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Le séjour concerté ou pas, des chefs des trois principaux partis politiques guinéens dans certaines capitales africaines et à Paris, a donné lieu à des gesticulations puériles de compatriotes proclamés ou autoproclamés « éditorialistes », « leader d’opinion » et tout ce que vous voudrez. Ici, on est choqué, là, Dadis serait seul sur le terrain. Ailleurs, on fait encore plus fort. Messieurs Alpha Condé, Sidya Touré et Cellou Dalein DIALLO auraient tout simplement mis le feu au pays, et se seraient enfuis (voir texte de mon ami Jacques KOUROUMA). Heureusement que le capitaine « président » autoproclamé est seul sur le terrain. Rien de moins que ça. Excusez du peu !
Nos trois nouveaux « mousquetaires », sans être de connivence, ce serait faux de le dire ou même de le supposer, ont en commun de vouloir s’ériger en Esprit Supérieur par rapport à Cellou Dalein, Sidya Touré et Alpha Condé qui, eux, seraient des « niais, des couards », ne comprenant rien à rien. Alors, ils s’acharnent à montrer qu’il suffit que leur « héros solitaire » Dadis lève le doit, pour que nos malheureux trois leaders politiques prennent leur jambe à leur cou. Et Hop, ils vont se cacher en dehors du pays. Et qui sait, peut être définitivement. Avouez que, comme discours, il y a plus mesuré et moins enfantin.
Intrigué par cet étrange attelage, je m’interroge si mon frère Kylé réalise l’étrangeté de son nouveau compagnonnage, peut être involontaire, et que j’espère non renouvelable.
Un leader politique est un homme public. Il ne peut prétendre à l’intouchabilité. A un moment ou à un autre, il sollicitera nos voix, lorsque les conditions d’une élection libre, transparente et honnête seront réunies. Et il n’est pas nécessaire d’être un militant encarté pour appuyer ou critiquer la démarche politique de tel ou tel leader politique car, il parlera en notre nom, dès lors qu’il aura été élu dans les conditions de transparence, de liberté et d’honnêteté acceptables. Je les tance moi-même, parfois sur un ton sévère, mais toujours respectueux.
Alors, que reproche-t-on à nos malheureux hommes politiques (Sidya, Cellou Dalein et Alpha Condé) ?
1°. Ils auraient mis le feu au pays et auraient pris la fuite.
Le capitaine autoproclamé « président » est un homme heureux. Le lynchage nocturne gratuit de l’inoffensif général TOTO CAMARA par ses hommes, est resté impuni. D’autres colonels et commandants, avant TOTO, avaient subi la « fraternité » sanguinaire de l’impulsif capitaine « président ». L’humiliation quotidienne des Korka DIALLO, de colonel Baldé, et autres, n’était que broutille. Le lieutenant Alphonse Saa a eu moins de chance. Les hommes du capitaine « président » se sont contentés de l’écrabouiller avec la bénédiction de leur chef. Hospitalisé clandestinement à l’hôpital Ignace Deen, il restera vraisemblablement paralysé, sans jamais savoir pourquoi. Notre capitaine « président » va de succès en succès, certes sanguinolents, mais succès tout de même pour lui. Il s’estime « béni » et nous autres « maudits ». De simples citoyens sont lynchés pour n’avoir pas cédé le passage à la milice ethnique militarisée du capitaine.
Les massacres de policiers ainsi que les tueries du Pont 8 Novembre en Janvier et Février 2007 sont mis sur le seul dos très large du naïf Claude PIVI. Le très « courageux » capitaine «président »autoproclamé le désigne à la vindicte populaire. Il serait le seul Responsable et Coupable des tueries, tandis que ses Supérieurs hiérarchiques (capitaine Moussa Dadis CAMARA, capitaine Ousmane Conté, le commandant Moussa KEITA et d’autres), tous présents sur le lieu des tueries, seraient des oies blanches. Ils n’ont rien vu, ni entendu. Mais ils désignent tout de même leur Subordonné, Claude PIVI, à la vindicte populaire. Il faut dire que l’adjudant PIVI (à l’époque des faits il n’était qu’adjudant) est très commode. Soldat discipliné, il obéit aux ordres de ses Supérieurs Moussa Dadis CAMARA et Ousmane Conté, lesquels lui ordonnent de faire tirer à balles réelles sur une foule de plusieurs milliers de manifestants pacifiques. Il exécute les ordres reçus. Entre temps, son chef Moussa Dadis CAMARA s’est autoproclamé « président ». Il veut donner une apparence légale à un pouvoir capté. Son passé récent de tueur de ses propres compatriotes, le rattrape. Et pour s’exonérer de toute responsabilité, il va au plus simple : PIVI est responsable de tous les massacres. Ses hommes à lui se chargeront de propager la consigne. Voilà ! Le sort du capitaine Claude PIVI est scellé. Tôt ou tard, la milice ethnique de Dadis l’éliminera. Car, il a un autre « défaut » majeur. Il respecte sa parole d’officier. D’où sa tendance à exécuter aveuglément les ordres reçus.
Voilà certains des différents feux allumés que, ni Sidya, ni Cellou Dalein, ni Alpha Condé n’ont besoin de fuir. L’incendiaire possible est désormais bien identifié : Moussa Dadis et ses clans ethniques militarisés.
2°. Cellou Dalein, Alpha Condé et Sidya des « fuyards » ?
Le capitaine « président » peut dire qu’il a la baraka. Des compatriotes aux intentions pas très claires, ont identifié à sa place et pour lui les coupables perpétuels et Définitifs de tous les maux de notre pays : Alpha Condé, Sidya Touré et Cellou Dalein. Ils auraient commis l’horrible « crime » de ne pas se rendre aux convocations du « génial » et « vertueux » capitaine Moussa Dadis. Ils ont commis un deuxième crime : ils font un séjour à Paris, sans justifier auprès de nos « politologues au petit cerveau » parisiens du Net, l’opportunité de leurs déplacements, ni demander l’autorisation à leur « Dadis seul sur le terrain ». Crime abominable.
Notre impulsif capitaine « président » proclame dans une salle presque vide, qu’il aurait pu empêcher Sidya, Cellou Dalein et Alpha Condé de sortir du pays. Aussitôt, les maîtres-penseurs parisiens bondissent sur leur clavier. Ils viennent au secours de Dadis dont les trois hommes politiques auraient peur. Ils auraient donc fuit devant le « magnanime capitaine. Ils ont déserté le pays, il n’y a plus que Dadis, leur couardise est sans limite, tandis que le capitaine « président » est un stratège inégalable. Je pourrais continuer la liste. Elle est interminable. Bref, sortons un instant des fariboles pour redevenir sérieux.
Selon moi, Alpha Condé, Sidya et Cellou Dalein ont été bien inspiré de ne pas assister aux incessantes jérémiades de l’impulsif Dadis. Et en privilégiant leurs rendez-vous africains et européens, ils ont indiqué clairement au pays que les déclarations martiales du capitaine perpétuellement agité (on ne sait par quoi ?) ne sont que de vaines gesticulations. Je suis heureux de leur initiative. Je ne suis pas indigné. Bien au contraire. Comme le dit un internaute, ils n’ont pas à se prêter aux caprices d’un officier farfelu.
Simples questions :
1° Qui ce capitaine Dadis peut-il empêcher de sortir de la Guinée ? Sidya ?, Alpha Condé ?, Cellou Dalein ? Pourquoi ?
Puisqu’ils auraient fui, alors, qu’il les arrête à leur retour, car, ils reviendront et ressortiront comme bon leur semble, chaque fois qu’ils en éprouveront la nécessité.
2°. Pense-t-il qu’adossé à des milices ethniques récemment recrutées, il est devenu propriétaire de la Guinée et des Guinéens ?
Pour ma part, je pense que Moussa Dadis est un fanfaron. Il n’a ni le pouvoir, ni le droit d’empêcher un Guinéen de sortir et de rentrer dans son pays. D’autres vrais citoyens Républicains en uniformes se chargeront de lui rappeler ce qu’est un Etat de droit. J’en suis certain, car il y en a dans nos forces de sécurité, même s’ils sont actuellement piétinés par les milices ethniques militarisées de notre inquiétant capitaine.
Il paraît que « Dadis est seul sur le terrain » dans notre pays. Peut être. Mais alors, il s’agit d’un terrain d’une extrême exiguïté. Car, son périmètre ne dépasse guère les limites du camp Alpha Yaya. Il n’est même pas sûr qu’il puisse fouler le sol de l’ensemble du camp dont il ne sort qu’encadré par une milice ethnique de deux cents personnes au minimum, armées de lance-roquettes, de kalachnikov et autres armes de guerre. Puisque, dit-il, le « peuple » le réclame comme candidat, il devrait immédiatement quitter l’armée et entreprendre sa campagne électorale à Labé, Coyah, Lola, Siguiri, Tanènè….
Je suis surpris que nos nouveaux mousquetaires n’aient pas eu le temps d’attirer l’attention de leur « Dadis seul sur le terrain » sur ce petit détail. Mais peut être, était-il plus urgent pour eux de châtier les Cellou Dalein, Sidya Touré et Alpha Condé de s’être « enfui » sans l’autorisation du capitaine « président » ?
En tout de cause, il me semble plus utile d’arrêter la fuite en avant de l’impulsif Dadis, que de se livrer à une dénonciation démagogique de voyages d’hommes politiques, même si on ne les aime pas. Au demeurant, je ne suis pas certain que le pays adhère à ces indignations factices qui cachent autre chose.
Mamadou Billo SY SAVANE (Rouen)
www.guineeactu.com
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