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Guinéennes et Guinéens, les nations se construisent, naissent et grandissent tout au long d’une roue qui, même si elle avance très lentement, ne recule jamais. Cette roue, c’est la roue de l’histoire des peuples. L’histoire du peuple de Guinée, comme tout peuple qui à refusé de piétiner la dignité humaine et accepté de prendre son destin en main, est l’histoire d’hommes et de femmes libres. L’Homme libre est celui qui a la latitude de dire « OUI » ou « NON » à son prochain, car, après tout, nous ne sommes tous que des Hommes. Si le 02 octobre 1958 est la proclamation de l’indépendance coloniale de la Guinée, cependant, c’est le 28 septembre de la même année qui symbolise l’affirmation et l’aspiration d’un peuple, et de tout un continent, à la Liberté. Cher(e)s compatriotes, par reconnaissance, permettez-moi au nom de tous ces Guinéens et toutes ces Guinéennes qui sont nés libres sur leur propre territoire, de saluer, à sa juste valeur, l’audace, le sacrifice et l’œuvre des pères de l’indépendance coloniale guinéenne. Toute personne qui se dit guinéenne ou guinéen doit absolument se reconnaître en ce « NON » du 28 septembre 1958, car ce « NON » n’est point l’expression d’une personne ou d’une communauté de personne, mais plutôt l’expression de tout un peuple. De ce fait, la première caractéristique de tous fils et toutes filles digne de la Guinée doit absolument être « la liberté de choisir, la liberté de penser, la liberté de s’autogouverner, la liberté, la liberté et encore la liberté. » Par ailleurs, si l’époque des indépendances fut euphorique et glorieuse pour l’humanité et les peuples d’Afrique, elle est cependant restée très éphémère car, allait alors s’annoncer la longue, douloureuse et très rude école de la démocratie : c’est l’épreuve de l’auto gouvernance. En dépit du fait qu’il a été salué, plus haut, l’audace, le sacrifice et le rôle des pères de l’indépendance coloniale de la Guinée, cependant, par le fait de ces mêmes précurseurs, le peuple du 28 septembre 1958 a connu durant 26 années, à ses dépens, les dérives totalitaires, symbolisées par des pendaisons et le camp boiro, d’un Parti-Etat à l’essai de l’autogouvernance. Cher(e)s compatriotes, permettez-moi, au nom de l’humanisme et du sacrifice démocratique, de saluer humblement et d’honorer dignement la mémoire de tous ces hommes et de toutes ces femmes qui ont été victimes du Parti-Etat en Guinée. Il serait un peu exagéré de dire qu’après les 26 années de la première république, aucune leçon n’a été tirée par le peuple de Guinée. Ne serait-ce que le bannissement du communisme suicidaire et l’orientation libérale sur le plan politique et économique peuvent être qualifié de leçons tirées par la deuxième république. Cependant, nous convenons tout de même que si des leçons ont été tirées, il apparaît clairement qu’elles n’ont pas du tout été suffisantes car, en 24 années de gouvernance, les dérives totalitaires et la faillite socioéconomique de la deuxième république annoncent des lendemains encore très sombres pour toute une génération de Guinéennes et Guinéens. Il apparaît ainsi que, après 50 années d’autogouvernance, l’Etat social est totalement absent: · Au niveau de la santé publique : non seulement plus de 45% de la population n’a pas accès à la santé pour les maladies primaires, mais de plus, le système de santé publique n’aura jamais été autant inefficace par manque de compétences, d’infrastructures et d’équipements. Même pour une simple fracture au bras, les patients qui ont les moyens effectuent un voyage sanitaire dans la sous-région. Sans compter la propagation effrénée des épidémies de Sida, du paludisme, du choléra et de la fièvre typhoïde qui continue à faire des victimes considérables parmi nos populations. · Au niveau du système éducatif : alors que les ressources humaines sont le premier facteur de progrès en ce 21e siècle, l’école guinéenne continue à occuper le rang de bon dernier dans la sous-région ouest-africaine. De plus en plus d’écoles ferment dans les zones rurales, les abandons avant le lycée et l’université s’accroissent, les programmes scolaires sont caduques, les enseignants sont de plus en plus misérables et les infrastructures scolaires complètement sinistrées. Alors que nous vivons dans un monde d’information, aucune politique publique n’est encore menée pour intégrer l’apprentissage des langues étrangères et de l’outil informatique dans nos écoles primaires. L’ensemble de ces faits fait que, à ce jour, le cadre guinéen demeure le moins compétitif dans la sous-région ouest-africaine. · Au niveau des canaux de transport et du transport public : alors que la communication aérienne, maritime et routière est l’un des facteurs d’intégration de l’économique nationale et sous-régionale, la Guinée peine encore à avoir sa première autoroute, sa compagnie aérienne et son digne aéroport international. Quant au transport public, la population est laissée pour son compte dans un environnement de hausse continuelle des tarifs. Les dépenses de transport occupent plus de 20% du revenu des ménages, et plus de 40% pour ceux qui s’aventure encore à utiliser leur véhicule. · Au niveau de la fourniture en eau, électricité et l’assainissement : alors que l’eau potable est décrétée comme étant un droit par l’ONU, et que de grands cours d’eau de la sous-région prennent leur source dans le bassin guinéen, l’eau potable et l’électricité sont encore considérées comme un luxe par les populations guinéennes qui vivent dans une insalubrité sans précédant. Cet environnement conditionne l’accroissement des bidons-villes et des ghettos dans nos centres urbains. A ce jour, à peine 1 Guinéen sur 70 possède sa propre maison, et parmi ceux qui en possèdent, moins de 15% ont une maison qui respecte les normes de salubrité. · Au niveau de l’ordre public et de la sécurité : alors que la sécurité des biens et des personnes est le premier facteur de la santé d’une économie et de l’épanouissement de ses populations, en Guinée les tensions sociales et l’anarchie font loi. La loi n’a plus aucun sens et les libertés publiques complètement bafouées. L’armée guinéenne en tant que structure n’existe plus et les forces de l’ordre se sont reconverties en mercenaires sous le poids de la misère. C’est ainsi que le crime organisé, le grand banditisme et le trafic de toutes sortes de stupéfiants trouvent leurs nids dans nos centres urbains. · Au niveau de la justice : non seulement depuis la première république le peuple de Guinée n’a pas encore connu une justice crédible et souveraine, mais de plus, durant cette deuxième république, la justice guinéenne n’existe que pour les économiquement forts. Des affaires de répression et de criminalité économique et financière restent encore non élucidées. Dans le même ordre, sur le plan économique, après 50 années d’auto gouvernance, le constat reste très alarmant : · L’administration publique et la corruption : alors que les rapports du FMI et de Transparency International indiquaient que la Guinée est le pays le plus corrompu de l’Afrique en 2007, la dispendieuse et inefficace administration publique guinéenne s’est transformée en une grosse machine de détournement de fonds et de biens publics, de marchandage des services publics les plus élémentaires et de trafic d’influence au plus haut sommet. La corruption ferait perdre ainsi plus de 15 millions de dollar par an à la Guinée. · L’inflation, le chômage et la pauvreté : accumulant des déficits budgétaires non contrôlés et des dettes publiques supérieures au PIB, le financement par la planche à billets a fini par étouffer complètement l’économie réelle avec des taux d’inflation et de chômage avoisinant, respectivement, les 30% et 35%. Non seulement cette situation grippe le climat des affaires et décourage les investissements locaux et étrangers, mais de plus, elle plonge les populations dans une précarité et une misère inimaginable avec des revenus en dessous de 0.7 dollars par jour. · Le secteur primaire et la sécurité alimentaire : complètement abandonné par les autorités publiques, en dépit de conditions naturelles favorables et d’une opportunité de production économiquement et socialement rentable, le secteur primaire guinéen apporte moins de 5% au PIB et détruit de plus en plus d’emplois, notamment en zone rurale. De ce fait, la Guinée enregistre un taux de dépendance d’environ 75% pour des produits alimentaires élémentaires, entraînant du coup les populations dans une famine sans précédant. · Le secteur secondaire et les mines : contributeur à plus de 80% dans le PIB, le secteur des mines est le gros poisson des recettes publiques intérieures en Guinée. Cela est loin d’être une bonne nouvelle, car avec aucune industrie viable implantée en plus de 50 années d’exploitation, les mines, au lieu de renforcer le tissu industriel et bénéficier aux populations locales, n’ont fait que consolider et contribuer à la formation de classes kleptocrates et mafieuses qui ont fini de brader toutes les ressources naturelles de la Guinée. · Le secteur tertiaire : avec les télécoms et le commerce, ce secteur est certainement celui qui a le plus bénéficié de l’orientation libérale de la deuxième république. En dépit du fait que c’est un secteur en expansion, cependant, une culture d’anarchie des affaires marque ce secteur de telle sorte que les consommateurs arrivent à peine à bénéficier de cette ouverture. Très cher(e)s compatriotes, nous pouvons à la limite trouver par-ci et par-là quelques aspects positifs qui nous permettront de fêter, dans le sens festif du terme, ce cinquantenaire. Mais la dure réalité est là : « après 50 années sous le poids cumulé des gouvernances médiocres des deux premières républiques, non seulement l’existence du citoyen guinéen est menacée, car son espérance de vie est en-dessous de la barre des 43 ans, mais de plus, les fondements même de la nation guinéenne sont menacés. » C’est ainsi que ce cinquantenaire, celui dont nous avons l’honneur de vivre ensemble aujourd’hui, devrait être l’occasion pour chacun d’entre nous de se remettre profondément en cause, de renouveler son engagement envers la patrie et d’affirmer sa dévotion à l’égard de la mission qui incombe à notre génération. Jamais nous ne le répéterons assez : la mission qui incombe à notre génération n’est point d’édifier des gratte-ciel ni de continuer à se contenter du petit confort que nous vivons à l’étranger. Il y en a assez, je dis bien assez, par faute d’engagement et de sacrifice collectif, de continuer à permettre à une minorité d’aller jusqu’à menacer les fondements de notre grande nation et l’existence du peuple souverain de Guinée. Quel autre message attendons-nous après l’insurrection de janvier 2007 ? Attendons-nous peut-être que la guerre civile s’installe sur nos terres ? Attendons-nous peut-être que nos voisins, l’Union Africaine et la communauté internationale nous aident à résoudre notre crise ? Cher(e)s compatriotes, nous n’avons plus droit à l’erreur. Pour le demi-siècle à venir, la mission de notre génération est avant tout : « de consolider les fondements de la nation guinéenne, poser les jalons d’une véritable démocratie guinéenne et ramener la prospérité sur les terres de Guinée. » A cet instant précis de notre histoire, la réussite de cette mission, la nôtre, ne dépendra que deux facteurs : notre attitude face à cette crise de gouvernance et de leadership, mais surtout, la volonté de chacun de nous à consentir un sacrifice historique pour la patrie. Cela parce qu’une chose reste certaine, la Guinée dispose encore de ressources à la hauteur des ambitions d’une grande nation, celle du 28 septembre 1958. Très cher(e)s compatriotes, c’est pour justement rompre définitivement avec cette attitude permissive et prendre notre mission à bras-le-corps que je vous propose, à l’occasion du cinquantenaire de notre indépendance coloniale, une « LIGUE », celle des démocrates réformistes de Guinée. « La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » ou la « LIGUE » se veut avant tout : · Un espace de rencontre entre ceux qui savent et ceux qui peuvent : étant convaincu que l’inefficacité des actions des forces progressistes guinéennes est particulièrement due à leur dispersion, la « LIGUE » se propose l’artisane d’une harmonie salvatrice entre l’intelligentsia guinéenne dans toute sa diversité et les forces socioéconomiques progressistes. · Un espace de dialogue national : étant convaincu de la nécessité d’intégrer toutes les sensibilités socioéconomiques et ethniques dans la définition du modèle guinéen, la « LIGUE » se propose le trait d’union et le point de consensus national. · Un espace de partage de savoir et d’expérience : étant convaincu de la nécessité de capitaliser sur l’expérience des aînés et d’agir avec l’énergie de la jeunesse, la « LIGUE » se propose un canal de transfert des outils et du savoir des aînés.
· Un espace de partage de savoir et d’expérience : étant convaincu de la nécessité de capitaliser sur l’expérience des aînés et d’agir avec l’énergie de la jeunesse, la « LIGUE » se propose un canal de transfert des outils et du savoir des aînés. Consciente et convaincue que l’esprit de parti n’a aucun sens en cette époque critique de l’histoire démocratique de la Guinée, « la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » se veut un organe complètement apolitique. En dépit de son apolitisme, plus qu’un simple organe de plus dans l’environnement associatif et politique guinéen, « La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » se veut une alternative crédible car elle véhicule des valeurs et défends des idéaux : Les valeurs de la « LIGUE » sont : · La neutralité politique : pour la « LIGUE », cette valeur se définie comme étant une faculté de prise de position objective par rapport à une situation donnée. La « LIGUE » défendra toute politique, toute action ou toute proposition conforme à ses idéaux, d’où quelles viennent ; de la même façon, elle critiquera toute politique, toute action et toute proposition non conforme à ses idéaux, d’où quelles viennent. · Le sens de l’action : pour la « LIGUE », cette valeur désigne la faculté de proposer et d’apporter des solutions concrètes, pratiques et réalisables à une situation donnée. La « LIGUE » proposera des solutions (conjoncturelles, à moyen et à long terme), élaborera des stratégies, définira des plans d’action concrets et usera de tous ses pouvoirs pour réaliser ses plans. · L’esprit réformateur : pour la « LIGUE », cette valeur désigne la volonté de rompre avec l’immobilisme et l’audace d’oser le progrès dans l’ensemble des domaines socioéconomiques et politiques. La « LIGUE », en s’appuyant sur ses laboratoires de recherche et la synergie de ses membres, proposera et remettra continuellement en cause ses propres solutions afin d’être à l’affût de la modernité et de l’efficience. Quant aux principaux idéaux défendus par la « LIGUE » : · La « LIGUE » croît aux valeurs humaines : pour la « LIGUE », non seulement l’Homme est au cœur, mais aussi il est la fin de toutes nos œuvres. Pour la « LIGUE », les valeurs humaines doivent prévaloir au sein de la société guinéenne et dans le monde en général. La « LIGUE » participera et élaborera des politiques d’éducation et de sensibilisation des populations aux valeurs humaines. La « LIGUE » défendra les droits humains et veillera à la sauvegarde de ces valeurs. · La « LIGUE » croît aux principes démocratiques : pour la « LIGUE », la démocratie se définit comme le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. La « LIGUE » veillera à ce que cette définition soit effective à tous les échelons des pouvoirs publics en Guinée. Pour la « LIGUE », le suffrage universel est l’expression la plus pertinente de la démocratie car, pour elle, un bulletin de vote est plus fort qu’une balle de fusil. Ainsi, la « LIGUE » définira et agira en faveur d’une démocratie dénuée de tout abus de pouvoir et équilibrée entre pouvoir central et collectivité locale. · La « LIGUE » obéit au Libéralisme-social : la « LIGUE » définit le libéralisme-social comme un Etat conçu de manière à amener l’individu à aiguiser son individualisme tout en le promettant des récompenses doubles pour toute contribution à l’amélioration du cadre social. Le cœur de l’Etat Libéral-socialiste étant la démocratie authentique, la « LIGUE » croît que l’intervention de l’Etat est inversement proportionnelle au niveau social de la majorité des populations. La « LIGUE » veillera au surgissement d’un Etat Libéral-socialiste équitable et démocratique en Guinée. En vertu de ses valeurs et de ses idéaux, consciente de sa mission, la « LIGUE » définit ses objectifs ultimes pour les 50 années à venir comme suit : · Doter la Guinée d’une troisième république humaniste et équitable ; · Doter la Guinée d’une administration publique moderne permettant d’engager des actions efficaces ; · Assurer la sécurité juridique et opérationnelle des investisseurs locaux et étrangers pour l’émergence d’un secteur privé dynamique et compétitif ; · Assurer la présence d’un Etat Libéral-socialiste fort sur ses prérogatives régaliennes. Pour atteindre ses objectifs, « La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » s’appuiera sur les principaux flancs suivants: · La société civile guinéenne dans toute sa diversité ; · Les collectivités locales décentralisées ; · Les organes actifs de la « LIGUE » ; · Les institutions sous-régionales et continentales ; · Les institutions internationales et les partenaires au développement. Très cher(e)s compatriotes, ce n’est là qu’un aperçu du Manifeste de la « LIGUE » que je vous propose à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance coloniale de la Guinée. Cette « LIGUE » se voulant solide et crédible dans le temps, alors il n’est pas nécessaire de l’associer à une personne ou à une communauté de personne. « La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » est un état d’esprit, des valeurs et des idéaux, des convictions et un engagement pour une cause bien définie. C’est ainsi que je lance un appel : · A mes compatriotes qui partagent les valeurs et les idéaux de la « LIGUE » ; · A toute l’intelligentsia apolitique guinéenne ; · A tous les producteurs de savoirs, les écrivains, les chercheurs, les enseignants, les professeurs, les maîtres d’écoles,… · A la jeunesse guinéenne de tous les bords ; · A la société civile guinéenne au sens large ; · A tous mes compatriotes qui ne perçoivent plus aucune alternative avec les formations politiques guinéennes actuelles ; · A tous les cadres, entrepreneurs et opérateurs économiques qui partagent les valeurs de la « LIGUE » ; · A tous les Guinéens et toutes les Guinéennes, de l’intérieur comme de l’extérieur, qui sont convaincus qu’il n’est pas nécessaire de militer dans une formation politique pour être à la hauteur de la mission de notre génération; Je vous demande, en hommes et femmes libres, de rejoindre la « LIGUE », de joindre nos forces et de canaliser nos énergies pour sauver la Guinée et l’avenir de nos postérités. Cet appel n’est point celui d’une personne donnée, mais plutôt celui de toutes les victimes des deux premières républiques et des misérables populations guinéennes. Cet appel est celui à la libération du peuple de Guinée (ligue50@gmail.com). Guinéennes et Guinéens, je ne peux clore cette contribution sans pour autant manifester l’immense honneur que j’éprouve d’être parmi cette génération à vos côtés. Joyeux cinquantenaire à toutes et à tous !
Mamadou Oury Diallo, Canada Président de la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée (LIGUE) pour www.guineeactu.com
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