techniques. (...). De retour en Guinée, après avoir suivi des cours de management, d’économie et de finances aux États-Unis (1999), il est nommé chef de cabinet du ministre des Finances, Ibrahima Kassory Fofana, puis de son successeur, Cheick Ahmadou Camara. » Bref, comme on peut le voir, le nouveau PM est tout, sauf un « haut Cadre civil, (...) qui n'a été ni de près ni de loin impliqué dans des malversations ». Dans ces conditions, il est un secret de polichinelle qu’il essayera de s’assurer la collaboration de son mentor et ne fera rien de nature à le contrarier. Et c'est justement là le problème. Car ne pas contrarier Lansana Conté, signifie: - favoriser ou fermer les yeux sur le pillage systématique des ressources de la Guinée par le Président et les multiples clans qui l'entourent ; - ne pas remettre en prison des criminels tels que le Mamadou Sylla, Fodé Soumah et bien d'autres ; - ne pas traduire devant les tribunaux, des criminels tels que Ousmane Conté, ainsi que les officiers des services de sécurité qui se sont rendus coupables de crimes contre les populations Guinéennes, en janvier-février 2007 ; - ne pas prendre en compte « les récentes investigations (audit) effectuées par des consultants privés et qui ont révélé de graves malversations financières imputables à l’administration », en l'occurrence, la Présidence et ses services rattachés, les Ministères des Mines, de l'Education, des Finances, de la Fonction publique, des Transports etc. Bref ne pas remettre en cause, les avantages du régime de M. Lansana Conté. Il convient de rappeler que M. Ahmed Tidiane Souaré n'a pas d'ailleurs « de programme concret », même s' il indique que sa « priorité » était « la poursuite du changement » qui, selon le député PUP Sorel Camara, sera « celui dans la continuité ». En d'autre terme, le changement dont parle le nouveau PM, sera tout sauf celui qui devrait passer par la prise en compte des exigences du peuple de Guinée, telles qu'elles sont consignées dans les accords tripartites et orientées par la lettre de mission adressées par le Président de la République à l'ex PM Kouyaté. L'on me dira peut être que le contexte a changé. Certes! Mais les aspirations des Guinéens elles, n'ont pas changé. Dans ces conditions, peut-on s'attendre à quelque chose du nouveau PM qui correspondrait justement aux aspirations exprimées par la majorité des Guinéens en début d'année 2007 et pouvant justifier cette excitation des partis politiques se bousculant aux portes du prochain Gouvernement que s'apprête à former M. Souare ? A moins d'une naïveté ou d'un mépris doublé d'un égoïsme qui caractérise la classe politique en Guinée de façon générale, la réponse est non! Car le changement auquel aspire le plus grand nombre de nos compatriotes aujourd'hui, c'est justement mettre un terme à cette situation qui perdure depuis plus de deux décennies et dont les conséquences ne sont rien d'autre que les évènements de janvier-février 2007 et les multiples mutineries dont les populations sont d'ailleurs les véritables victimes de la part de bénéficiaires d'un recrutement abusif dans l'armée. La volonté exprimée par la plupart des formations politiques de légitimer le régime de Conté par une participation au Gouvernement prochain, est difficile à justifier. En Guinée, en effet, tout le monde sait que c'est un argument fallacieux que de dire qu'en « faisant partie du système, on pourrait y changer quoi que ce soit de l'intérieur ». En réalité, dans ce pays, à en juger par le nombre pléthorique d'anciens Premiers Ministres ou Ministres, une fois dans le système, ou on en devient un maillon important ou on démissionne. Or, ils ne sont pas plus de deux Ministres à avoir jeté l'éponge, en deux décennies et demie de pillage généralisé de notre pays. Ainsi, si « la volonté d’ouverture vers toutes les sensibilités sociales » est une bonne chose en soi, il n'en demeure pas moins que la promesse d'un changement avec « un Lansana Conté en ligne fond » et avec d'anciens Ministres qui ont fait leurs preuves en matière de mauvaise gouvernance, relève de la pure démagogie et d'une volonté manifeste de tromper encore une fois, le peuple de Guinée. Car, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, le fait de confier à chaque ethnie, à chaque région ou à chaque parti, un poste ministériel, ne résout pas le problème de pillage généralisé des ressources de ce pays par Lansana Conté et ses multiples clans. Il faut hélas! beaucoup plus que cela: il faudra subordonner cette volonté à la condition de « hauts cadres civils, compétents, intègres et qui n'ont été, ni de près, ni de loin impliqués dans des malversations ». Bref, du premier, jusqu'au dernier, les membres de la prochaine équipe gouvernementale doivent remplir ces conditions. Faute de quoi, nous risquons « de nous amuser encore une fois, avec notre histoire ». En somme, le régime de Lansana Conté est une machine à fabriquer des Ministres délinquants. C'est pourquoi, il serait suicidaire à mon avis, de cautionner la supercherie qui a commencé le 20 Mai par la nomination d'un premier Ministre qui n'est pas issu d'un consensus entre les partenaires sociaux et politiques. S'en accommoder est une fuite en avant, une grenade dégoupillée qui nous pètera très bientôt dans la gueule à tous. Car il est à parier que le prochain gouvernement aura bientôt à faire face à une crise sociale et économique qu'il n'a ni les moyens, ni la compétence nécessaire de gérer. Ismael Souare, Rep. Fed. d'Allemagne
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