mardi 27 mai 2008
« La mort des accords tripartites éclaire l’esprit de janvier 2007»
Mamadou Oury Diallo

Le bricolage n’est permis que pour le temps d’arriver au garage. Rouler sur du bricolage, c’est prendre le risque d’endommager définitivement l’appareil. Autant votre appareil n’est pas certain sur du bricolage, autant une république ne peut être viable sur du bricolage.

Les carences institutionnelles traînées depuis le référendum de 2001, suivi du boycott massif des législatives de 2002 et des présidentielles de 2003, ont conduit, en janvier 2007, la deuxième république dans une profonde panne qui a failli emporter tout le régime. Au beau milieu de l’autoroute, les bricolages de févriers 2007 ont donné naissance aux accords tripartites sensés conduire la deuxième république jusqu’au premier garage : les élections législatives de novembre 2008.

Suite au décret du 20 mai 2008, même si la réponse est connue de tous, nous sommes quand même amenés à nous demander pourquoi les accords tripartites n’ont pas pu tenir jusqu'aux élections législatives. En effet, certes ces accords portaient en eux des contradictions évidentes qui ont été dénoncées dès leur conclusion, mais il est évident que si les héritiers des accords tripartites avaient fait du garage la destination prioritaire, nous serions certainement arrivés, car il ne faut pas oublier de sitôt que, avant d’être repoussées à novembre 2008, les élections législatives étaient d’abord prévues pour décembre 2007 puis décalées à mars 2008.

De plus, tout au long du chemin jusqu’au soir du 20 mai 2008, les accords tripartites ont été vidés de tout contenu car violés, au grand dam d’une population qui n’a jamais cessé de croupir dans la misère, par un gouvernement plutôt avide de pouvoir. Ce gouvernement était tellement avide de pouvoir qu’il n’arrivait pas à percevoir la fragilité institutionnelle sur laquelle il reposait, de ce fait, il était pratiquement le seul à ne pas craindre pour l’endommagement définitif de l’appareil. La preuve est que, le décret du 20 mai 2008 a été beaucoup plus accueilli comme soulagement que provocation.

Il faut dire que le chef de l’Etat, pour lequel je ne manifeste aucune sympathie, a réussi à arrêter l’appareil au bon moment car, à l’allure où nous avancions, l’appareil allait être irrécupérable, la république allait définitivement exploser.

A présent, un certain nombre de questions se pose à nous dont la principale est la suivante:

·        Quel profil se dessine-t-il pour cette nouvelle pièce de rechange et quelle pourrait être sa durée de vie ?

Aujourd’hui il n’y a aucun doute que les accords tripartites de février 2007, successivement violés et vidés de leur contenu, sont morts. Cela dit, il faut distinguer les accords de février 2007 de l’esprit desdits accords. Si les accords en eux-mêmes sont assimilables au gouvernement de quasi-consensus et aux syndicats, l’esprit de ces accords, quant à lui, n’est assimilable ni à l’un ni à l’autre.

Lorsque je lis, par-ci et par-là, dans la presse, que « nos frères et sœurs sont morts pour rien », non seulement cela me tue, mais de plus j’ai envie de demander à mes compatriotes qui pensent cela : pourquoi le pensent-ils vraiment ?

·        Pensent-ils cela parce que le gouvernement de quasi consensus a été limogé ?

·        Pensent-ils cela parce que le chef de l’Etat a nommé un de ses fervents alliés comme super ministre ?

·        Pourquoi acceptent-ils de réduire janvier 2007 à ces étoiles filantes ?

Que ceux qui ont abandonné nos martyrs sachent que Janvier 2007, plus qu’une étoile passagère, représente une lumière qui ne s’éteindra jamais. Certes janvier 2007 n’aura pas abouti à une révolution car les symboles de la deuxième république sont toujours en place, mais cette date marque non seulement l’existence de l’opinion nationale en Guinée, mais surtout, la conscience pour le citoyen guinéen d’être libre et maître de son destin.  

Alors ceux qui pensent que nos frères et sœurs sont morts pour rien, qu’ils sachent que ce sont eux qui sont morts avec les accords tripartites de février 2007 ; ceux qui croient que janvier 2007 représente plus que les accords tripartites, qu’ils sachent que ces accords sont morts mais l’esprit des accords est plus que jamais vivant.

Alors, oui, une nouvelle pièce de rechange a été trouvée par le Chef de l’Etat à travers le décret du 20 mai 2008. Pour juger de l’adéquation de cette pièce et de sa durée de vie, nous allons procéder comme lors de la conclusion des accords tripartites : photographier les trois pouvoirs, discerner les disfonctionnements et voire si la nouvelle pièce est assez robuste pour tenir.

Auparavant, il faut bien rappeler que la règle est bien la séparation des pouvoirs, surtout pour le modèle présidentiel qui est le nôtre.

Le Législatif : au 20 mai 2008, la république avance avec un parlement Pupiste monocolore expiré il y a près d’un an.

Le Judiciaire : à la même date, la république ne peut pas encore lire le droit car la justice est toujours enchaînée par les dignitaires de la deuxième république. La simple preuve est que malgré la conclusion des rapports d’audit ministériels et le vote de la commission d’enquête sur les tueries de juin 2006 et janvier 2007, aucune poursuite n’est à l’ordre du jour.

L’Exécutif : au 20 mai 2008, la complice scission de l’exécutif imposée en février 2007 lors des accords tripartites est pratiquement consommée, et nous assistons aujourd’hui au renforcement de cette même scission par la nomination unilatérale d’un nouveau gouvernement, contrairement à l’esprit de janvier 2007 qui s’est voulu populaire.

Justement, à toute fins utiles, je tiens à rappeler ici que l’aspiration des population en janvier 2007 était tout simplement le départ pur et simple du chef de l’Etat et le changement de régime. N’oublions pas que c’est sous un « Etat de siège » que syndicats et institutions républicaines ont négocié et imposé à la population la complice scission de l’exécutif qui, finalement, a conduit au décret du 20 mai 2008.

Alors, oui, le limogeage du gouvernement de quasi-consensus avide de pouvoir apporte un soulagement, mais ce soulagement ne peut qu’être superficiel car nous sommes encore dans une logique de dictature, de fragilité institutionnelle et de non respect de la volonté populaire.

Le Général Lansana Conté n’a pas à se réjouir de cette situation car une quelconque faiblesse de son futur gouvernement risque de l’amener encore à intervenir de plus en plus, en dépit de son état de santé, dans les guerres de clans des barrons récalcitrants de son régime, au risque d’être amené de nouveau à défendre de temps en temps son pouvoir dans la rue. A moins que, même si c’est beaucoup plus souhaitable que probable, il ait l’audace de composer un véritable gouvernement d’union nationale seul susceptible de redonner espoir aux populations. A ce niveau, je tiens à appeler le RPG à assouplir sa position quant à la participation à un gouvernement d’union nationale. Aujourd’hui, les positions radicales ne rapporteront que misère et désolation pour les populations guinéennes.

Ainsi, pour revenir au profil du futur gouvernement, sur le plan de la justice, s’il y avait des attentes par rapport au gouvernement de quasi-consensus, avec ce nouveau gouvernement il n’y a absolument rien à attendre. Un semblant de justice peut avoir lieu, ça ne sera que règlement de compte. Je ne compte d’ailleurs pas m’attarder sur ce point car c’est à de véritables régressions qu’il faut s’attendre.

Sur le plan économique, suite au retour de la grande famille des kleptocrates de la deuxième république, la petite autonomie de la Banque centrale ainsi que la rigueur jusque là prônée par le dynamique Ministre des finances ne peuvent survivre. Alors à ce niveau aussi, même avec une baguette magique, il faut s’attendre à un empirement de la situation socioéconomique.

Rien qu’en conjuguant les régressions en matières de justice et de droits, avec l’énorme crise socioéconomique qui va s’abattre incessamment sur le pays, il y a lieu d’affirmer que ce nouveau gouvernement, s’il ne fait pas du garage une urgence, c’est à peine s’il tiendra six mois. Ça c’est pour la durée de vie de la pièce de rechange dans la mesure où les élections législatives seront encore repoussées.

Par contre, si ce nouveau gouvernement, en dépit de sa faiblesse en terme de droits et de réformes économiques, décide de faire des législatives une urgence en maintenant sensiblement la date des élections, il pourra faire long feu car en ravivant le débat politique dans l’hémicycle, les grognes populaires s’apaiseront légèrement et la perturbation de la stabilité sociale et politique ne sera de l’intérêt de personne.

De là, nous immergeons sur le plan politique, seul plan sur lequel il y a quelque chose de positif à attendre car, au moins les accords tripartites auront laissé un levier à la société civile afin rester dans le jeu : c’est la CENI. C’est ainsi que, comme au lendemain des accords de février 2007, nous exhortons les syndicats à épauler la société civile et les politiques pour l’organisation d’élections crédibles et transparente. Aujourd’hui c’est l’un des derniers relais des syndicats progressistes pour continuer la lutte car cette CENI est le dernier fruit vivant de leurs accords de février 2007.

Ainsi, globalement, ce n’est que sur le plan politique qu’il faut attendre quelque chose de ce nouveau gouvernement. Cependant, si ce gouvernement surestime le décret du 20 mai 2008 et fait traîner les élections législatives c’est à peine s’il tiendra six mois, et dans ce cas la suite risque d’être très funeste pour la Guinée et ses populations, ce que nous sommes loin de souhaiter. De même, ce n’est pas parce que c’est seulement sur le plan politique que ce gouvernement peut apporter quelque chose que nous devons nous désintéresser. Tout au contraire, le manque de débat politique formel est le premier handicape de notre république aujourd’hui, car les affaires publiques ne peuvent continuer à n’être discutées qu’entre institutions républicaines et syndicats. 

C’est ainsi que nous appelons chacun d’entre nous à faire des législatives de novembre 2008 une cause, et invitons chacun à prendre part aux débats de fond par rapport aux moyens d’organisation d’élections législatives transparentes, mais surtout, par rapport au rôle et au pouvoir de la future Assemblée nationale.

« Les lois et les institutions sont comme des horloges ; de temps en temps, il faut savoir les arrêter, les nettoyer, les huiler et les mettre à l’heure juste. » Lord Byron

« Vive la voix de la jeunesse, vive l’esprit de janvier 2007 pour que vive la République de Guinée »

Mamadou Oury Diallo, Maroc

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Vos commentaires
DIALLO, mercredi 28 mai 2008
C`est intéréssant ta reflexion, mais un pays n`avance pas si la tromperie est dans le sang des dirigeants et l`accès au pouvoir le moyen de s`enrichir.

Dernière mise à jour 25/06/2011 13:53:55
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