Le programme d’urgence « Eau et électricité pour tous » lancé par le Gouvernement guinéen se poursuit sur le terrain à Conakry et à l’intérieur du pays. Ainsi, le lundi 10 février dernier, une délégation du gouvernement guinéen s’est-elle rendue sur le site de Kipé pour y assister au test de fonctionnement de la nouvelle centrale électrique de 15 mégawatts. Cette délégation était conduite par le Président de la Commission « Eau et Electricité pour tous » et Ministre d’Etat Boubacar BARRY, accompagné du Ministre des Mines, de l’Energie et de l’Hydraulique Mahmoud THIAM, de la Secrétaire d’Etat à l’Energie et à l’Hydraulique Mme BAH Kadiatou BALDE, ainsi que de plusieurs cadres spécialistes des secteurs de l’eau et de l’électricité. Les visiteurs du jour ont pu constater de visu la qualité des travaux réalisés par une entreprise chinoise. Votre hebdomadaire a mis cette occasion à profit pour le point de la réalisation de programme d’urgence en allant aux nouvelles auprès du Secrétariat d’Etat à l’Energie et à l’Hydraulique. Dossier.
C’est quoi le Programme d’urgence « Eau et Electricité pour tous » ? Lancé en juillet 2009 par le Chef de l’Etat, le Capitaine Moussa Dadis Camara, ce programme est constitué d’une composante « Eau » et d’une composante « Electricité ». S’agissant de la composante « Electricité » de ce programme d’urgence, elle se subdivise en cinq lots. Le premier lot appelé « Plan d’urgence Vartsila » porte sur la remise en état de certains groupes des centrales thermiques de Tombo 3 et 5. Le second lot porte sur la réduction du phénomène de surcharge sur le réseau de distribution électrique moyenne tension de la banlieue de Conakry. Celle-ci devrait être atteinte grâce à des actions de restructuration de ce réseau dont les travaux sont en cours, afin de soulager les artères surchargées et de rééquilibrer la demande. Quant au lot 3, il implique la fourniture de matériels de distribution (câbles et transformateurs) et de pièces de rechange pour la remise en état des centrales hydrauliques. A signaler que c’est dans ce cadre que la société minière Rio Tinto a déboursé 2 millions de dollars US pour la rénovation de certains postes de distribution de Conakry et l’achat de pièces destinées à l’entretien des centrales hydroélectriques. Le lot 4 qui concerne l’adjonction de capacité de production à hauteur de 30 mégawatts (MW) dans le cadre du programme de résorption du déficit identifié de 50 mégawatts, englobe l’installation de deux centrales thermiques, équipées de 15 groupes de un (1) MW chacune, respectivement à Kipé et à Enta Nord. Le lot 5 prévoit, par le biais de la mise en œuvre d’un programme d’économie d’énergie, de combler une partie du déficit à hauteur d’environ 20 mégawatts grâce à l’installation d’un (1) million de lampes de basse consommation au niveau des foyers. Un projet de construction d’une centrale thermique de 106 MW à Manéah est actuellement en cours de préparation. Sa prochaine mise en œuvre permettra de venir à bout du déficit de production qui prévaut actuellement sur l’ensemble du système interconnecté allant de Conakry à Labé.
Dans la foulée, c’est le volet 4 de la composante « Electricité » qui mobilise ces jours-ci le Comité de pilotage du Programme d’urgence « Eau et Electricité pour tous ». Ainsi, le lundi 8 février la délégation gouvernementale mentionnée ci haut a pu s’enquérir des tests de fonctionnement en cours sur le site de Kipé. D’où, ces derniers jours, la présence presque constante du courant électrique dans les quartiers de Kipé, Taouyah, Ratoma et Nongo. La Secrétaire d’Etat à l’Energie et à l’Hydraulique assure que ces travaux urgents de la composante « Electricité » devrait prendre fin en Avril prochain.
Une desserte en électricité est en voie d’amélioration à Labé et à Faranah et en perspective de rétablissement à Kankan et à N’Zérékoré…
L’intérieur du pays n’est pas en reste du Programme global du Gouvernement pour l’amélioration du niveau d’accès des populations à l’Eau et à l’Electricité. Il en est ainsi du projet de réhabilitation et d’extension des systèmes de distribution d’électricité des capitales régionales N’Zérékoré, Kankan, Faranah et Labé et de la conversion au mazout des groupes diesel dont disposent déjà Faranah (1x1,5 MW), Kankan (2x1,5 MW) et N’Zérékoré (2x1,5 MW). Grâce à un financement de la BIDC (Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO) à partir d’un fonds qui lui est alloué par le Gouvernement indien, pour un montant de 20 millions de dollars US, et à une contribution de l’Etat guinéen de 2 millions de dollars US, soit un total de 22 millions de dollars US, trois entreprises indiennes sont actuellement à l’œuvre sur le terrain dans chacune de ces capitales régionales.
Réduire le déficit à 16.000 m3 en fin mars 2010
Quant à la mise en route de la composante « Eau » du Programme d’urgence, elle a tout d’abord permis la réalisation de 174 forages dits de proximité sur la ville de Conakry et ses périphéries. Grâce à ces petits forages motorisés, qui remontent l’eau dans des bacs débitant sur des bornes fontaines, plusieurs quartiers de la banlieue ont eu accès au précieux liquide. Quant au volet lié aux forages industriels, on note déjà la réalisation de 12 forages aux pieds du Mont Kakoulima. C’est un supplément de 12.000 m3 d’eau par jour qui en est attendu pour venir en appoint au niveau des réservoirs situés au quartier Cimenterie. Grâce aux forages industriels déjà réalisés à environ 85% à Kobaya, le réservoir de Simbaya sera bientôt pourvu d’une production supplémentaire de 6.000 m3 d’eau par jour. De quoi étancher la soif des robinets des quartiers de Simbaya et Koloma, qui sont actuellement privés d’eau. Le réservoir de Kaporo sera lui aussi alimenté grâce aux 4000 m3 d’eau supplémentaire par jour en provenance des forages de Kaporo et Démoudoula dont les travaux sont également très avancés. Quant au forage du quartier Aéroport, il fournira 3000 m3 d’eau par jour. Dans la veine de la composante « Eau », on retrouve également la construction de la Station de traitement d’eau potable de Sonfonia. Grâce à cette station qui captera l’eau à partir du lac de Sonfonia, la SEG (Société des Eaux de Guinée) aura dans ses conduites une production supplémentaire de 10.000 m3 d’eau par jour. Au total, l’ensemble de ces infrastructures permettra de disposer d’une production supplémentaire de 37.000 m3 d’eau par jour. Cet appoint va se greffer sur celui de 37.000 m3 obtenu grâce à la mise en service de la station de traitement d’eau de Yessoulou. Au terme des travaux de réalisation de ces forages prévu en fin Avril 2010, ce sont 74.000 m3 d’eau qui seront distribués par la SEG aux populations de Conakry et ses périphéries. Ce qui réduira le déficit actuel à 16.000 m3 contre celui de 88.000 m3 identifié en 2008. A noter que des études de faisabilité sont actuellement en cours pour la mise en valeur de la source d’eau appelée Badi Baki (Préfecture de Dubréka) pour une capacité estimée à 170.000 m3 par jour. Ce qui permettra également de pérenniser la production afin de faire face aux besoins liés à l’extension démographique de notre capitale. Par ailleurs, plusieurs préfectures de l’intérieur du pays doivent bénéficier de réseaux d’adduction d’eau potable. C’est le cas de Forécariah (déjà inauguré), Koundara et Mali (travaux en cours), Lélouma, Tougué, Koubia, Gaoual, Yomou, Télémilé, Boké et Lola (projetés). « Tous ces projets sont à un stade avancé ».
Cultiver le civisme de la consommation et de l’acquittement des factures et réprimer la fraude et les interventions illégales sur les installations de distribution d’eau et d’électricité
Au Secrétariat d’Etat à l’Energie et à l’Hydraulique, on insiste pour dire que l’ensemble de ces efforts seraient voués à l’échec, si un esprit de civisme, faisant actuellement défaut, n’est pas développé chez les consommateurs des services publics d’eau et d’électricité, plus particulièrement à Conakry ou personne ne se soucie de l’économie par l’utilisation rationnelle des appareils domestiques et autres, notamment en ce qui concerne l’électricité. Conakry qui a la réputation d’être la capitale la plus obscure est aussi l’unique où l’on est toujours ébloui par des lampes allumées inutilement en plein jour. Faut-il ainsi comprendre qu’un tel comportement n’est pas de nature à garantir une bonne qualité de service dans les meilleures conditions de prix ?
En effet, « si le droit à l’accès à l’électricité et à l’eau potable est reconnu à tous ceux qui sont capables d’en assumer la charge, il convient de noter que le devoir de tous les consommateurs est de s’acquitter intégralement et à temps de leurs factures. La Secrétaire d’Etat indique à cet effet que les stations de pompage et de distribution d’eau, les centrales électriques et les réseaux de transport et de distribution d’électricité ont besoin d’être entretenues et maintenues en bon état pour que les populations et l’économie nationale puissent bénéficier de la fourniture régulière des services d’eau et d’électricité. Donc, il est indispensable que les consommateurs soient légaux, donc abonnés, et qu’ils développent tous la culture de la consommation rationnelle et de l’acquittement des factures d’eau et d’électricité pour permettre aux sociétés SEG et EDG de subvenir ne serait-ce qu’aux besoins de l’entretien et de la maintenance de leurs installations», a indiqué Mme BAH Kadiatou BALDE. Par ailleurs, elle déplore les interventions illicites par des individus non autorisés et habilités, communément appelés bénévoles, sur les installations de la SEG et de l’EDG dans l’indifférence totale des responsables locaux et des populations. Tous les clients sont ainsi invités à recourir pour tout besoin aux services compétents de ces entreprises et de s’opposer à toutes les interventions illégales des bénévoles qui sont toutes préjudiciables à l’alimentation correcte en eau et en électricité des populations.
Dans le cadre des mesures d’accompagnement du Programme d’urgence, Mme BAH compte également sur l’activation très prochaine des plans d’action de lutte contre la fraude concoctés par la SEG et l’EDG. La mise en œuvre efficace de ces plans requiert à la fois le soutien des populations, des forces de sécurité et l’appui des juridictions spécialisées de l’Etat pour traquer et punir les citoyens convaincus de fraude et d’intervention illégale sur les installations des services publics d’eau et d’électricité.
Talibé Barry
L’Indépendant, partenaire de www.guineeactu.com