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Le show de Dadis est trop long mais peu varié. Je ne sais pas si notre capitaine est chaleureux dans la vie mais il donne à la TV l’impression d’être échauffé. C’est inquiétant d’être sous les ordres d’un chef aussi irascible qu’imprévisible. Je comprends que ses collaborateurs aient la peur au ventre à chaque fois qu’ils le croisent. Quand on est en face d’un Béret Rouge qui entre dans une colère noire peut-on vraiment rire jaune ?
Dadis excelle dans l’art d’inférioriser ses compagnons de route. Après les Sandé, Sidiki Camara, Toto Camara etc. c’est au tour de Korka « Camara » (me trompé-je ?) d’être humilié par Dadis Camara ! Le général Konaté Sékouba sera-t-il victime d’un prochain coup bas ?
Revenons au cas Korka Diallo ! Je ne sais pas ce qu’a fait ce ministre pour Madeleine au point de déclencher le courroux du chef de la junte. Heureusement qu’il ne s’est pas agi de problème de mœurs. Mais une question simple se pose : si aider Madeleine c’est trahir Moussa, alors celle-là serait-elle ennemie de celui-ci ?
D’après les renseignements en ma possession, le ministre du commerce Korka semble n’avoir commis aucune faute, la procédure administrative ayant été respectée. Je rappelle que dans un département ministériel, le schéma hiérarchique est le suivant : le ministre, le secrétaire général, le chef de cabinet, le directeur national, le chef de division, le chef de section et le chargé d’étude. Un document qui transite par toutes ces étapes est, en principe, presque parfait et le ministre peut le signer sans problème majeur. Pousser un dossier c’est simplement réduire son temps de traitement et non brûler une étape.
En réalité, cette histoire est une affaire militaro familiale mais peu familière: le capitaine Dadis est chef de l’armée et daddy de la gendarme Madeleine tandis que le colonel Korka est ministre du commerce et tonton de cette Madeleine. Vous comprenez quelque chose avec ces gens d’armes ? Cependant, je trouve que le mot trahison est trop fort, donc inadapté. Heureusement que la poudre n’a pas parlé !
Qui dit commerce, dit échange. Pour le ministre Korka, les termes de l’échange télévisé avec Dadis n’étaient pas équilibrés. Il est l’unique responsable de son déficit moral ! Rappelons qu’il était le chef de Dadis à l’intendance de l’armée, plus gradé, même à ce jour, que lui ! Korka s’est donc lui-même humilié et fait honte à sa famille. Lorsque Dadis a menacé, en tant que père de famille, de porter plainte contre Korka au lieu de chicoter sa fille, ce dernier devrait, s’il avait eu un peu de courage, porter plainte lui aussi, en tant que père de famille, contre Dadis pour outrage télévisé en direct « à ministre en exercice » et offense délibérée « à père de famille avec intention de l’humilier » !
Face à Dadis et en direct à la télé, Korka aurait dû tenir le langage suivant : « Je n’ai pas à présenter des excuses car je n’ai commis aucune faute sur le plan professionnel. La procédure administrative a été respectée ! Je suis plus gradé que vous, même si la situation actuelle fait que vous êtes devenu mon supérieur hiérarchique en votre qualité de chef de notre junte militaire. N’oubliez pas, capitaine, que vous étiez sous mes ordres et que la roue peut tourner ! Si vous ne voulez plus de moi, suspendez-moi soit du CNDD, soit du gouvernement (dans ce cas, demandez à M. Komara de le faire par respect pour le Premier Ministre) soit des deux institutions à la fois. C’est à vous de me présenter des excuses en commençant par me vouvoyer car nous n’avons pas assommé des agoutis ensemble ! En vrai soldat, je préfère recevoir 12 balles dans la peau qu’une once de honte. Pour qui me prenez-vous ? »
Habitué à amuser la galerie, Dadis aurait probablement répondu ceci : « Vous êtes un patriote mon colonel et je vois que vous êtes différent de ceux qui m’excèdent avec le titre « excellence » ! Prenez vous aussi un coupe-coupe et aidez-moi à débroussailler ce pays infesté de corrompus, de corrupteurs et de narcotrafiquants. Chicotez ma fille fautive car c’est la vôtre…. »
Evidemment, je rêve les yeux ouverts. J’ai vu tellement de fictions à la télé ! Revenons à la douloureuse réalité.
Souvenons-nous que Korka avait été victime d’une tentative d’assassinat et évacué au Maroc pour des soins intensifs à la suite de blessures par balles. Je crois que Korka devenu poltron de l’année n’a pas rendu l’âme mais il est mort, « tué » par Dadis, le patron de l’armée. Il devrait, pour ressusciter, donner sa démission. C’est la seule mais étroite voie qui permettrait à sa famille de relever la tête.
Dadis dit ne vouloir personne chez lui et demande qu’on laisse sa famille tranquille. Au lieu d’inverser les rôles, il devrait plutôt demander aux siens de ne pas recevoir les flatteurs. Je ne connais pas l’ampleur du charme attractif de Mme Dadis mais, en sa qualité de première dame du moment, ce n’est pas étonnant qu’elle attire une faune d’escrocs. Je salue Mme Dadis qui est encore discrète et qui n’a pas créé les habituelles ONG et autres associations bidon ! Que Dadis respecte aussi la réciprocité en ne cherchant pas lui non plus à aller chez les autres par caméra interposé. Qu’il ne s’évertue pas à humilier les uns tout en protégeant d’autres. Pourquoi épargne-t-il soigneusement la famille Conté qui a pillé (elle n’est pas la seule) nos ressources et introduit la drogue dans le pays ? Que fait son ami Pivi dont le redoutable regard ne force pas que des enfants à faire pipi au lit ? Ce musclé ministre, dangereux puisque devenu discret, bardé non pas de diplôme mais de gris-gris aurait massacré avec ses hommes plus de 40 jeunes policiers aux fins de récupérer une cargaison de drogue dont on ignore encore le bénéficiaire final. Pourquoi la mort de tant de poulets alors qu’aucune grippe aviaire n’est signalée en Guinée ? Pourquoi Dadis maintient-il une caste d’intouchables, l’hindouisme n’étant pas la religion principale de son pays ?
Dadis doit être crédible. Pour cela, il doit être juste. Pour être juste, il ne doit pas faire lui-même la justice mais la confier à la justice !
Ainsi, faut-il corriger les fautes de l’Etat par d’autres injustices ? Lourde erreur !
Prenons, par exemple, le cas de ceux qui ont acheté des biens de l’Etat. Certains ont des titres de propriété délivrés par le ministère de l’habitat en bonne et due forme et n’ont pas squatté les terrains qu’ils occupent. Pourquoi les en déloger sans indemnisation ? Il faudrait poursuivre en justice les chefs de quartiers, les préfets, les gouverneurs et les cadres du ministère et autres membres du clan Conté qui ont bradé le patrimoine foncier du pays. Que les acheteurs portent plainte contre les vendeurs et que justice soit faite ! Il y a une continuité de l’Etat et ce n’est pas à Dadis seul de faire la justice, je le répète parce que c’est très important.
Il faut distinguer 2 cas : ceux qui sont titulaires d’un titre de propriété et d’un permis de construire. Si l’Etat veut les exproprier pour des raisons d’utilité publique, il doit les caser ailleurs avant de casser leurs maisons et les indemniser à la valeur actualisée de leurs biens immobiliers. On pourrait s’inspirer de ce qui a été fait à Conakry, paraît-il, pour les transversales T1,T2 et T3, la Route des Princes et l’axe Hamdallaye-Bellevue au temps du ministre Bana Sidibé qui avait défini les réserves foncières de l’Etat. En revanche, ceux qui occupent illégalement des terrains de l’Etat doivent déguerpir sans délai et s’estimer heureux de ne pas être poursuivis par la justice.
Il convient de préciser que tous les acheteurs ne sont pas toujours de vraies victimes car certains savaient très bien ce qu’ils faisaient. Quand on achète à vil prix un terrain dans l’enceinte d’une usine désaffectée comme l’ancienne conserverie de Mamou, on ne peut pas soutenir qu’on ne sait pas ce qu’on a fait !
Aujourd’hui, Dadis cumule les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Donc, nous ne sommes pas en démocratie même si on constate un léger mieux par rapport au régime précédent.
Ce qui m’inquiète, c’est le soutien irraisonné apporté à Dadis qui risque de succomber à la gigantesque « mamaya » organisée autour de lui. Je ne crois pas à la récurrente théorie du bon chef qui serait entouré de médiocres et de profiteurs malhonnêtes. En Guinée, on dit toujours que le fautif c’est l’autre, que le chef est gentil mais que c’est son entourage qui le trompe. Que Dadis fasse gaffe ! Quand il dit qu’en sa qualité de Président, personne ne doit le contredire et que des excités acquiescent ce genre de propos, je dis que le pays n’est pas encore sur de bons rails !
On ne naît pas dictateur, on le devient. Un dictateur sort toujours d’un atelier grâce à des ouvriers spécialisés que sont ses flatteurs. Tous les maillons de la chaîne de montage sont en place à Conakry. La récente mobilisation de jeunes (certains, venus de la lointaine préfecture de Lola, ont souffert dans la capitale où rien n’était prévu pour bien les loger et les nourrir) au stade du 28 septembre (qu’on risque de rebaptiser stade du 23 décembre si on n’y prend garde) s’inscrit dans une optique d’encensement. Cette nouvelle « JRDA » rappelle celle de Sékou Touré. C’est facile de dire ensuite qu’on a répondu à l’appel du peuple laborieux de Guinée et des forces vives de la nation !
A force de trop « gonfler » Dadis par des louanges ses partisans risquent de le faire exploser. Ce sont les potes qui font un despote ! Je suis inquiet pour mon pays car on y brasse tellement de vent qu’on pourrait y installer des éoliennes pour l’alimenter en électricité.
Actuellement, Dadis, ex patron de l’essencerie de l’armée est président du CNDD, chef de la junte qui gère l’Etat mais pas président de la république bien qu’il en fasse office. Cette fonction suppose, en effet, des élections, même truquées. Arrivé clandestinement au sommet de l’Etat, il fait un travail au noir car il n’a pas d’autorisation de travail délivrée par la nation. Qu’il fasse le ménage dans les principaux locaux et, un jour, il pourra être régularisable, s’il fait preuve d’impartialité.
Dadis a marqué quelques points positifs. Je pense que s’il est probablement sincère, il est certainement maladroit. On pourrait donc le soutenir, à condition qu’il se montre équitable, juste et moins colérique. Depuis sa prise de pouvoir, il n’a pas versé directement, si je ne me trompe, de sang humain. Mais ses coups de coupe-coupe déclenchent chez ses victimes des hémorragies internes, ce qui peut être fatal.
On attend de lui, faute de mieux, qu’il balaie la « maison Guinée » mais son balai ne doit pas être sélectif. Quand on fait le ménage, il faut distinguer ce qu’on garde de ce qu’on jette. Avec son coupe-coupe (outil qui sert difficilement de balai) Dadis ne doit pas se débarrasser de toutes les lianes mais débroussailler le terrain en n’éliminant que les mauvaises herbes.
Si Dadis réussit, chacun sera fier de lui qu’on soit de Koulé, son village natal, ou d’ailleurs. Nos compatriotes de Guinée Forestière pourraient être fiers, à juste titre, d’un des leurs. Tout Camara, qu’il soit de Camarala (près de Kankan) ou de Casamance pourrait en tirer un motif de gloire. Même Korka dirait, peut-être, qu’il est Camara. Mais si, par malheur, il échouait, même les ressortissants de sa région d’origine lui tourneraient le dos. Même les Guerzés diraient qu’il n’est pas un vrai Guerzé et qu’il s’était déguisé en un des leurs. La solidarité ne fonctionne à fond qu’en cas de succès.
Par prudence, je ne dirais pas que je souhaite que Dadis réussisse car je ne connais pas ses vraies intentions. Par précaution, je dirais que je souhaite la réussite de la Guinée avec ou sans Dadis à sa tête !
Pour ce qui concerne les prochaines échéances électorales, je ne pense pas que des élections libres, régulières et transparentes puissent se dérouler avant le 31 décembre 2009. Compte tenu de la situation locale (économique, politique et climatique car c’est bientôt la saison des pluies), je crois qu’il serait plus réaliste de les organiser au cours du premier semestre 2010. C’est dans moins d’un an. Psychologiquement, quand on évoque 2010, on pense à 10 ans alors qu’il s’agit de quelques mois supplémentaires qu’il faut mettre à profit en procédant, par exemple, à quelques enquêtes de moralité sur les candidats et, pourquoi pas, à un remaniement ministériel.
En effet, il faut inspirer confiance non seulement aux Guinéens dont certains ont le « ventre coupé » (expression très populaire) mais aussi à la communauté internationale qu’il serait stupide de prendre de haut. Il faut « décaporaliser » le gouvernement en réduisant drastiquement le nombre de militaires dans les ministères. Il ne faut pas changer le gouvernement mais de gouvernement car Komara est apparemment fatigué à ne rien faire ou à faire ce qu’on n’aurait pas souhaité qu’il fasse. Il est très contrôlé mais lui-même ne semble rien contrôler et n’est obéi par aucun membre de son « Kabinet ». Il n’a pas la mine d’un chef de gouvernement performant et épanoui mais celle, plus triste, de gérant d’un magasin de conditionnement d’épices ou de soumbara…Regardez ses photos, on dirait qu’il subit une cure de quinine !
Pour une nouvelle équipe devant poursuivre la transition des quelques mois qui restent, ce ne sont pas les talents qui manquent. Le pays a besoin de sang neuf, d’une « transfusion » salutaire en se basant sur des critères de compétence et d’intégrité, qualités dont ne pourraient se targuer certains récents « anciens » comme ce vautour provisoirement immatriculé en Côte d’Ivoire et battant pavillon libyen qui vient brouiller les cartes à Conakry. Ce prédateur de haut vol, qualifié de lion par un de ses partisans, n’est en réalité qu’un pion à la solde d’un certain « messager du désert ».
Je vous salue.
Ibrahima Kylé Diallo Directeur de www.guineenet.org partenaire de www.guineeactu.com
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